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Jeudi 23 juin 2016, jour du Brexit, restera probablement comme le dernier jour de l’Union Européenne telle qu’on l’a connue. Cette Europe des Etats est morte, reste à construire la nouvelle, celle des peuples!

Un résultat clair et sans appel!

51,9% des Britanniques, plus de 17,4 millions d’électeurs, ont voté pour le Brexit le jeudi 23 juin 2016. Avec 1 269 501 voix d’avance et un taux de participation de 72,2%, un taux extrêmement élevé pour le Royaume-Uni, la victoire du camp  »Leave » (quitter l’Union Européenne) ne souffre d’aucune contestation possible. Les Britanniques ont voté mais ils sont désormais extrêmement divisés.

Tout d’abord, l’Ecosse a voté à 62% pour le  »Remain » (rester dans l’U.E), l’Irlande du Nord avec 55,8% a, elle aussi, décidé de rester, avec le reste la nation irlandaise, dans l’Union mais l’Angleterre en a décidé autrement. Avec 54,4%, les Anglais, ultramajoritaires au Royaume-Uni, ont décidé du sort des 4 nations. Seul, le Pays de Galles, avec 52,5%, a suivi l’avis des Anglais.

La fin du Royaume-Uni

C’est désormais clair, le Royaume-Uni va s’évaporer, ce n’est plus qu’une question de temps. Rappelons-nous que, lors du référendum écossais en 2014, Londres avait assuré qu’un YES (pour l’indépendance) signifiait, sans base légale solide, l’exclusion de l’Ecosse de l’UE. Les Ecossais, majoritairement pro-européens, et le 62% du 23 juin est là pour le rappeler, avaient voté NO pour rester dans l’UE. Désormais, contre leur volonté démocratique, ils en sont exclus. Et la First Minister écossaise, Nicola Sturgeon, leader du SNP, a déjà dégainé le second referendum sur l’indépendance, afin d’assurer la place de l’Ecosse dans l’UE. Ce second referendum était un secret de polichinelle mais il est devenu possible uniquement parce que les Ecossais, menés par le SNP, ont voté ultra-majoritairement pour le  »remain ».

De plus, rentrées ensemble en 1973, les 2 Irlandes qui ne forment qu’une seule et unique nation pourraient être séparées par le vote des Anglais. Inadmissible! D’ailleurs, le Sinn Fein, le parti républicain irlandais, a annoncé sa volonté d’organiser un référendum pour la réunification de l’Irlande, une opportunité historique. Après celle de l’Allemagne, l’UE connaîtra-t-elle une deuxième réunification? Souhaitons-le!

Enfin, bien que le Pays de Galles ait voté pour le  »Leave », le parti nationaliste gallois, le Plaid Cymru, a, lui aussi, fait campagne pour le  »Remain » et ce n’est pas un hasard si les meilleurs scores du  »Remain » se trouvent là où le PC est fort, notamment dans l’ouest du pays de Galles.

Les différents clivages

Cependant, le clivage Angleterre contre Ecosse/Irlande n’est pas le seul a ressortir de ce referendum. Un autre saute aux yeux : celui du fossé générationnel. Les jeunes ont voté majoritairement pour rester dans l’UE (66% des 18-24 ans, et 52% des 25-49 ans) quand les anciens ont voté pour partir (58% des 50-64ans et 62% des plus e 65 ans). Le paradoxe est que ce sont les jeunes qui devront vivre le plus longtemps avec une décision prise  majoritairement par les plus anciens, pour certains nostalgiques d’un temps révolu où le Royaume-Uni était encore un Empire et dominait le monde!

Enfin, l’autre clivage important est celui qui oppose les villes aux campagnes. Londres (ville la plus peuplée du R-U), Glasgow (n°3 mais première d’Ecosse), Manchester (n°4), Edimbourg (n°5),  Liverpool (n°6), Leeds (n°7), Newcastle (n°10), Cardiff (n°12 mais première du Pays de Galles),  Belfast (n°15 mais première d’Irlande du nord) ont toutes voté pour le  »Remain » quand les campagnes (à l’exception des campagnes écossaises et irlandaises) ont voté pour larguer les amarres avec le reste du Continent.

RoccuGaroby

Ces clivages sur la question européenne (jeunes/anciens et ville/campagne) ne sont pas nouveaux et on les retrouve dans beaucoup de pays, notamment en France ou encore en Autriche. Ceci est révélateur de l’état du débat sur la question européenne partout en Europe mais le vote de jeudi dernier est d’une dimension supérieure. Cependant, ce n’est que le début d’une longue histoire, le départ d’un Etat membre.

Une procédure inédite!

L’article 50! Avec le Brexit, tout le monde connaît désormais cet article du traité de Lisbonne qui donne la possibilité à un Etat membre de quitter l’UE. En fait, jusqu’au traité de Lisbonne (2009), il n’était même pas prévu qu’un pays puisse quitter l’Union ! C’est donc le Royaume-Uni qui aura  »l’honneur » d’inaugurer cette procédure inédite et qui manque un peu de clarté, avouons-le.

L’article 50 stipule que  »tout Etat membre peut décider, […] de se retirer de l’Union ».  Cet Etat membre, doit  »notifier » son retrait au Conseil Européen, réunion des chefs d’Etat et de gouvernement. Ensuite,  »l’Union négocie et conclut avec cet Etat les modalités de son départ »’. L’accord est conclu par  »le Conseil, les ministres des Etats membres, à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement Européen ».  »Les traités cessent d’être applicables à l’Etat concerné à partir de la date d’entrée en vigueur de l’accord ou, à défaut, deux ans après la notification, sauf si le Conseil Européen, les chefs d’Etat et de gouvernement, en accord avec l’Etat membre concerné, décident à l’unanimité de prolonger ce délai ».

Autrement dit, le Premier Ministre britannique doit notifier à ses homologues européens la volonté de partir de l’Union Européenne mais il n’est pas écrit quand il doit le faire! Il n’y a ni calendrier ni date limite. De plus, le délai de 2 ans, ne commence qu’à partir de cette notification. Donc, l’establishment britannique opposé au Brexit (l’actuel Premier Minsitre, une partie de son parti alors que l’autre a fait campagne pour le  »Leave », l’oppositon, les 3 partis nationalistes, la City (la place financière de Londres, les principales organisations patronales et syndicales…) pourraient bien jouer la montre contre le vote de leurs cocitoyens, prolongeant d’autant cet état d’incertitude pour le Royaume-Uni mais aussi pour l’ensemble des Européens.

C’est d’ailleurs pour cela que les 6 Etats fondateurs (Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas) et le Parlement Européen demandent à David Cameron de notifier sans tarder la volonté de sortir de l’Union afin que le délai commence, que les négociations débutent et que l’incertitude cesse.

Une négociation extrêmement longue

Les négociations seront longues. Il y a des milliers de textes communautaires à discuter, des opt-out (dérogations au droit) à (re)négocier, la place de l’Ecosse et de l’Irlande du nord qui ont clairement voté pour rester, à (re)voir… Il est probable que le délai de 2 ans sera largement dépassé.

Prenons 3  »petits » exemples qui démontrent l’immensité du travail qui nous attend. Le nombre de joueurs extra-communautaires dans les clubs de football est limité sur une feuille de match. Sauf que si Le Royaume-Uni sort, tous les Anglais, les Ecossais, les Gallois et les Irlandais du nord seront des extra-communautaires dans les autres clubs de l’Union et les Européens seront des  »étrangers » au Royaume-Uni.

Quid des députés européens élus au Royaume-Uni, dont 2 SNP et 1 Plaid Cymru? Iront-ils jusqu’au bout de leur mandat, mai 2019? Auront-ils encore le droit de vote pendant le temps des négociations? Pourront-ils voter pour valider le départ du Royaume-Uni au Parlement Européen?

Enfin, le budget européen. Chaque année, le Royaume-Uni reverse 5 milliards de plus qu’il ne reçoit, chèque britannique inclus (réduction spéciale que le Royaume-Uni a négociée en 1984 et qui réduit la  »facture budgétaire » de la couronne de 6 milliards d’euros par an). Son départ se traduira donc par un trou budgétaire pour les autres. Soit les Européens s’accordent sur une coupe massive dans le budget européen, soit ils s’accordent sur une rallonge pour payer les factures. Attention aux discussions de marchands de tapis à Bruxelles,, quand on sait que le budget a été âprement discuté et adopté en 2013 pour 7 ans (2014-2020)!

Les négociations seront longues, probablement dures mais elles marqueront la fin d’une ère, celle où l’on pensait que l’Union était une construction à sens unique. Une construction politique n’est jamais acquise, elle doit se défendre, être expliquée et avoir l’assentiment des peuples.

La fin de l’Europe des Etats!

Le referendum britannique du 23 juin dernier restera probablement dans l’Histoire comme le coup de grâce donné à l’Union Européenne telle qu’on la connaît. Après les referendums (Danemark 1992 et 2015, France 2005, Pays-bas 2005 et 2016, Irlande 2008 Grèce 2015 et Royaume-Uni 2016), après la progression des partis ouvertement europhobes, et pour la plus part xénophobes et/ou d’extême droite et le retour du centralisme des Etats, l’Union Européenne telle qu’elle existe, c’est-à-dire une Europe des Etats, est morte! Et c’est tant mieux!

Elle était technocratique parce que les Etats ne voulaient pas de vrai gouvernement européen (la Commission a été réduite à un rôle de secrétariat général du Conseil Européen), elle était bureaucratique parce que ses membres ne se faisaient pas confiance entre eux (multiplication des contrôles administratifs inutiles), elle était opaque parce que sans volonté de réelle tranparence (pas de débats ni de votes publics au Conseil), elle était dépendante des lobbies parce que les Etats y voyaient un moyen d’accroître leur influence à travers leurs champions publics ou privés.

Ironie de l’Histoire, cette Europe des Etats, très proche de ce que voulait Westminster, est morte par un referendum initié par le 10 Downing Street! Mais ne pleurons pas sur ses cendres, pensons déjà à l’avenir et à l’Europe dont nous rêvons!

L’Europe des peuples!

Ayons l’honnêteté de reconnaître que les Etats européens, a fortiori les nations sans Etat du vieux Continent, sont trop petits pour répondre à des défits mondiaux tels que le réchauffement climatique ou la lutte contre les paradis fiscaux bien qu’ils puissent apporter leur pierre à l’édifice.

Ayons aussi l’honnêteté de dire que l’Europe nous a apporté la paix et offert aux nations sans Etat, aux régions et aux minorités, une échappatoire au mortifère tête-à-tête avec leur capitale respective.

Ayons enfin l’honnêteté de briser le tabou de la souveraineté qui, dans un monde globalisé, ne s’exerce plus (seulement) dans le cadre de l’Etat, fût-il un Etat-nation. La souveraineté, pour être préservée, a besoin d’être partagée entre des nations qui partagent un projet commun.

Dès lors, l’Union (européenne) fait la force pour peu qu’elle se fasse dans la transparence, dans un cadre démocratique et dans le respect des peuples. Si le fondement de nos sociétés démocratiques est la nation, la mondialisation, bon an mal an, est en train de saper une partie de notre souveraineté. Le seul moyen de la conserver est de l’exercer en commun quand cela est nécessaire.

Une Europe fédérale!

Libérés de la peur permanente de devoir affronter le véto britannique et condamnés à continuer de l’avant tant le statu quo est morbide, il est temps que nous construisions cette Europe fédérale, seule structure à même de répondre aux urgences planétaires, aux crises continentales, aux attentes populaires et au besoin de proximité des peuples.

Nous devons inventer le premier fédéralisme à 3 niveaux de pouvoir (Région/Nation, Etat, Union). Chaque niveau de pouvoir doit avoir son propre gouvernement légitimement désigné, son Parlement démocratiquement élu -ou ses Parlements en cas de bicaméralisme, ses compétences exclusives – sa législation et sa fiscalité propres -tout comme son budget et son administration propres.

Ce fédéralisme à 3 niveaux doit appliquer le principe de subsidiarité qui veut qu’une compétence soit exercée par l’échelon le plus petit. C’est donc à la Région/Nation d’avoir le gros des compétences. Seulement ce qui est mieux géré par l’Etat ou l’Europe doit être transféré, le tout dans un souci de cohésion économique, sociale et territoriale et qui doit s’exprimer par une solidarité entre les peuples.

Le fédéralisme, c’est aussi la fin de l’unanimité, du véto et du blocage permanent pour promouvoir, le débat, la transparence, le vote majoritaire pour que, in fine, il revienne aux électeurs de la région/nation, de l’Etat membre ou de toute l’Union Européenne de choisir, lors des élections, des majorités progressistes ou conservatrices, libérales ou keynésiennes, pro-climat ou anti-climat…

Actons la mort de cette Union Européenne et construisons cette nouvelle Union qui devra être démocratique, transparente et respectueuse des droits de l’Homme et des peuples. Ensuite, battons-nous avec nos partenaires européens pour faire de cette Europe, une Europe sociale, durable et solidaire!

L’Europe (des Etats) est morte! Vive l’Europe (des peuples)!

Aiò ch’hè ora!

Roccu GAROBY

Vice Président de l’Alliance Libre Européenne Jeune

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