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#Corse #Furiani92 – « Moi, je ne monte pas là-haut »

Proches des victimes, journalistes et acteurs de cette terrible soirée du 5 mai 1992 ont témoigné dans le livre « Furiani, 20 ans ». Extraits : 

Personne n’a oublié. Vingt ans après le drame qui justifie, ce samedi, l’absence totale de matches de football en France, un collectif de journalistes de la section Provence de l’Union des Journalistes Sportifs en France s’est uni pour écrire un ouvrage intitulé « Furiani, 20 ans ». Les auteurs ont recueilli les témoignages poignants de proches des victimes, des acteurs de cette triste soirée et même, pour ceux qui étaient présents à Bastia le 5 mai 1992, livré leur récit d’une soirée qui les a marqués à vie. Le livre, en vente au prix de 15 euros, servira à financer des achats de lits médicalisés pour des hôpitaux de Marseille et de Corse. En voici quelques extraits.

Mario ALBANO 
1992 chef de rubrique au Provençal, aujourd’hui grand reporter à la Provence

« C’était une belle journée de printemps. Douce comme l’air marin qui avait baigné le déjeuner sur le port. Au stade, il était bien plus électrique, je sentais la tension à travers ce shoot de René Exbrayat, l’entraîneur du Sporting, dans un quignon de pain et une tranche de saucisson, vestiges d’un sandwich balancé par un supporter sur la pelouse. Tension sur le visage de Rémy Zaka, de l’AFP, revenu de la tribune de presse apeuré. »Moi, je ne monte pas là-haut », m’avait dit Serge Bonifay, reporter du Provençal en poste à Bastia depuis de longues années, qui avait vu édifier ce Meccano du diable à la place de la vieille tribune, étroite, rouillée, mais solide. André de Rocca n’allait finalement pas monter non plus, mais pour la commodité du boulot. Tant mieux, mon Dédé. C’était une belle soirée de printemps, je souriais avec, en poche, la convocation de Jean-Michel Largué, au sein de l’équipe de France de foot des journalistes pour l’Euro, que j’allais couvrir, un mois plus tard en Suède. Alors, bon, elle était haute cette tribune, l’ambiance était hostile, mais c’était une demi-finale de coupe de France, j’étais heureux. Avec Patrick Fancello, frère d’armes et bientôt de larmes, nous avons franchi le dernier contrôle, derrière la tribune – « Passez vite, il y a des trucs qui sont tombés déjà » – « Des trucs qui sont tombés ? » Mais, bon, nous sommes montés. Là-haut. »

Hélène FOXONET 
1992, reporter à Radio Sprint 2012, aujourd’hui correspondante de L’Equipe à Marseille

« Pendant longtemps, après Furiani, je n’ai pas pu monter dans un avion, ni même suivre des balancements étranges ou des cascades vertigineuses au cinéma. Anecdotiques me direz-vous, au regard des traumatismes et des blessures que chacun a vécus… Pourtant, la peur est restée longtemps blottie là, au creux de moi. Primaire, archaïque. Quand la tribune a décroché à 20h20, je n’ai pas perdu connaissance. Je suis restée accrochée à mon siège comme à une bouée de sauvetage, pour une descente rapide, mais qui m’a paru durer des heures. Silencieuse. Sans un cri, ni le moindre murmure. Comme hors du temps et de l’espace. Le choc, lui, a été très violent et sans doute ai-je perdu connaissance quelques secondes mais à peine. Très vite, j’ai regardé autour de moi, vu qu’Avi était en train de s’étouffer avec mon appareil radio que je lui ai ôté de la bouche, que mon ami Jeannot, deux sièges plus loin, était grièvement blessé, la tête en arrière et le dos plaqué contre la rambarde de sécurité. Je me suis dégagée et allongée par terre, quelques mètres plus loin. Concentrée sur ma souffrance. Ma soeur ayant été quelques années plus tôt paraplégique à la suite d’un accident de voiture, je n’ai eu de cesse de remuer mes jambes, de sentir mon corps partout. Autour, c’était l’apocalypse. »

Jean-Baptiste DUMAS (Par Marie-Claude, son épouse)
(7 juin 1961 – 11 novembre 1994)

« Le 5 mai 1992 aura marqué le tournant de sa vie, forcément. Mais c’est au terme de l’été de la même année, puis fin 1993-début 1994 que le destin de « Jean-Ba » bascule quasi définitivement. Plus de trois mois après sa grave chute de la tribune Nord à Furiani, le journaliste de RTL – correspondant à Marseille depuis 1987 – est enfin autorisé à passer un week-end à la maison, en famille. Son épouse Marie-Claude s’en réjouit ; elle va vite déchanter. « Je n’oublierai jamais le regard de mon fils Bastien (3 ans) à la vue de son père. Malgré l’amour de ses enfants (le couple a eu une petite fille, Louise, en mars 92), on avait du mal à le tirer de sa mélancolie ; il déprimait, se croyait mort et disait rêver qu’il était vivant, raconte-t-elle. Il y avait un contraste énorme entre celui qu’il était et celui qu’il était devenu. » Une métamorphose anticipée par le Dr Hélène Curalucci, lors de son passage au centre de réveil Saint-Martin, situé à l’est de Marseille. « L’homme que vous avez connu ne sera plus le même, m’avait-elle prévenue. Même s’il avait perdu vingt kilos, il n’avait aucune séquelle physique car il était fort athlétiquement. En revanche, il ne parlait pas, ne s’alimentait pas et ne respirait pas seul. « À sa sortie de La Timone, en juin, après quatre semaines de réanimation – « un cauchemar, car on ne sait pas ce qui va arriver » Jean-Baptiste souffre d’une hémiplégie et d’une dysarthrie vocale qui nécessiteront de longues séances d’orthophonie pour gommer ses problèmes d’élocution et d’articulation. Un handicap majeur pour un homme de radio. »

Source Presse

« 20 ans déjà et pour beaucoup d’entre nous c’était hier »

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