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Quand y aura-t-il rupture entre les capacités de stockage encore autorisées et l’afflux de déchets que la saison estivale ne manquera pas de déverser sur les trottoirs ? Les chiffres de l’an dernier l’annoncent pour le début de l’été : 180.000 tonnes de déchets ont été enfouies en 2015 pour une capacité d’à peine 100.000 tonnes autorisées en 2016, comte tenu de la fermeture du CET de Tallone depuis juin 2015. L’impasse est certaine. Comment la gérer ?

Première question : le tri en 2016 sera-t-il aussi calamiteux qu’en 2015 ? Ou les quantités à enfouir seront-elles un tant soit peu réduites sous l’effet de la médiatisation que les blocages à répétition des Centres d’Enfouissement Techniques ont provoqués ? Certes, rien de véritablement structuré n’a été réalisé au niveau de la Corse en général, mais une multitude d’initiatives collectives et même individuelles sont observées.

Côté collectivités, la pression mise a amené certaines à agir. La plupart, notamment les plus grosses, ne le font qu’à minima, en ajoutant simplement quelques points de tri, ou en arrêtant enfin de les démanteler comme c’était la règle par exemple à Aiacciu. Ca n’est pas terrible, mais c’est déjà ça. D’autres ont mis en place des politiques plus volontaristes et recruté des agents qui font la publicité du tri sélectif auprès de leurs administrés. Durant tout l’hiver j’ai personnellement rencontré de nombreux élus pour les engager à agir, et certains n’ont pas hésité à passer à l’action. Les premières initiatives sont là, par exemple en Balagne où l’instauration d’une tournée dédiée aux fermentescibles à destination des gros émetteurs de déchets est en place en ce début d’été, et les quantités collectées acheminées vers le centre de compostage d’Aghjone. Purticciu se met en place à son tour, en Plaine Orientale également, et dans d’autres territoires et même dans des communes isolées comme Barrèttali. Le foisonnement d’initiatives atteint aussi les particuliers : nombreux sont ceux qui ont amélioré leur tri, jusqu’aux 72 kg de matières organiques, comptabilisées par un militant ajaccien présent à la réunion publique de Vicu ce week-end, qui les a apportées depuis le début de l’année pour être compostées chez un ami qui dispose du terrain pour cela. L’Assemblée de Corse a enfin mis le tri en place dans ses propres locaux, mais la Préfecture non. Combien de tonnes seront-elles soustraites des tonnages enfouis par toutes ces initiatives mises bout à bout ? Le plan de l’Exécutif prévoit 5.000 tonnes. En fait cela pourrait bien être le double, pas suffisamment bien sûr pour régler le problème qui arrive, mais suffisamment pour constater qu’un chemin est pris, et qu’il est le bon.

Deuxième question : quand une politique globale sera-t-elle réellement en place entre les trois grands acteurs, la CTC qui définit les orientations politiques, l’Etat qui gère les procédures réglementaires, et le Syvadec qui est l’opérateur mis en place par les Collectivités ? Force est de constater que les initiatives de terrain échappent à l’opérateur Syvadec et se développent en dehors de lui. La Collectivité Territoriale de Corse a défini une feuille de route qui définit des priorités politiques claires. Le « porte à porte » au sens large y est préconisé de façon généralisée, c’est à dire que tout un chacun doit évacuer déchets triés et déchets mélangés de façon semblable, au même point de collecte pour l’un que pour l’autre : pied d’immeuble en ville, dans un point propre collectif pour les hameaux regroupés, ou portail par portail dans les habitats éclatés. Mais dans ce dernier cas la collecte des fermentescibles est inutile : chacun doit faire son compost par lui-même en y mélangeant les déchets verts de l’entretien de son terrain.

Comment mettre les collectivités, notamment les plus grandes, au diapason de cette organisation qui permettra d’atteindre les 60% et davantage de tri, objectif fixé par la CTC, auquel tous les élus disent souscrire. Mais encore trop peu d’entre eux sont au rendez-vous quand il faut passer à l’acte.

FrancoisAlfonsiTroisième question : que faire une fois que les trois centres de Vicu, Vighjaneddu et Prunelli seront saturés ? De 60 à 70.000 tonnes seront à gérer. La crise actuelle est partie de la fermeture de la décharge de Tallone quand le projet mis en avant par la municipalité de tri mécano-biologique a été annulé par le tribunal administratif au nom de la loi littoral. Pour autant un casier existe, entièrement équipé et prêt à recevoir les déchets. La CTC a mis en place les financements pour une installation de sur-tri provisoire, qui ne prévoit aucune construction pérenne. Le projet annulé alors peut être revu avec ce nouvel éclairage, et c’est ce que Gilles Simeoni a voulu faire en organisant une réunion de concertation sur place. La méfiance est là, et il faut la surmonter, démontrer que le site est un exutoire provisoire et non pas une énième tentative de faire de Tallone la « poubelle de la Corse ». Le premier dialogue a avorté, mais il faudra qu’il reprenne, et la perspective d’une Corse qui avance réellement, et concrètement, vers le tri à la source est le seul moyen d’établir enfin la confiance.

La majorité nationaliste fait son job avec opiniâtreté. La situation dont elle a hérité est exécrable, et elle appelle la solidarité de tous les Corses pour en sortir par le haut, c’est à dire avec une Corse qui se met enfin au diapason des bonnes pratiques européennes en matière de tri.

Un mouvement est en marche. Il faut qu’il réussisse. Faute de quoi, les défenseurs de l’environnement auront du souci à se faire.

François ALFONSI

10 juin 2016

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