(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 1er décembre 2025) Le nouveau livre « Josu Urrutikoetxea. Le maillon entre les générations », publié par GARA, offre pour la première fois un espace complet à la parole de l’un des acteurs les plus influents et controversés de l’histoire récente d’ETA.
Souvent commenté depuis l’extérieur mais rarement entendu directement, Urrutikoetxea revient dans cet ouvrage, signé par le journaliste Fernando Alonso, sur cinquante ans de militantisme, de clandestinité, de prison, d’espoir et de ruptures internes. Un témoignage dense, précis et parfois intime, qui permet de mieux comprendre les dynamiques politiques du Pays Basque depuis la fin du franquisme.
Né dans un environnement marqué par la dictature, il raconte comment son engagement est né de petites scènes du quotidien : le silence imposé à la maison, la peur d’écouter certaines radios, la langue basque absente de l’espace public, ou encore le pouvoir ostensible des notables franquistes sur la place du village. À 17 ans, il rejoint ETA, convaincu que la lutte pour la libération nationale et la transformation sociale devait se mener au Pays Basque, et non à l’échelle de l’État espagnol. Cette conviction provoquera des scissions profondes au sein de l’organisation, notamment lors de la VIᵉ Assemblée.
L’entretien revient également sur des épisodes marquants, comme l’attentat contre Carrero Blanco en 1973, que l’ancien dirigeant considère comme un tournant politique décisif. Il rejette les théories d’ingérence étrangère, affirmant que l’opération fut intégralement conçue et exécutée par ETA. L’impact symbolique et stratégique, selon lui, fut immense : « une démonstration de force contre un État fasciste ».
Urrutikoetxea évoque aussi la répression, les tortures, la collaboration entre les gouvernements français et espagnol et la dureté de la vie clandestine. Des difficultés adoucies parfois par des solidarités inattendues, comme celle de la famille de Busturia qui l’a accueilli en secret et qu’il qualifie encore aujourd’hui de « seconde famille ».
Arrêté puis devenu député depuis sa cellule, il décrit la prison comme un espace de lutte limité et isolé. À sa libération, il découvre l’essoufflement du processus de Lizarra-Garazi, dont il considère que peu de gens ont réellement compris l’échec. Une nouvelle vague judiciaire le ramène à la clandestinité. Il affirme alors avoir rejoint le secteur d’ETA qui travaillait à une transition stratégique et à un processus de paix, processus que, selon lui, les États ont systématiquement saboté.
En 2006, en désaccord avec la ligne de la nouvelle direction, il quitte l’organisation et se met en retrait de la vie publique. Aujourd’hui, il observe de loin l’évolution politique du Pays Basque, mais reste animé par un optimisme de fond. Contrairement au discours souvent entendu, il refuse l’idée d’une jeunesse apathique : « La jeunesse se bat. Peut-être différemment, mais elle se bat. Notre rôle n’est pas de la guider mais d’être là si elle a besoin de nous. Le mot-clé, c’est la confiance. »
Ce livre-entretien, entre mémoire personnelle et analyse politique, apporte une pièce de plus au récit complexe de l’histoire basque récente. Il montre aussi un homme qui, après avoir traversé cinquante ans de conflit, fait désormais reposer son espoir sur les nouvelles générations et sur la capacité du peuple basque à continuer à lutter « avec dignité et détermination ».
Tuninu
Revue de presse
(Naiz)

josu urrutikoetxea. belaunaldien arteko katebegia. fernando alonso. GARA.
Le dossier josu urrutikoetxea sur corsicainfurmazione.org



