(Corsicainfurmazione.org, Unità Naziunale, Publié le 23 octobre 2025) Le FLNKS dénonce la manœuvre du gouvernement français visant à contourner le débat démocratique sur le report des élections provinciales en Nouvelle-Calédonie.
Il accuse Paris de vouloir imposer le dégel du corps électoral sans concertation, illustrant un mépris persistant du peuple kanak. Le mouvement réaffirme sa légitimité comme principale force politique et acteur du processus de décolonisation. Il met en garde contre une crise politique et sociale aggravée par les décisions unilatérales de l’État français. Enfin, le FLNKS appelle à abandonner le projet de Bouygui et à reprendre un dialogue sincère fondé sur le respect du peuple kanak et de sa souveraineté.
Tuninu
Voici le texte du communiqué : Le Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste (FLNKS) dénonce avec la plus grande fermeté la nouvelle/énième manœuvre du gouvernement français visant à contourner le débat démocratique autour du report des élections provinciales.
Dans la nuit du 22 octobre, la majorité présidentielle via Nicolas Metzdorf a déposé une motion de rejet préalable de son propre texte adoptée par l’Assemblée Nationale. Ce dispositif parlementaire, rarement utilisé, a pour effet immédiat de bloquer tout débat sur le texte : aucun amendement ne peut être présenté, aucun député ne peut défendre sa position, et la discussion s’arrête avant même d’avoir commencé. Ce vote, acquis à la majorité macroniste, permet désormais d’envoyer directement le texte en commission mixte paritaire (CMP) — un groupe restreint de sept députés et sept sénateurs — où la majorité est déjà acquise au camp présidentiel. Autrement dit, le texte adopté par le Sénat, qui prévoit le report des élections et ouvre la voie au dégel du corps électoral, a de grandes chances d’être entériné sans aucun débat public ni amendement.
Il s’agit là de la même méthode qu’un 49.3, un déni de démocratie qui prive l’Assemblée nationale de son rôle. Le but de cette manœuvre est clair : contourner la représentation parlementaire pour imposer coûte que coûte le projet de Bouygui et accélérer son calendrier de mise en œuvre contre la volonté du peuple kanak. Comme l’a reconnu publiquement le député Metzdorf lors des travaux en commission, ce report a pour objectif premier de permettre le dégel du corps électoral. Cette méthode, déjà utilisée en mai 2024, témoigne d’une habitude inquiétante : celle du passage en force et du mépris du peuple colonisé.
La Kanaky–Nouvelle-Calédonie n’est pas une pièce sur l’échiquier politique français. Elle est un pays en lutte pour sa dignité et sa souveraineté. En refusant d’écouter la voix du FLNKS, l’État prend le risque d’aggraver une crise qu’il prétend pourtant vouloir résoudre. La stabilité ne se décrète pas à Paris : elle se construit ici, dans le respect de la parole donnée et de la volonté du peuple.
Contrairement aux discours qui cherchent à nous marginaliser, le FLNKS demeure la principale force politique du pays : nous dirigeons une province sur trois ; nous sommes à l’exécutif du plus grand nombre de communes — douze mairies sur trente-trois ; le plus grand groupe au Congrès — quatorze élus sur cinquante-quatre ; le plus grand nombre de ministres au gouvernement calédonien — trois ministres sur onze ; deux parlementaires sur quatre, Emmanuel Tjibaou et Robert Xowie. À cela s’ajoute le soutien considérable de ses partenaires dans la lutte pour l’indépendance : le Sénat coutumier et le Conseil des Grands Chefs intègrent Kanaky, l’Église protestante de Kanaky–Nouvelle-Calédonie (EPKNC), ainsi que l’USTKE, syndicat majoritaire du pays, et la CNTP. Ensemble, ces forces coutumières, religieuses et syndicales réaffirment leur appui au projet de Bouygui et confirment que le FLNKS demeure, de loin, le représentant légitime du peuple kanak et le principal acteur du processus de décolonisation.
La contradiction du discours gouvernemental est flagrante. La ministre des Outre-mer répète que « rien n’est décidé sans concertation » et que « ce chemin n’est possible que dans le consensus ». Mais le consensus dont elle parle ne saurait sans le FLNKS, sans le peuple kanak, sans le mouvement qui porte depuis quarante ans la revendication d’indépendance et de décolonisation. Régler la question politique de la Nouvelle-Calédonie sans le FLNKS est intellectuellement et moralement incompréhensible.
Dans tout conflit politique, on cherche à réunir les belligérants autour d’une même table. Or, dans la situation présente, deux camps sont clairement identifiés : la puissance administrative française et le FLNKS, représentant du peuple kanak. Les micro-partis non-indépendantistes ne sont pas…
des belligérants : ils ne sont pas colonisés, ils ne représentent pas la partie lésée du processus. Nous les avons accueillis pour construire avec nous une société de destin commun, mais ceux qui s’opposent au droit du peuple kanak à disposer de lui-même se placent de fait dans le camp de la puissance coloniale, dont ils défendent aujourd’hui les intérêts sur place.
Faire un accord dit « consensuel » entre l’État français et les non-indépendantistes revient donc à un consensus de l’entre-soi, un consensus consanguin. Et chacun sait que la consanguinité n’est jamais viable : elle conduit inévitablement à la dégénérescence.
La ministre affirme également que ne pas reporter les élections ouvrirait une crise, non seulement avec l’État, mais entre les élus calédoniens eux-mêmes. C’est faux. C’est au contraire le report qui accélère la crise et fragilise encore davantage le pays. En maintenant des élus qui n’ont plus de légitimité populaire, l’État condamne toute possibilité de dialogue sincère. Reporter de six mois, c’est prolonger d’autant l’incertitude, la méfiance et la paralysie politique. C’est enfoncer le pays dans une situation de blocage, avec le risque que les tensions sociales et politiques s’enflamment de nouveau comme en 2024. Ceux qui prétendent agir au nom de la stabilité deviennent en réalité les artisans du chaos et les acteurs d’une crise démocratique profonde. Le FLNKS ne veut pas revivre ces drames, ni retomber dans le cycle de la frustration et de la colère qui a déjà endeuillé notre histoire entre 1984 et 1988, puis en 2024.
La solution, pourtant, est simple : puisqu’un des deux partenaires du dialogue n’est pas d’accord, il faut abandonner le projet de Bouygui. Ce texte, rejeté par l’ensemble du mouvement de libération nationale, n’a aucune légitimité politique ni coutumière et le FLNKS est clair. Nous ne reviendrons pas à la table des discussions concernant le projet d’accord de Bouygui. Persister dans cette voie, c’est condamner la Nouvelle-Calédonie à l’instabilité et au conflit ; y renoncer, c’est rouvrir la voie du dialogue, du respect et de la paix civile.
Le FLNKS réaffirme qu’il est déterminé à mettre un terme au processus de décolonisation engagé par l’Accord de Nouméa, dans le respect du droit à l’autodétermination du peuple kanak. Nous appelons l’État français à la raison : la stabilité du pays ne se construira pas contre le peuple kanak, mais avec lui. Et nous appelons l’ensemble des citoyennes et citoyens, des forces politiques, coutumières, religieuses et syndicales à rester vigilants et mobilisés pacifiquement pour défendre la démocratie, la légitimité et la pleine souveraineté de Kanaky.
Pour l’animation du BP FLNKS
Le Secrétaire Général de l’UC
Dominique FOCHI

