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(Unità Naziunale Publié le 13 août 2018 à 15h24) On assiste en Catalogne sous contrôle espagnol à une montée propagandiste des médias et intellos bien en cour. Que disent ces braves gens ? L’indépendance est un échec, vouloir l’imposer, une forme de néo-fascisme…Rien que ça !

Inutile de dire combien cette doxa conservatrice et comminatoire est reprise en France, mais aussi en Corse. Comment l’expliquer ?

De la façon la plus classique du monde. Dans un argumentaire généralisé, où la mauvaise foi s’ajoute au conservatisme le plus chronique dont les pays de l’Europe démocratique se sont fait une spécialité, nos batteurs d’estrades labellisés nous assurent avec aplomb que cette insupportable aspiration à la sécession de l’État central, qu’il soit castillan ou parisien est non seulement une preuve d’aveuglement politique mais mais aussi une attitude littéralement raciste. Dit par les héritiers occultes de Franco et de Laval, il faut reconnaître que ça vaut son pesant de cacahuètes !

Et les mêmes grands esprits issus des totalitarismes d’État madrilènes ou franciliens, ont le culot de nous déclarer qu’à l’heure de l’Europe unie nos combats identitaires n’ont aucun sens.

Ils oublient deux choses :

La première, c’est que l’unité de l’Europe n’est pas pour demain. La montée des souverainismes rend sa réalisation problématique. Ce qui veut dire en clair, que les mêmes qui défendent l’homogénéité illusoire des États européens contre les aspirations des nations historiques, s’évertuent à combattre objectivement le principe même de l’Europe. Pour dire les choses simplement, le nationalisme de Macron, comme celui de Sanchez, est antagonique du sentiment européen. On peut dire que la plupart des gouvernements actuels , s’efforcent de tirer le maximum d’avantage de l’UE, tout en participant à la destruction de l’idée européenne.

La deuxième relève de notre identité, considérée non comme facteur clivant mais comme principe national. Les petits peuples, et particulièrement ceux des bords de la Méditerranée, ont conservé une expression culturelle vivace et encore dynamique qui leur confère cette humanité que l’on ne retrouve plus dans le reste de l’Europe urbanisée.C’est une caractéristique qui, jusqu’à présent, a résisté aux effets combinés de l’exode rural et de l’arrivée massive d’étrangers. C’est vrai pour la Catalogne comme pour la Corse qui subissent toutes deux l’immigration espagnole ou continentale. C’est un apport démographique nécessaire mais qui ne peut se faire sans règles.

Et la règle d’or c’est l’intégration culturelle. Apparemment la Generalitat de Catalogne a assez de compétences et surtout de moyens, en termes de culture et de langue, pour imposer démocratiquement son modèle. D’autant qu’à partir de 1973, la répression franquiste de la culture et de la langue catalanes a cessé. Mais pas la répression politique on l’a bien vu. Le durcissement madrilène relance donc le débat en termes objectifs , si on veut bien faire abstraction de la presse partisane qui tente d’influencer l’opinion publique sur les plateaux de télé madrilènes autant que parisiens…

En Corse la situation sur ce point est très différente, puisque le « français est la langue de la République ».

L’État, et ses représentants en Corse, sabotent toute initiative sérieuse, et les moyens culturels sont attribués à tous les charlatans de la sous-culture molièresque. Pendant ce temps la Corse voit arriver à jets continus un flot de non corses toujours plus nombreux, plus nombreux en tous cas que les immigrants du Sud , que certains voudraient nous voir prendre dans le collimateur pour dissimuler une stratégie de spoliation organisée. Parce que non contents d’arriver dans ce contexte anarchique et prédateur, ces non corses font comme en Kanaky : en occupant le terrain de la pratique culturelle, sociale ou associative, ils s’efforcent d’effacer les traces d’une société millénaire et de réduire un îlot de résistance à la globalisation du monde.

Les Catalans vont devoir réfléchir à l’indépendance qu’ils ont les moyens matériels d’assumer, parce que leur puissance économique attire les convoitises d’un État concussionnaire. Les Corses pour leur part, n’ont pas d’économie qui leur soit propre. La conquête française y a mis un terme il y a 250 ans . Mais dans la situation institutionnelle où ils se trouvent, ils ne pourront éviter ni le sous-développement, ni la gangstérisation des moyens de subsistances, ni encore moins les dérives d’une économie fondée sur la ressource unique de l’héliotropisme. Les Corses commencent à réaliser que la Corse française a peu de chances de s’en sortir. Seule une coterie de nouveaux notables, dont la fortune sera fondée , comme celle des « grandes familles » corses, sur la spoliation foncière, y tirerait son épingle du jeu. Le débat sut l’indépendance est bien celui d’un projet alternatif.

Ghjacumu faggianelli