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(CORSE MATIN) Ainsi donc, pour une poignée de mots prononcés dans une très vieille langue qui ne menace rien ni personne puisqu’elle même se trouve gravement menacée d’extinction, la France, sixième puissance mondiale, nation riche et puissante parmi les nations riches et puissantes, titulaire d’un siège permanent au conseil de sécurité des Nations unies, disposant de la foudre atomique, fille aînée de l’Eglise et patrie des Arts et des Lettres, la France dont les armées combattirent du Mexique au Tonkin et du Sahel à la Norvège, se trouverait donc au bord de l’implosion, comme ébranlée dans ses fondements, par un discours en langue corse d’une durée très exacte de sept minutes et trente-sept secondes.

Depuis le jeudi 17 décembre dernier et l’installation de la nouvelle Assemblée de Corse, ces minutes, ces secondes, ont enflé jusqu’à faire sourdre des profondeurs d’une certaine pensée française des torrents de boue bileuse, de vomissures mêlées d’anathèmes, d’opprobre, de menaces et de malédictions sans équivalent. Depuis le jeudi 17 décembre, sitôt prononcé le discours de Jean-Guy Talamoni, nouveau président de l’Assemblée de Corse, quelques 300.000 habitants se retrouvent convoqués au banc des accusés et jugés coupables. De quoi ? D’avoir porté au pouvoir régional, par le simple effet du suffrage universel et démocratiquement exprimé, des nationalistes corses. La réaction épidermique d’une classe politique quasiment unanime en dit long sur sa stupeur et son impréparation à semblable événement. Paris, peut-on lire ici et là, n’avait pas « prévu ». Prévu quoi, au juste ? La victoire d’un courant de pensée qui structure le paysage politique de l’île depuis près d’un demi-siècle ? La marche vers le pouvoir de formations politiques dont les représentants ont imposé leur agenda et leurs revendications au cours de la précédente mandature, au point que soient adoptées par l’Assemblée de Corse des mesures – statut de résident, co-officialité de la langue corse, dont l’inspiration est évidente ?
racisme-anticorse-anti-corse
Lors donc, voilà les nationalistes installés au perchoir de l’Assemblée de Corse et dans le fauteuil de président du Conseil exécutif. Autant dire : aux commandes de la région. Qu’on s’en félicite ou qu’on le regrette, qu’on voue aux gémonies leurs idées et leurs programmes, c’est désormais une réalité avec laquelle le bon sens commande d’interagir autrement que par l’outrance, la calomnie, les généralisations hâtives et les biais conceptuels. En lieu et place de quoi, la classe politique française a, dans sa quasi-unanimité, grimacé de haine en reprenant à son compte les poncifs les plus stigmatisants.

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