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#Corse – « C’est en 2014 que va se jouer le sort institutionnel de l’île »

L’installation d’Edmond Simeoni à Ajaccio n’est pas passée inaperçue. Son inscription sur les listes électorales de la cité impériale non plus. Dès lors, des rumeurs sans fondement se sont succédé. En vérité, le leader charismatique du mouvement nationaliste a voulu s’installer « là où est le pouvoir corse » pour préparer 2014.

Edmond Simeoni êtes-vous ou non indépendantiste ?

Non, je ne suis pas indépendantiste. Pour une raison très simple : sur le plan des convictions générales, j’ai pensé, jusqu’à aujourd’hui que les micro-états n’étaient pas viables. Cependant, je dois admettre que nombre de pays qui ont des caractéristiques similaires à celles de la Corse et qui sont indépendants, ont une vie interne et internationale satisfaisante. Il n’y a donc pas d’obstacle a priori pour l’indépendance. Mais, ce que je sais, et je suis certain de ne pas me tromper, c’est que la Corse d’aujourd’hui n’a pas envie d’être indépendante bien qu’elle possède des atouts certains (épargne forte, richesses naturelles et humaines importantes). Je pense, en revanche, que la Corse doit revendiquer et obtenir vite un statut, totalement refondu, de très large autonomie, avec une insertion dans l’Europe – elle sera un jour fédérale – et la Méditerranée. Les Pays qui vivent dans cette situation sont nombreux et développés. Il y a en Europe quatre-vingts statuts d’autonomie. Plus tard, les générations suivantes feront leurs propres choix.

2014 devrait connaître la réforme des collectivités locales. La Corse, du fait de son statut particulier, n’épouse pas le régime commun. Pour autant, qu’en attendez-vous ?

D’abord, je pense qu’il faut revenir un petit peu en arrière. Le Président Sarkozy et Brice Hortefeux ont dit en substance, à propos de la Corse, en 2011 : « À proprement parler, la réforme de 2014 ne vous concerne pas, mais profitez de l’occasion pour vous saisir de cette réforme et pour proposer à l’opinion publique et aux Corses des orientations tenant compte de votre spécificité. » Je voulais faire remarquer que quand M. Sarkozy et M. Hortefeux sont venus ici et qu’ils ont tenu ces propos extrêmement clairs, il n’y a pas eu un seul élu du système qui ait répondu à l’incitation du Président de la République et de Monsieur Hortefeux. L’heure me semble venue de s’engager dans la voie de la novation institutionnelle notamment. Nous devons avoir la maîtrise totale de notre destin interne, refonder le rapport avec l’État, approfondir le dialogue avec l’Union Européenne et aboutir à une solution politique conforme aux intérêts collectifs du peuple corse, sans oublier la libération de tous les prisonniers politiques.

Pensez-vous qu’on a été au bout de ce qu’il nous était possible de faire dans le cadre du statut actuel ?

Je vous réponds sans hésitation : absolument pas. On est loin d’avoir utilisé pleinement nos outils. En même temps, si vous prenez les 3 statuts successifs, les gouvernements de gauche et les gouvernements de droite qui en ont assuré la naissance d’abord et le développement ensuite, n’ont pas fait la réforme indispensable concomitante : c’est-à-dire déposséder le système de clientèle de son pouvoir. On a eu 3 réformes et le système de clientèle a muté chaque fois. Mais seulement en apparence. Bien sûr que c’est une affaire d’hommes, mais c’est aussi une affaire de volonté et de moyens. Il est difficile de sortir d’un système de clientèle et d’assistanat, d’un système de corruption et de passe-droits, d’un système de perversion des marchés publics. Il est antinomique de la démocratie et induit la médiocrité. Alors, vous avez des gens qui vous disent « Cela existe ailleurs ». Oui, cela existe ailleurs. Mais cet argument ne me convainc pas ! D’autant plus que les îles ou les pays où il y a 310 000 habitants – et une diaspora d’un million de personnes -, où il y a eu des milliers d’attentats, où il y a eu 250 morts, où il y a une revendication politique forte, ne sont pas légion dans le monde.

Quelle différence faites-vous entre la mandature précédente et l’actuelle ?

La mandature de droite a été extrêmement classique et décevante. Objectivement, tout n’a pas été négatif. Mais je pense que cette mandature n’a pas fait émerger la Corse nouvelle. Ceux qui sont arrivés ensuite affichent une volonté novatrice. Ils procèdent surtout par des effets d’annonce, après avoir emprunté l’essentiel de leurs revendications au mouvement national. Dans leur bilan ils rangent déjà le statut de résident et du foncier, les futures institutions de la Corse. Ils disent « Nous allons avoir un nouveau Padduc, la compétence fiscale et puis sur les prisonniers politiques, sur la langue, on a avancé, etc. ». Bon, pour le moment, c’est surtout promettre de raser gratis… demain. Moi, j’attends de savoir une chose : comment, sur tous les problèmes qui relèvent de sa compétence exclusive, l’État va-t-il se comporter ? Avant de les verser au crédit de l’équipe actuelle. Et l’équipe actuelle qu’est ce qu’elle est ? Il y a des personnalités de valeur certes mais si vous regardez le conclave de Venaco après les élections territoriales, vous constatez qu’il n’a pas ouvert la porte à des gens et à des forces de progrès. Pourquoi ? Parce que la plupart veulent rester entre eux, dans un système de clientèle et l’ouverture en aurait signifié la fin. Il faut convenir que la gravité de la crise économique et le désengagement de l’État ne leur facilite pas la tâche.

Cela me rappelle votre intervention dans l’hémicycle de l’Assemblée de Corse, en 2004, que vous éditerez à nouveau d’ailleurs… Franchement, je suis mitigé sur cette histoire de main tendue. Cela revient à passer par-dessus le suffrage universel. Au fond, si je suis électeur de Camille de Rocca Serra, en votant Camille de Rocca Serra je ne m’attends pas forcément à ce qu’il vous coopte au troisième tour. Je pourrais même le prendre très mal. L’ouverture doit être une proposition de premier tour.

Vous avez tout à fait raison. Je pense comme vous que les accords de fond et programmatiques doivent être conclus en amont des élections, de façon que les gens puissent effecteur leur choix en toute connaissance de cause. Oui, c’est valable pour tout le monde. Mais, ce qu’il faut savoir, c’est qu’il apparaît de plus en plus nettement que la Corse ne peut pas être redressée avec seulement 40 % de suffrages. C’est impossible, la droite en a fait l’expérience mais elle a survécu ; pourquoi ? parce que la gauche a refusé, pendant six ans, de voter avec nous contre le budget ; ce choix aurait redistribué les cartes, permis de mettre en place un nouveau gouvernement insulaire ; songez que, pendant toute la mandature précédente, la droite ne totalisait que 18 à 20 conseillers sur un total de 51 !!!

Actuellement, la majorité relative de gauche espère que la droite ne va pas la sanctionner, au moment de voter le budget, en s’alliant éventuellement avec nous ; c’est la réédition du coup précédent, pour continuer à gouverner avec un tiers des élus, même si la morale politique et l’efficacité sont absentes de ce choix. Cette évidence est irréfutable. Ceci dit, il est incontestable que vous avez raison au point de vue de la logique et de la morale ; les accords ne peuvent être conclus, au mépris du point de vue des électeurs, dans l’opacité et après le scrutin.

Concrètement, aujourd’hui, dans cette Assemblée de Corse, vous n’êtes pas en état de travailler de concert avec l’opposition et vous n’êtes pas en état de travailler de concert avec la majorité. Vous vous posez de fait en troisième proposition, et cela ressemble un peu à une impasse.

Oui, cela est vrai. Jusqu’à présent, manifestement, cela n’a pas réussi. Mais, quand les nationalistes pèsent 37 % des suffrages et qu’on se place dans l’optique d’élaborer, avant les prochaines rencontres électorales, des plates formes de gouvernement avec toutes les forces vives et les élus de progrès, cette crainte s’effrite ; on doit ajouter qu’il existe d’importantes marges de progression dans la société civile et dans divers cercles de la société Nous avons l’ambition de participer aux responsabilités en Corse, dans tous les domaines. Par ailleurs, dans le souci d’être constructifs, nous participons déjà et souvent à des majorités d’idées avec des élus de toutes tendances, sur des sujets spécifiques et d’intérêt général.

37 %, d’accord, mais en même temps il y a des divergences. Il y a déjà deux philosophies : les indépendantistes déclarés et puis ceux que l’on qualifie de « nationalistes modérés ». Et puis, au sein même des nationalistes modérés il y a une myriade de tendances qui s’épanouissent et qui s’expriment. Tout ça est quand même étonnant pour des gens qui sont censés avoir les mêmes convictions et qui sont en état de révolte.

Il faut être objectifs : nous n’avons pas, en Corse, une culture de l’intérêt collectif. Les nationalistes ont deux options, différentes qui ont été soumises au suffrage universel ; elles sont condamnées à trouver un compromis raisonnable. Les Corses sont solidaires à l’extérieur de nos frontières et nous sommes individualistes forcenés et divisés ici. Ce n’est pas génétique mais acquis : le clientélisme qui n’a servi que l’État et le clanisme, a engendré et cultivé la promotion des appétits individuels ou sectoriels ; le chemin est encore long pour construire une société démocratique assise sur l’intérêt général et non pas sur les factions. L’émancipation nationale se construit déjà depuis des décennies de luttes ; elle se fera progressivement par étapes, par nécessité et par réalisme.

Mais vous voyez bien que les positions sont figées. On a un bloc plus ou moins fluctuant de gauche, un bloc plus ou moins fluctuant de droite et maintenant il y a un bloc nationaliste. Comment contourner cette règle des blocs ? Comment allez-vous vous y prendre ?

Je vois que vous êtes un bon analyste car la problématique essentielle est bien là. L’analyse que vous faites, bien entendu nous la faisons aussi ; nous savons qu’avec 37 % des suffrages – le tiers du total -, nous ne sommes pas en mesure d’accéder aux responsabilités en restant seuls ; de plus, nous comprenons très bien qu’avec des blocs antagonistes, la gauche et la droite pourraient alternativement se succéder au pouvoir par accord tacite ou même s’unir contre nous. Cette évidence imposera un projet et un contrat de gouvernement des forces démocratiques qui reposeraient sur un socle large de 65 ou 70 % des suffrages. La situation sera difficile et certaines réformes seront nécessairement douloureuses.

J’aimerais connaître le sentiment que vous inspirent les jeunes de droite et les jeunes de gauche, les nouvelles générations d’élus ?

Pour les jeunes de droite, vous faites allusion certainement à Jean-Martin Mondoloni et à Marie-Antoinette Brunelli-Santoni ; ce sont des personnalités qui se sont affranchies du système de Camille de Rocca Serra, pour essayer de construire une attitude plus indépendante et plus novatrice. Ils font une démarche qui semble intéressante mais est difficile. Pourquoi ? parce que lorsqu’on l’analyse, on se rend compte que l’establishment libéral n’est pas massivement avec eux, du moins pour le moment. Mais en revanche, Marcel Francisci, a une certaine légitimité en Corse-du-Sud, dans la famille de droite ; de même Sauveur Gandolfi et Stéphanie Grimaldi pour la Haute Corse. Mais ce sont des élus que je considère tous et toutes comme des « évolutionnistes » tant dans leur propre famille politique que pour la « question corse ».

Les jeunes de gauche sont prometteurs, notamment Jean Louis Luciani, Jean-Charles Orsucci, Jean Baptiste Luccioni, Antoine Orsini, Vaninna Pieri, Emmanuelle Croce ; ils appartiennent à la majorité actuelle de l’Assemblée de Corse ; quant à Pierre Chaubon, il est lui, déjà un élu d’expérience et dont les compétences sont unanimement reconnues.

Côté gauche, vous n’avez pas l’impression que les jeunes élus ont été en quelque sorte happés par Paul Giacobbi ?

Les jeunes élus, nous jugerons sur pièce… On m’a proposé, il y a 40 ans, comme on l’a proposé à d’autres, de rentrer dans le système claniste, en disant « il faut le changer de l’intérieur ». Vous ne pouvez pas changer le système claniste de l’intérieur. C’est impossible de le faire évoluer ainsi puisque les fondamentaux qui régissent son existence, qui conditionnent sa prospérité, qui lui permettent de pérenniser son système, sont antinomiques de la démocratie qui reste, elle, l’ingrédient principal de notre émancipation. Par contre, on peut le contraindre à se convertir à la démocratie ; nous ne combattons pas des hommes à cause de leurs idées politiques. Nous combattons un système néfaste.

En vous écoutant, je me dis c’est que si les mouvements et les partis politiques sont nécessaires et participent de la vie de la politique, par certains endroits ils sont dommageables. Car, aujourd’hui, dans une micro-société comme la nôtre, l’intérêt général que sont censés servir la politique et les politiques devrait favoriser un rassemblement des bonnes volontés, un rassemblement des compétences pour oeuvrer dans un but simple : l’essor de l’île et l’essor des gens qui l’habitent.

C’est un constat, c’est une espérance, et il faut essayer de les concrétiser, de les incarner, de les faire vivre. Mais, est-ce que vous croyez que c’est par hasard que, depuis au moins 20 ou 30 ans, je me retrouve souvent dans la constitution des Collectifs ? C’est une façon de s’affranchir des partis politiques, des organisations militantes, des clivages partisans ; c’est aussi une façon de créer, d’impulser, d’élargir les luttes de terrain sans lesquelles, il ne pourra pas y avoir de vrai changement en Corse.

Quand, étant nationaliste, vous luttez avec les écologistes, des adhérents des partis de droite ou des partis de gauche, par exemple contre la précarité, pour la santé publique, pour l’école, contre le Padduc, contre l’incinérateur, contre le fuel lourd, vous réalisez des formes de contestation sociale, sans leadership, qui obtiennent des résultats probants ; elles servent de modèle en préfigurant la méthode dans la recherche des consensus, de rassemblements et de tolérance ; cette pédagogie et ces pratiques seront très utiles pour l’avenir afin que le peuple le construise.

Sauf que ce faisant vous vous inscrivez dans un troisième bloc.

Peut-être un autre bloc mais il n’est pas partisan et il n’est pas pérenne. Il évolue avec la progression des dossiers et un Collectif meurt dès qu’il a atteint son objectif ou… échoué. ‘est un moyen efficace de faire évoluer la société. Je pense que dès les élections passées, il va y avoir – sur la question corse – une séparation entre ceux qui sont à droite et ceux qui sont à gauche ; mais elle y sera entre les conservateurs, les réactionnaires qui défendent le statu quo et les Corses qui ont envie que les choses bougent, évoluent, et chez lesquels vous allez trouver appartenant à tout l’arc-en-ciel politique ; le lien entre eux sera fort ; ce sera le projet d’espoir, de paix, de développement contre le système rétrograde de clientèle.

Pourquoi vous êtes-vous installé à Ajaccio ?

Je suis venu m’installer à Ajaccio parce que l’analyse montre que c’est en 2014 que va se jouer le sort institutionnel de la Corse. L’Assemblée consacre déjà de nombreux débats à des problèmes clés qui touchent à l’identité, au foncier, à la culture, au patrimoine, au développement… Par ailleurs, deux commissions étudient, sous la conduite respective de Dominique Bucchini et de Pierre Chaubon, des problèmes de violence et d’institutions. La démarche s’accélère et nous approchons des moments de confrontation pacifique des idées, des choix et des décisions. Ajaccio est la ville administrative par excellence, c’est une ville où sont tous les centres de pouvoir. C’est la ville où est le « pouvoir corse ». En fait, le véritable pouvoir est à Paris !

Parlons franchement les 34 000 inscrits d’Ajaccio peuvent être déterminants. Alors, faire tomber Ajaccio…

Il faut faire tomber toutes les citadelles du clanisme, à Aiacciu, à Bastia, à la CTC, au Conseil général de la Haute Corse et en tous lieux où il existe. Il faut déraciner le système de clientèle en respectant les hommes, les élus et leurs choix politiques ; en les combattant, et surtout en faisant le choix exclusif de l’action démocratique. Pourquoi : parce qu’il est, avec l’État responsable du désastre de la Corse et, plus encore, il ne peut pas être porteur de progrès.

Vous savez aussi que plus la Corse sera faible économiquement plus…

Plus le clientélisme sera fort, évidemment. À Ajaccio je pense qu’il revêt une autre forme qu’à Bastia et en Haute-Corse ; par exemple, dans les histoires municipales depuis 40 ans, les traditions de fraude électorale n’existent pas à Ajaccio ; vous avez ici un clientélisme un petit peu particulier, plus soft mais efficace et omniprésent ; les deux villes ont en commun une gouvernance claniste, une allégeance totale à Paris et un refus de s’engager dans la voie d’une Corse émancipée On s’aperçoit qu’Ajaccio a besoin, elle aussi, d’une profonde rénovation démocratique.

Votre rôle dans cette histoire à Ajaccio ?

Mon rôle c’est de faire en sorte qu’à travers les idées d’humanisme, de progrès économique et social en général nous puissions, en y apportant nos propres idées, contribuer à rompre définitivement avec un passé pesant et à construire une Corse d’espoir et de paix.

Et donc vous êtes là pour essayer de fédérer ?

Pour participer à la structuration de notre mouvance, expliquer, convaincre et fédérer au maximum.

La rumeur dit : « Il veut aller à la législative ». Vrai ? Faux ?

Le problème des élections législatives, à ce jour, n’a pas été abordé dans nos instances mais nous avons décidé d’être présents partout. À Porti-Vechju et à Bastia, deux candidatures semblent s’imposer. En tout cas, je peux vous dire que je ne suis pas venu à Ajaccio pour l’élection législative ; je suis venu pour m’informer, apporter mon expérience, pour travailler et pour convaincre le maximum de personnes de la nécessité impérieuse du dialogue. Je pense que la société corse a, ici et dans la diaspora, en dehors des partis traditionnels et des nationalistes, de grandes ressources, non partisanes, d’intelligence, de volonté, d’esprit d’entreprise. Si nous les mobilisons, en accord avec les forces politiques de progrès, pour une solution négociée avec l’État et pour une meilleure insertion dans l’Union Européenne et dans la Méditerranée, alors nous aurons ouvert la porte de l’espoir. J’en ai la conviction ferme

Sbraggia Constant

 

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