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APC « Cooficialité de la langue #corse : la canne à pêche ou le fusil »

A l’heure ou arrive pour la énième fois un ministre, qu’il soit premier ou dernier une fièvre s’empare du petit monde politique ou les bruits de couloirs nous annoncent qu’il va sortir un lapin du chapeau en annonçant les lendemain qui chantent…Le couplet a été joué tellement de fois que le refrain en est lassant et prévisible au possible qui plus est en période pré électorale.

Quelle est la réalité des faits : l’enseignement du corse a progressé de manière très importante, c’est incontestable, et les avancées sont conséquentes, quoique nettement insuffisantes eu égard les objectifs affichés dans les différents plans. Ces avancées, matérialisées par les lois de 1985 sur l’enseignement bilingue, celle de 1990 sur le capes de Corse, celle de 2002 sur l’obligation de l’offre dans le premier degré, nous ont ouvert certaines perspectives quant aux conditions pratiques de mise en œuvre de l’enseignement de la langue. En effet aujourd’hui le déficit est de deux ordres dont celui de la ressource enseignante insuffisante à ce jour. Il existe des marges de manœuvre dans lesquels la CTC et l’Etat ont des capacités d’actions en l’état actuel de la législation. Il convient de les utiliser dans en faisant les choix judicieux (en matière de plan de formation, de la brigade d’intervenants…) et il est possible d’améliorer la situation actuelle de manière sensible notamment dans le premier degré.

Reste la question fondamentale : pouvons nous sauver la langue et assurer une société bilingue en l’état de la législation ?

La réponse est clairement non !

Le statut de la langue, ou plutôt l’absence de statut la rend vulnérable à toute évolution législative particulièrement dans l’éducation nationale (voir réforme des collèges) où l’importance du bilinguisme résulte d’une situation de facto et non pas de jure. Cette situation, pour l’instant favorable, évoluera dans le temps au gré des fluctuations politiques, des rapports de force mais surtout de l’évolution démographique. Dès lors tout l’édifice de l’enseignement de langue corse bilingue ou autre sera remis en cause et disparaitra comme les arrêtés Miots en 1999.

Le refus par l’Etat d’engager le dialogue sur la base des votes de l’assemblée de Corse, en objectant la constitution mais surtout l’unicité de la nation autour de l’Etat central et du français langue de la république une et indivisible, pose un problème uniquement politique qui ne saurait se résoudre à des questions de politique linguistique.

Le gouvernement de Manuel Valls est l’héritier de Barrère et des conventionnels jacobins de 1793 pour qui l’Etat passe avant la démocratie ce qu’a justement mis en exergue le député breton Paul Mohac.

La crise existentielle actuelle de la Ve république ne permet aucune évolution avec un gouvernement à la dérive soucieux seulement de s’assurer une tranquillité relative avant les élections.

Le fait d’essayer d’être constructif, de développer une politique linguistique ambitieuse avec les moyens actuels, ne doit et ne peut pas nous faire oublier l’enjeu politique majeur de la question linguistique. Voilà pourquoi nous n’attendons rien de la visite du premier ou du dernier ministre sauf à être naïfs ou idiots.

Aussi le choix qui s’impose à nous est un choix éminemment politique soit s’accommoder de faux semblants, d’effets d’annonces destinés à l’opinion du moment, soit d’engager un rapport de force politique sur la nature des relations qui lient la Corse à la France dont une des pierres angulaires est la question de la langue.

Le choix entre la canne à pêche ou le fusil…

Le Président de l’APC

Denis Luciani

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