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L’incendie du lieu de culte musulman de Mezavìa en est une nouvelle manifestation : le poison du racisme se répand en Corse. Nous n’en avons pas l’exclusivité, certes non. Mais le fait est là, qui nous oppresse chaque jour davantage.

On imagine aisément le traumatisme qu’un tel acte de violence provoque au sein de la communauté de confession musulmane, ou plus généralement, de culture musulmane. En visant les lieux de culte, on s’attaque au plus intime. Il en est de même que l’église, qui est un lieu symbole essentiel dans tous les villages, cher au cœur de tous, y compris pour les non-croyants qui participent à la communauté villageoise. Tous ceux que cette salle de prière rassemble, physiquement dans la pratique religieuse ou symboliquement comme repère collectif, sont durement touchés. Plus que les dégâts matériels, les dégâts moraux sont considérables. Par définition, l’agression contre un lieu de culte est une démarche insupportable.

Les plus intégristes de l’islamisme ne seront pas affectés : au contraire ils trouveront finalement leur compte dans le désarroi de jeunes et moins jeunes que la révolte contre de tels actes peut conduire à les rejoindre. Les plus affectés seront les braves gens, la grande masse d’une communauté qui vit en Corse depuis plusieurs décennies en y apportant son travail. Même si elle a eu à subir bien des discriminations, jamais elle n’avait connu un tel niveau d’agression. Aiacciu, Prupià, Mezavìa, les actes se succèdent à un rythme inquiétant sans que les auteurs ne soient arrêtés. Le climat est devenu pesant, avec un retentissement médiatique qui ne fait que l’alourdir encore. La Ligue des Droits de l’Homme, les élus nationalistes de la Collectivité Territoriale de Corse, le député-maire d’Aiacciu, la gauche, tous les démocrates appellent à une réaction vigoureuse. Elle est indispensable et elle doit opposer une réponse ferme aux agissements de ceux qui commettent de tels actes.

Car le poison du racisme met en danger la société corse comme toute société, et, par voie de conséquence, il menace la démarche même d’émancipation du peuple corse. Aucune option d’avenir n’existe pour la société rêvée par certains, fondée sur « l’origine », ou sur la « chrétienté », selon le nouvel amalgame qui déplace le racisme sur le terrain religieux. Leur aspiration à un « apartheid identitaire » est le contraire d’une construction nationale. Le nationalisme ne consiste pas à retourner à la Corse du passé, mais à construire la Corse de l’avenir. Notre mémoire collective de peuple corse est le fondement indispensable de cet avenir collectif, mais il est impératif qu’elle soit partagée pour construire un avenir commun pour tous. Le projet national doit être le projet de tous. Toute autre démarche est chimérique, et, dans le contexte de violence qui se développe, elle devient politiquement dangereuse pour tout le mouvement national.

L’antidote existe-t-elle ?

Il y a d’abord la vertu des mots qu’il faut savoir dire de façon claire et nette, comme l’ont à nouveau fait, dans un communiqué commun, Gilles Simeoni et Jean Guy Talamoni. Que la direction légitime, validée par le suffrage universel, du mouvement nationaliste condamne avec fermeté de tels actes est plus qu’indispensable, c’est vital, d’autant plus face à une vague médiatique qui guette le moindre faux pas pour nous déstabiliser.

Il y a ensuite la vertu des actes, les actes de solidarité du quotidien que chacun d’entre nous peut accomplir dans son quartier ou sur son lieu de travail, ou les actes de démonstration collective qui pourront être organisés.

Il y a aussi la vertu des lois qu’il faut faire respecter, et pour lesquelles seul l’Etat a le pouvoir d’agir dans la situation institutionnelle actuelle de la Corse.

Et il y a enfin la vertu de la raison, celle que nous enseignent nos amis catalans, écossais ou basques : l’avenir du peuple corse passe par un mouvement national inclusif, ouvert à tous, comme ils le démontrent avec éclat par leurs victoires politiques. C’est la seule voie possible, toutes les autres options seront perdantes, inéluctablement.

François ALFONSI