« Décoloniser jusqu’au bout : 2027, l’indépendance en ligne de mire »

(Corsiscainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 10 décembre 2025) Le discours du Président Christian Tein lors du 46ᵉ Congrès extraordinaire du FLNKS s’inscrit dans une stratégie de légitimation politique, mémorielle et internationale du combat indépendantiste kanak.

Il repose sur une triple dynamique : mémoire et continuité de la lutte, dénonciation du contexte colonial persistant, projection vers l’indépendance.

Mémoire et héritage

Le président inscrit son propos dans la continuité du combat des anciens, en soulignant la dimension transgénérationnelle de la lutte.

Le sacrifice des militants, notamment l’incarcération des « prisonniers politiques », est valorisé comme preuve de la permanence de la résistance kanak.

Contexte grave et critique du pouvoir colonial

Le projet d’accord imposé par l’État français est présenté comme une stratégie de domination et de négation des droits politiques kanak.

L’État est accusé de rompre la neutralité des précédents accords (Matignon, Nouméa) et de vouloir forcer l’assimilation.

Les événements récents sont mis en lien avec l’histoire longue de la violence coloniale.

Souveraineté comme cap indépassable

Le FLNKS s’affirme comme un « phare » de la marche vers la pleine souveraineté.

Refus explicite d’une souveraineté partielle ou symbolique : l’indépendance doit être claire, datée, et actée avant 2027.

Possibilité envisagée de proclamer unilatéralement la souveraineté si le dialogue échoue, au nom du droit international (résolution 1514).

Unité interne et recomposition stratégique

Appel à dépasser les divisions pour affronter la dernière étape de la décolonisation.

Le mouvement doit être structuré, inclusif, et ouvert à la jeunesse ainsi qu’aux autres composantes de la population.

Les autorités coutumières sont réaffirmées comme fondement identitaire et politique.

Action internationale renforcée

Mise en avant du soutien et de la reconnaissance régionales et onusiennes.

La diplomatie indépendantiste est décrite comme un moteur essentiel du processus de décolonisation.

Jeunesse et justice sociale

Responsabilité d’offrir perspectives, dignité et avenir aux jeunes, placés au cœur du projet souverainiste. Christian Tein se pose en chef de file d’une phase ultime : transformer la lutte en aboutissement historique. Le discours allie fermeté, légitimité, unité et urgence stratégique.

Tuninu

Le texte complet du discours : 46ᵉ Congrès extraordinaire du FLNKS

le 06 décembre 2025 – Tribu de Nimbayes

Discours d’ouverture du Président Christian TEIN

Aux autorités coutumières de la tribu de la Nimbayes,
Aux autorités coutumières de l’aire Païci-Cemuhî et de l’ensemble des pays kanak
Chèr.e.s responsables politiques, membres du Bureau politique,
Chèr.e.s congressistes,
Chers invités,
Mesdames et Messieurs,

Je vous adresse mes respectueuses salutations et mes remerciements sincères pour votre présence à ce 46ᵉ congrès de notre mouvement de libération nationale.

J’ai une pensée émue pour les anciens de l’endroit, ceux dont la parole a guidé des générations et dont l’engagement éclaire encore nos pas. Leur mémoire nous rappelle que notre lutte n’est ni un héritage figé ni un simple souvenir : elle est un souffle vivant transmis de génération en génération.

Je remercie chaleureusement les autorités coutumières de Nimbayes et de Ponérihouen, les chefs du pays Païci, les militants, les militantes et l’ensemble des responsables de la région qui ont permis la tenue de ce congrès. Votre hospitalité, votre mobilisation, reflètent votre volonté indéfectible, que nous partageons tous ici, d’aller chercher et construire Kanaky, comme nos anciens l’ont fait avant nous, avec courage, abnégation et détermination.

Chers militants, c’est avec beaucoup d’émotion aujourd’hui que je prends la parole devant vous, pour la première fois, depuis que vous avez choisi de me confier la responsabilité de la présidence du FLNKS.
Avant toute chose, je veux vous parler en homme, en frère, en militant.

Cela fait un an et demi que je n’ai pas pu me tenir debout ici sur cette terre de Kanaky.
Un an et demi de déportation en métropole et d’emprisonnement avec nos autres camarades, prisonniers politiques.
Un an et demi à penser chaque jour à la terre, au pays, au peuple, à nos jeunes, à nos anciens, et à vous, militantes et militants du FLNKS.

Je veux vous dire merci.

Eloi Machoro disait : « le combat ne doit pas cesser faute de combattants ». Merci d’avoir maintenu ce combat et gardé la case debout pendant que l’État nous a exilés et enfermés pour essayer de tuer notre lutte.
Merci d’avoir tenu le cap défini par nos anciens lorsqu’ils ont signé la Charte du FLNKS en 1984.
Merci pour la confiance que vous m’avez accordée en me nommant à la présidence du FLNKS alors que j’étais déporté dans une prison coloniale. Je mesure aujourd’hui, plus que jamais, ce que signifie être à la tête d’un mouvement de libération : ce n’est pas un titre, c’est une responsabilité partagée, portée par tout un peuple.

Aujourd’hui, il faut que nous soyons collectivement à la hauteur des enjeux parce que nous sommes réunis ici à Nimbayes dans un moment décisif de notre histoire.

La période que traverse notre pays est grave. La Kanaky a vécu des heures sombres l’an dernier, qui malheureusement ont ravivé les traumatismes de l’histoire du peuple kanak. Et depuis plusieurs mois, l’État tente d’imposer, contre notre volonté clairement exprimée, le projet d’accord de Bouygual, pourtant rejeté par notre congrès du mois d’août et par l’ensemble des forces politiques du pays. C’est une tentative de force, qui nie nos droits politiques les plus fondamentaux, qui ravive les blessures de notre peuple notamment à la suite des événements de l’année dernière et qui méprise notre fragile cohésion. Ce déni colonial, cette volonté d’assimilation brutale contre notre peuple, doit être stoppée une fois pour toutes.
Nous devons penser une autre relation avec l’État et sa présence administrative. Nous devons agir car il s’agit ici de la dignité d’un peuple qui ne cède pas, qui refuse qu’on lui confisque sa parole, et qui affirme son droit inaliénable à déterminer son avenir.

Le FLNKS doit demeurer ce phare qui éclaire la trajectoire de notre peuple vers sa pleine souveraineté.
Notre responsabilité est double : préserver l’héritage de notre peuple, le peuple premier, le peuple kanak, et construire un avenir partagé, digne et juste, avec toutes celles et ceux venus de gré ou de force s’établir dans ce pays depuis plus de cent soixante-dix ans.

Notre mouvement doit être le reflet de notre société : ancré dans nos réalités, ouvert à nos jeunes, irrigué par la sagesse des chefferies et des autorités coutumières, garantes de notre identité.

Il nous faut conforter nos structures politiques, sortir des divisions stériles et retrouver la cohérence nécessaire pour faire face ensemble à la phase ultime de la décolonisation. Le FLNKS restera une case ouverte, accueillante pour celles et ceux qui choisissent d’honorer les engagements historiques de notre mouvement de libération.

Notre action internationale n’a jamais relevé du symbole : elle est l’un des fondements de notre légitimité.

Sur la scène régionale et mondiale, nous portons la voix du peuple kanak avec constance, appuyés par le droit international et les solidarités mélanésiennes. Comme la pirogue à balancier, notre diplomatie avance grâce à deux forces complémentaires :

le droit international, qui demeure notre gouvernail ;

la Mélanésie et le Pacifique, qui soufflent sur les voiles de notre pirogue nous conduisant inéluctablement vers la pleine souveraineté.

Les résolutions de l’ONU, les constats et recommandations du rapport de la Troïka plus, les dernières conclusions du forum des îles du Pacifique à Honiara et les prises de position du Groupe Fer de Lance Mélanésien confirment que notre parole porte, qu’elle est entendue, qu’elle compte. Le rejet du projet d’accord de Bouygual lors de notre dernier congrès a été lu depuis la région et au-delà : il a entraîné une réaction régionale internationale claire, qui rappelle que la décolonisation de Kanaky reste un processus actif et sous surveillance.

Chaque pétitionnaire, chaque débat à la Quatrième Commission, chaque solidarité exprimée par le Groupe de Fer de Lance Mélanésien est un coup de pagaie supplémentaire vers le rivage de notre souveraineté. Il faut que nous poursuivions nos efforts car « un peuple n’a que ce pour quoi il se bat ». Ainsi chaque espace doit être occupé pour porter notre voix et défendre nos positions.

Le FLNKS demeure ouvert au dialogue dans un cadre clair et avec une méthode définie au préalable.
L’Etat français doit retrouver sa posture de neutralité qui a prévalu dans les accords de Matignon-Oudinot et de Nouméa. Je le dis aujourd’hui avec force, la France a la responsabilité d’achever la décolonisation de notre pays. Le FLNKS restera ferme sur cette position et veillera à ce que la puissance administrante respecte ses engagements devant la communauté internationale. L’injustice de la colonisation doit être réparée par la justice de la décolonisation.

Ce dialogue doit se situer à la hauteur des réalités politiques de ce pays : il doit porter exclusivement sur les modalités de l’accession à la pleine souveraineté et des possibilités de futures interdépendances.

Nous refusons toute souveraineté fictive, diluée ou partagée qui prolongerait, sous d’autres noms, la domination coloniale.

Un accord acceptable doit tracer clairement le chemin vers la pleine souveraineté et doit fixer une date effective d’indépendance avant les élections présidentielles de 2027.

Si ce dialogue échoue, nous prendrons nos responsabilités en usant de notre droit à l’autodétermination fondé par la déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux, la résolution 1514. Conformément au droit international, notre peuple pourra acter lui-même son statut et proclamer la souveraineté Kanaky dès que possible, car nul ne peut confisquer ce droit inné et actif du peuple colonisé à l’indépendance.

Notre jeunesse demeure au cœur de nos préoccupations. Elle a montré sa capacité d’engagement, parfois jusqu’au sacrifice, et rappelle à chacun de nous que l’injustice sociale n’est pas une fatalité.

Il est de notre responsabilité de garantir à chaque jeune de ce pays une formation, un emploi, une place dans la construction de Kanaky souveraine. Nous devons combattre les inégalités, relever la dignité de nos quartiers, de nos tribus, et redonner espoir à celles et ceux qui se sentent oubliés.

Ce congrès doit nous permettre d’ouvrir nos esprits et nos cœurs. Il doit être un moment de clarté stratégique, d’unité retrouvée et de projection vers la fin du chemin souhaité par nos aînés.

Nous sommes à un tournant historique. Les frontières entre nos mouvements doivent s’effacer pour laisser place à l’exigence d’unité nationale kanak, ouverte, inclusive et lucide. Le processus de décolonisation touche à sa conclusion. À nous désormais d’en assumer la dernière étape, avec sang-froid, courage et détermination afin de concrétiser le rêve de nos pères : l’aboutissement du processus de décolonisation par la pleine souveraineté de Kanaky.

Je vous remercie de votre attention.
Je souhaite à chacune et chacun d’entre vous un excellent congrès.

Je déclare ouvert le 46e congrès du FLNKS.

Priorité à Kanaky toujours

Le Président du FLNKS
Christian TEIN

. . A l'accorta annant'à Google Infurmazione For Latest Updates Follow us on Google News Nos dernière informations sur Google Actus

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