Produit CORSU E RIBELLU

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Pourquoi les « chiens de garde de l’information » en France et (sauf de rares exceptions) les responsables politiques français (accaparés par leur peur de la montée du FN, fruit de leurs incompétences à s’occuper réellement des problèmes quotidiens de leurs concitoyens), ne peuvent pas comprendre le sens profond de la Révolution tranquille qui s’est opérée en Corse, ces jours de décembre 2015 (Election de deux nationalistes corses à la tête de la Collectivité territoriale de Corse). Il est d’ailleurs remarquable de noter qu’au plan international, les médias sont de loin beaucoup moins haineux et arrogants vis-à-vis de cette « petite île » et dans leurs commentaires des derniers évènements ! Ha cette « fameuse raison française » qui explique tout sur les autres et pour tous les autres…

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En Corse, la défaite de Ponte-Novu (9 mai 1769) marque la fin de l’indépendance, l’annexion par les armes et le début de la Corse française (pacification).

Dès lors coupée de son aire socioculturelle italique et méditerranéenne, l’île est conduite à oublier ses traditions socioculturelles, son héritage politique des «Luminati» italiens, porté par l’œuvre de Pascal Paoli, son vocabulaire politique, elle qui est déjà une «nazione», de sa conception marquée par l’Italie pré-unitaire (relations avec Garibaldi et les Carbonari) puis par le Risorgimento auquel elle a participé.

Extraite de cet univers qui l’a modelée, elle apparaîtra dès lors (politique d’intégration française) comme un territoire incompréhensible, rivé à paraître irrationnel et obscur.

Ainsi, après avoir été réprimée par les armes, une «petite nation» qui a fait l‘admiration des philosophes français d’alors (Voltaire, Rousseau… »Un jour, cette petite île étonnera l’Europe« ) des révolutionnaires (Lafayette) des parlementaires anglais (Références alors en matière de parlementarisme) et des révolutionnaires américains (qui se revendiqueront de Pasquale Paoli), a été annexée par la force des armes et intégrée au sein du grand «Etat –nation impérial» (Centre) français pour être confinée à un statut de «Périphéries», suite à une véritable annexion coloniale.

Cette domination a depuis été contestée. Des mouvements nationalistes de résistance patriotique ont continué à s’organiser dans l’île, remettant en question ces liens d’assujettissement à la France impériale.

La revendication corse connaissant un renouveau depuis les années 60, le peuple corse arrive enfin aujourd’hui à renouer avec son histoire, car le destin de tout peuple ne peut jamais être définitivement scellé, quelles que soient les vicissitudes que lui imposent l’histoire… Gênes a régné sur l’île durant quatre siècles avant de s’incliner face à une révolte populaire de 40 ans qui allait conduire à la Rivuluzione di a Corsica de Pasquale Paoli qui allait émerveiller l’Europe, laquelle pliait alors sous le joug des monarchies et de l’absolutisme royal

“Chaque peuple écrit ou réécrit l’histoire à sa façon et a besoin de repères historiques ! Voilà pourquoi le serment (U ghjuramentu) des élus nationalistes à la Collectivité de Corse, tiré du livre A Ghjustificazione di a Rivoluzione di Corsica a revêtu tant d’intensité dans l’île. Ce geste à forte charge émotionnelle et symbolique relie le fil distendu (grands évènements internationaux) mais jamais rompu de la nation corse avec son histoire.

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Les traditions comportent presque toujours une part de création et d’idéalisation, lors de leur apparition, à des moments clefs de l’histoire d’un pays, souvent en période de troubles ou d’évènements importants, et cela afin de créer ou de recréer la concorde et l’unité, et d’éviter ainsi l’exacerbation des conflits, voire des guerres civiles. Mais ces traditions qui prennent néanmoins toujours appui sur des contenus propres à la mentalité d’un pays et d’un peuple ne sont pas des créations ex nihilo.

D’où le rôle des affects, l’importance des dimensions affectives, émotives et symboliques pour les hommes et les femmes, et le peuple qu’ils forment autour de valeurs et d’aspirations communes..

Le peuple corse, comme tout peuple vivant, a besoin de mythes, de croyances et de symboles forts pour s’unifier autour d’objectifs communs à tous et construire un destin autour d’un projet commun à toutes celles et ceux qui se reconnaissent en lui et en ses aspirations, Corses de naissance ou d’adoption….

D’où l’importance des derniers évènements mémorables de ce mois de décembre 2015 en Corse, désormais devenus historiques.

« Je défie Sparte et Athènes d’avoir porté un sentiment patriotique avec autant de force que celui des Corses durant 30 ans » (avant et durant la période paoliste)

PIERRE POGGIOLI