Dans une plainte de 1980, Dominique Leca accusait un inspecteur du SRPJ de violences en garde à vue

Dans une plainte adressée au procureur de la République d’Ajaccio le 27 février 1980, Dominique Leca, commerçant originaire de Murzu, affirme avoir été victime de violences policières lors de sa garde à vue dans les locaux du SRPJ d’Ajaccio en décembre 1979.

Il accuse l’inspecteur Demetrius Dragacci de lui avoir porté plusieurs coups au visage, à l’oreille et aux côtes au cours d’interrogatoires menés les 17 et 18 décembre. Selon son récit, ces violences lui auraient provoqué des saignements, une surdité temporaire de l’oreille gauche, des troubles auditifs persistants ainsi qu’une déformation de la cloison nasale constatée par un médecin. Déposée par son avocat, Maître Jacques-Antoine Martini, la plainte vise l’inspecteur Dragacci ainsi que toute personne ayant pu ordonner ou couvrir ces actes. Dominique Leca demande l’ouverture de poursuites pour coups et blessures ainsi que pour atteinte aux libertés individuelles. Les faits relatés dans ce document constituent des accusations formulées par le plaignant.

Voici une lettre de Dominique Leca de Murzu écrite en février 1980, le 27, au Procureur de la République d’Ajaccio, pour porter plainte contre l’inspecteur Demetrius Dragacci.

Monsieur le Procureur,

Je soussigné, Dominique Leca, né le 12 avril 1942 à Murzu Corse, de nationalité française, commerçant demeurant à Vico 20160.

Ai l’honneur de porter à votre connaissance les faits suivants :

Le lundi 17 décembre 1979, j’ai été interpellé à Vico vers 8h20 et descendu à Ajaccio pour être gardé à vue dans les locaux du SRPJ.

J’ai été interrogé par les inspecteurs SUSINI, MEYER, ROGHI et OTTAVY quand l’inspecteur Demetrius Dragacci, demeurant à Ajaccio, « les fougères » boulevard Benielli, qui m’avait été présenté une semaine auparavant a pénétré dans le bureau.

Il m’a aussitôt asséné trois violents coups de poings, un sur l’oreille gauche, un sur la face qui m’a fait saigner abondamment, et un sur l’arrière de la tempe gauche. Il m’insultait en même temps en disant qu’il allait me faire craquer.

L’inspecteur OTTAVY a du m’accompagner aux toilettes pour éponger le sang que je perdais en abondance.

Le commissaire LERAY est entré en disant « ce n’est pas ainsi qu’il faut faire, il faut frapper au foie ».

Je n’ai plus revue l’inspecteur DRAGACCI jusqu’au mardi 18 décembre 1979 après 22h. Ce dernier est en effet revenu dans le bureau ou j’étais interrogé et m’a frappé sur le bas des côtes (cotés gauche). L’intervention du commissaire FRANKET a l’imité l’agression que je subissais.La visite du médecin était prévue pour le mercredi matin. Mais il a décommandé en raison de mon départ sur Paris le même jour.

Je suis resté complètement sourd de l’oreille blessée pendant 15 jours. J’ai fait constater les séquelles des coups que j’ai reçu par l’ORL de la maison d’arrêt le mercredi 2 janvier 1980 et le mardi 8 janvier 1980 après avoir été soigné à l’infirmerie.

Ce médecin m’a signalé qu’il subsistait des traces de sang dans l’oreille. Je continue d’ailleurs à souffrir de troubles auditifs.

Il m’a indiqué également une déformation de la cloison nasale dûe au coup que j’ai reçu.

C’est pourquoi, j’ai l’honneur de déposer plainte entre vos mains contre Monsieur Demetrius Dragacci ou telle autre personne qui lui aurait donné l’ordre d’accomplir ce délit, pour coups et blessures necessitant une ITT de plus de 8 jours et pour acte attentatoire à la liberté individuelle, au droits civiques d’un citoyen fait prévu et réprimé par l’article 114 du code Pénal.

Je vous pris de croire, Monsieur le Procureur, à l’expression de ma profonde considération

Dominique Leca
27 février 1980

Déposé par Maître Jacques Antoine Martini, Avocat.

 

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