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Le gouvernement a décidé de dépêcher une noria ministérielle en Corse. Braillard, celui des sports, début mai pour panser les plaies de la tragédie de Furiani, Boistard, celle des personnes âgées, pour inaugurer le nouvel EHPAD à Cargèse, Pinville, celle de l’artisanat, pour apporter un peu d’oxygène aux TPE insulaires, ont déjà fait leur tour de piste.

Certes, pour l’instant, le casting fait un peu penser aux « Inconnus », mais Ségolène Royal viendra à son tour parler PPE et énergie à la fin de la semaine. Jean Michel Baylet suivra pour parler Collectivité Unique. Même Bernard Cazeneuve fait preuve de disponibilité en acceptant de recevoir Maxime Beux, défiguré par un tir de flashball lors d’une opération de police à la sortie du match Reims-Bastia, ce qui a donné une issue rapide, et à vrai dire inattendue, au mouvement de grève de la faim lancé par Jean Baptiste Castellani, porte parole des supporters du club à Bastia.

En politique il n’y a pas de « loi des séries » qui pousserait des ministres plus ou moins connus à prendre l’un après l’autre un avion pour la Corse. Il y a donc un mot d’ordre, vraisemblablement coordonné par Matignon.

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Ce mot d’ordre consiste à prendre le contre-pied de la démarche de l’Assemblée de Corse, aujourd’hui portée par la majorité nationaliste. A la « proposition globale » co-officialité, statut de résident, statut fiscal et réforme constitutionnelle, à laquelle le gouvernement a décidé d’apporter une fin de non recevoir, on essaie d’opposer une politique des « micro-pas », version minimaliste des petits pas, qui consiste à mettre en avant le moindre point positif, pourvu qu’il ne recèle aucun risque pour le statu quo institutionnel.

La mise en scène est alors la même pour tous : photo tout sourire avec les élus de la Corse, et discours convenu sur « l’Etat qui n’abandonne pas la Corse ». Sous-entendu : « même si elle a voté nationaliste ». Et, au troisième degré : « à condition qu’elle ne recommence pas ! ».

Dans tous les cas, la démonstration qui est faite consiste à exprimer que les élus nationalistes sont là pour la photo. Santé : c’est l’Etat qui tient les cordons de la bourse des hôpitaux en quasi-faillite. Fiscalité des TPE : c’est l’obscure Martine Pinville qui annonce la modification du crédit d’impôt qui passera de 20 à 30% pour les TPE investissant en Corse. Ségolène Royal fera de même avec les investissements en matière de production électrique et Baylet énoncera les ordonnances de la loi NOTRe sans avoir retenu aucune des propositions, ou presque, de la Commission ad hoc de l’Assemblée de Corse. Le message est simple : le cœur du pouvoir reste à Paris, même si les nationalistes sont à la tête des institutions de la Corse.

C’est aussi une façon d’affirmer que « l’autonomie ce n’est pas pour demain », ou encore que la Collectivité Territoriale de Corse est et reste une simple collectivité locale. Et que ceux qui sont à sa tête sont des « élus locaux » sans dimension politique particulière.

Cette dimension politique il faut donc la gagner autrement et surtout ne pas compter sur l’Etat pour y parvenir.

Cela passe d’abord par l’exercice plein et entier des compétences consenties à la CTC, notamment sur les dossiers emblématiques qui font l’actualité, déchets ou transports.

Et cela se construira surtout en réussissant à situer la question corse au delà du tête à tête avec Paris. Dans le délai très court qui reste, six mois après l’élection victorieuse de décembre dernier, et un an avant l’avènement d’une nouvelle majorité à Paris, suivi de nouvelles élections en Corse, le meilleur moyen de s’affirmer sera d’associer la question corse aux autres démarches nationalistes en Europe, particulièrement avec la Catalogne dont l’antagonisme avec Madrid rejoint celui de la Corse avec Paris. Ce qui sera fait là sera entièrement au crédit de la majorité nationaliste de l’Assemblée de Corse : jamais un Paul Giacobbi ou un Camille de Rocca Serra ne pourront prétendre le faire à notre place. Et cela donnera aux Corses une perspective d’avenir tout à fait autre, celle d’un peuple et d’un territoire qui s’inscrivent ailleurs que dans le cadre voulu par l’Etat, celui dans lequel l’avenir de la Corse se décide depuis les couloirs des ministères parisiens.

François ALFONSI

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