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L’extrême droite européenne a choisi Ajaccio pour y organiser un séminaire. Cela ne doit rien au hasard. Les événements qui y ont eu lieu la veille de Noël ont semble-t-il avivé l’esprit provocateur des organisateurs de ce symposium de l’intolérance aux relents du sombre passé pétainiste. Il ne s’agit là que du triste constat qui peut être fait à la lecture des messages, émanant de la « fachosphère », qui inondent la toile depuis que le visage hideux de la haine s’est démasqué sans retenu aux Jardins de l’Empereur.

Alors bien sur, et nous en serons, il est indispensable de combattre ici comme ailleurs cette idéologie incarnée par le clan Lepen, ses émules européens et ses représentants locaux, mais au-delà c’est au racisme et à la xénophobie sous toutes les formes qu’il faut s’attaquer en portant l’exigence de justice sociale contre les inégalités, terreau de toutes les frustrations, entretenues par la crise économique du capitalisme et son corollaire la politique d’austérité gouvernementale et européenne.

La thèse de « l’idéologie importée » résiste mal à l’analyse de la réalité. Il y a ceux qui crient la Corse aux Corses comme ceux qui crient la France aux Français. Ces cheminements parallèles conduisent cependant au même point : l’exclusion de l’autre différent en raison de ses origines, l’exaltation des racines chrétiennes, le retour au droit du sang…

Les mots d’ordres « Lucchesi Fora », « Sardi Fora » avant « I Francesi Fora » ou « Arabi Fora » ont eu cours ici des décennies durant, comme nous pourrions demain lire sur les murs des villes continentales « les Corses dehors » tant il est vrai que le racisme et la xénophobie constituent un tout contagieux et sans frontière. Et on voit bien le danger qu’il peut y avoir, à fortiori quand le chômage atteint des niveaux records, à promouvoir la « corsisation de l’emploi » sans imaginer qu’un corse pourrait dans une autre région de France se voir refuser de la même façon l’accès à un poste dans une entreprise nationale.

Gilles Siméoni, président de l’Exécutif de la CTC, invité de Jean Jacques Bourdin sur RMC le 18 janvier, explique que le mot d’ordre « I Francesi Fora » ne lui « correspond pas » et qu’il a pu être employé, dans un autre sens que celui supposé, pour dénoncer la politique de l’Etat. Comment ne pas s’interroger dès lors sur l’absence de condamnation politique de l’usage de ce mot ordre, raciste tout de même, quand par ailleurs et à juste raison celui de « Arabi Fora » l’est.

S’agissant de la plus haute autorité politique en Corse cette ambigüité n’est pas sans impact quand il s’agit de dresser un rempart, sans faille, contre le racisme. La clarté est, en effet, nécessaire pour se préserver des raccourcis politiques soit qui stigmatisent tous les corses indistinctement, soit qui les élèvent tout aussi indistinctement au dessus des comportements condamnables au regard de leur connotation raciste.

C’est chez nous qu’ont été souillés les murs d’enceinte du cimetière où reposent les dépouilles des Goumiers marocains qui ont participé aux cotés des Résistants à la Libération de la Corse. C’est aussi chez nous que des institutrices ont dû renoncer à faire chanter le poème de John Lennon « Imagine », cet hymne à la tolérance, à la justice sociale et à la paix, parce que des parents d’élèves ne voulaient pas que leurs enfants le chantent en arabe comme en corse ou en français. C’est enfin chez nous, le procureur de la République le rappelait au dernier Cuntrastu, que dans de nombreux cas les actes d’incivismes visent des personnes étrangères ou d’origines étrangères.

Si effectivement la Corse de tous temps a été une terre hospitalière force est de reconnaître que dans cette période troublée elle l’est moins. Pour autant, dans sa très grande majorité le peuple corse n’a rien perdu ni de la générosité, ni de la détermination qu’il montra contre le fascisme et son inhumanité pour reprendre sa liberté aux mains des chemises noires et des collaborateurs.

Dans cette conscience populaire réside à la fois la force, la possibilité et l’espoir d’une Corse juste et meilleure, d’un vivre ensemble pour tous quelle que soit l’origine de chacun conformément aux principes républicains de Liberté, d’Egalité, de Fraternité et à la laïcité. Les communistes organisent en ce sens une rencontre débat le 12 février à 18 heures au palais des congrès d’Ajaccio. Elle sera utile au succès du combat antiraciste pour le progrès et la démocratie.

Michel Stefani

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