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La tension est loin d’être tombée en Corse après cette semaine qui a suivi les interpellations des supporters du SCB à Reims et surtout la blessure à vie infligée à Maxime par un tir de flashball.. Elle risque de se poursuivre après Università morta de ce vendredi suite à la condamnation sévère du jeune étudiant Rémy (interpellé à Corté lors de la 3ème soirée d’affrontements avec les forces de l’ordre) et la manifestation organisée par Bastia 1905 devant le Palais de justice est classée à risques…

Ceux et celles qui ne verraient dans ces événements qu’un problème de supporters ou de jeunes se trompent..

Le mal est plus profond… et ces événements ne sont que l’aspect visible des conséquences d’un désarroi d’une société corse en pleine mutation, impuissante et inquiète devant les évolutions économiques et sociales et sociétales imposées par la mondialisation et un modèle dominant de type colonial, où Paris veut continuer à imposer son tempo à l’île, sans tenir compte le moins du monde de nos réalités spécifiques et des aspirations des Corses sur leur terre…. laissant ainsi de façon arrogante et irresponsable peu de place aux décisions locales… D’où les révoltes aujourd’hui dont le sport n’est que le prétexte, car il ne s’agit en fait que de la partie visible de l’iceberg…

Aujourd’hui toute la société corse est en proie à différentes interrogations et peurs face à l’avenir de plus en plus incertain dont les jeunes en plein désarroi seront les plus pénalisés car les plus concernés demain..

C’est pour cela que la victoire des nationalistes a été acquise et a été tant célébrée par la Corse et sa jeunesse … mais au fil des semaines les réalités nous ont rattrapées et la non volonté de l’Etat et de ses représentants à Paris et dans l’île à accepter cette « révolution » tranquille » pour consentir enfin à aborder les problèmes corses dans une perspective de dialogue constructif et serein, s’est vite résumée à une fin de non-recevoir, tandis que l’île était encore et toujours montrée du doigt car ne correspondant guère aux canons de la loi jacobine uniformisatrice française…

Et l’Etat n’a en rien montré une quelconque volonté d’appréhender politiquement le problème corse en consentant à y apporter enfin des solutions consensuelles dans le cadre d”un véritable partenariat dénué d’arrières pensées malsaines ou malhonnêtes avec les representants élus que la Corse s’était donné … Et c’est ainzi, torna a Vignle, qu’un ministre en chassant un autre, les dossiers sont revenus au point 0, en attendant que le nouveau ministre apprenne son dossier… et “ainsi va le temps”, en espérant le faire jouer contre la Corse et son peuple dont l’appel légitime à la dignité ne rencontre toujours aucun écho..

Certes il faut savoir aussi attendre et tout ne peut être réglé en quelques semaines, mais la jeunesse comme partout dans le monde n’attend pas… et elle veut des solutions rapides ou du moins des signes tangibles d’un changement de comportement à Paris… or qu’a-t-elle eu ces jours-ci … la répression et la confirmation d’une volonté de politique raciste envers la Corse et les Corses..

Après l’arrêt de l’action armée par le FLNC, j’écrivais dans le Monde Diplomatique (juillet 2014) une analyse de la situation née de cet arrêt annoncé de la violence armée … et je disais notamment que des risques de débordements violents demeuraient prégnants si des solutions n’étaient pas apportées pour les années à venir.. car rien n’est malheureusement réglé et des risques de dérives zadistes (voire no borders) dans les comportements et les actions existent désormais plus que jamais et que la seule solution pour les juguler est justement… une amorce de solution politique comme l’ont réclamé les Corses en portant les nationalistes aux responsabilités à la Collectivité Territorile de Corse en décembre 2015

Je laisse ces extraits à la réflexion de tous ceux et celles qui les liront :

« L’arrêt de la violence pose de multiples interrogations et laisse sceptiques bien des insulaires. Cette annonce fait-elle suite à des négociations menées officieusement avec l’Etat ? Il ne semble pas. Face à cette nouvelle donne, l’Etat acceptera-t-il de revoir sa copie ? Rien n’est moins sûr. Va-t-il au moins libérer les détenus politiques et arrêter les poursuites envers les militants recherchés ? Là encore, le doute est de mise, au-delà de quelques libérations ponctuelles de militants en fin de détention.

On est bien loin de la situation de l’Irlande, où la classe politique britannique, des travaillistes aux conservateurs, a accompagné le processus de paix et permis de libérer tous les détenus d’alors, à charge pour ceux-ci de convaincre l’IRA d’abandonner les armes. En Corse, au contraire, les interpellations et les incarcérations se poursuivent. Quarante ans de lutte armée vont-ils alors s’achever sur une paix de dupes ? Si la réponse à l’adieu aux armes du FLNC devait se limiter à des miettes de pouvoir concédées à une représentation nationaliste rentrant dans les rangs, l’avenir sera peut-être plus sombre que ne le pensent certains, angéliques ou cyniques. Les soldats perdus du nationalisme donneront le coup d’envoi à un nouveau type de violence incontrôlée et incontrôlable. Une jeunesse témoin de l’agonie de la culture corse, se sentant trahie et privée d’un référent historique régulant en fait cahin-caha le corps social, risque de s’égarer dans des positions identitaires brouillées ou une marginalité confortant l’emprise de plus en plus prégnante de la grande délinquance sur la société corse.

On assiste aujourd’hui la mise en place d’une criminalité organisée, qui va dans le sens d’une véritable « mafiosisation », le mot étant entendu comme l’établissement d’une mafia « made in Corsica » différente des modèles italiens, et qui n’a rien à voir avec les traditionnels clichés véhiculés sur l’île. Son développement a des causes socio-politiques très tangibles. Leur analyse ne peut être établie sans évoquer le système politique insulaire, marqué par le Clanisme, mais aussi les stratégies troubles de l’Etat vis-à-vis de la revendication nationaliste, de groupes criminels en recomposition ou d’une nébuleuse économico-politique émergente. Le système criminel insulaire est en effet lié à des sphères politico-économiques françaises historiquement proches du Pouvoir d’Etat depuis des décennies.

Aujourd’hui le néo-banditisme, qui a pris forme après une redistribution des cartes, opérée à partir du milieu des années 90, est en passe de mettre la Corse en coupe réglée. Si une alternative n’est pas dégagée pour endiguer ce fléau, c’est l’avenir de l’île qui est hypothéqué.

PoggioliArchiveCorsica (1)N’en déplaise aux tenants d’un discours « anti-violence », mais hélas simpliste, les visions incantatoires d’une île pseudo-pacifiée pourraient s’ouvrir sur des lendemains bien sombres, dans une île où la société civile a peu de relais et où le débat est verrouillé par les sphères institutionnelles et les clans.

La Corse, orpheline du FLNC et vouée à des réformettes politiciennes, risque en fin de compte de devenir une terre brûlée par des dérives idéologiques et par des forces mafieuses, dont la Lutte armée, malgré ses errements, avait contribué à contenir la meurtrière avancée.

La Corse se meurt aujourd’hui des renoncements et du fatalisme, autant, si ce n’est plus, que de toutes les dérives. La Criminalité organisée s’implante et se développe chaque jour plus, grâce à la résignation ambiante… »

Pierre Poggioli

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