Produit CORSU E RIBELLU

X

Carlos Ezkurra Leonet 09/12/2015

« Nous sommes arrivés à faire sortir de prison les prisonniers politiques basques, mais avec cela nous n’avons pas obtenu l’amnistie, car il y a encore des exilés qui ne peuvent pas rentrer chez eux, et Euskal Herria voit ses droits continuer à être bafoués ».

Ainsi s’exprimait Fran Aldanondo, le dernier prisonnier politique basque à quitter la prison le 9 décembre 1977. Et il disait cela à peine quelques heures après sa sortie de prison, au cours d’une comparution publique aux côtés des Gestoras Pro-Amnistia (Associations Pro-Amnistie). C’était à l’époque de ce qui s’appelait « La Transition démocratique espagnole », cette opération résultant, au niveau des pouvoirs de l’État espagnol, d’un accord dont l’objet était de substituer à la précédente dictature criminelle franquiste le néofranquisme actuel. Et cependant, il se passa bien peu de temps entre sa libération et le moment où les prisons recommencèrent à se remplir de militants indépendantistes. Et aujourd’hui, ils sont 409 femmes et hommes qui sont amassés sous le statut de prisonnier(e)s politiques basques.

Nous avons senti la nécessité et le devoir de réactualiser ce fragment de la mémoire historique de notre pays, en partie en raison de l’obligation que nous en fait un débat auquel nous sommes en train d’assister ces derniers temps, sur l’opportunité et/ou l’utilité de la revendication publique de l’Amnistie. Débat qui, à notre sens, est superflu parce qu’absurde et sans nécessité.

une Amnistia

La revendication de l’Amnistie a été le postulat central et incontournable que, en vue d’atteindre ses objectifs stratégiques, le mouvement indépendantiste basque de gauche (MVLN) a maintenu fermement. Car c’est dans la satisfaction de cette revendication qu’il a situé la clé pour ouvrir la porte à une solution juste et définitive du conflit politique qu’ont fait naître les Etats espagnol et français.

En ce moment où, tant de la part des unionistes espagnols que de la part des collaborationnistes locaux, l’exclusivité sur la vérité historique dans le récit qui est fait des dernières décennies de ce conflit est perçue comme une bataille à gagner, la revendication de l’Amnistie acquiert plus que jamais une importance vitale. Et cela, entre autres choses, parce qu’elle se situe inévitablement au point de départ du récit lui-même, en mettant le doigt sur les causes et l’origine, en dernier recours, du conflit politique, lequel se réduit à une entreprise toujours en cours de conquête de notre pays.

A cet égard, c’est quand on récupère la mémoire historique que l’Amnistie retrouve sa signification politique intégrale : elle nous rappelle, en définitive, que l’État que nous avons eu, la Navarre, nous a été enlevé par une conquête ; que nous connaissons depuis lors une situation de soumission et d’oppression illégitimes qui est le fruit de cette conquête ; et que, par voie de conséquence, le conflit qui en est issu est toujours en vigueur et ses conséquences hors de portée de toute solution.
Cela étant, il y en a qui cachent cette soumission et cette oppression illégitimes pour, ensuite, nier jusqu’à l’existence du conflit lui-même, rejoignant ceux qui, sans le nier, se montrent pleins de complaisance pour la situation de fait actuelle – le cadre juridico-politico-constitutionnel espagnol – dérivé des circonstances précédemment évoquées.
Dans leur récit sur ce qui s’est produit au cours des dernières décennies, tous ceux-là sont d’accord pour nous parler d’une démocratie attaquée par des terroristes qui veulent imposer des idées totalitaires, et la seule solution qu’ils sont disposés à accepter pour traiter les conséquences du conflit, c’est que les militantes et les militants incarcérés reconnaissent les dommages causés, montrent du repentir et collaborent avec la justice espagnole. En définitive, le strict accomplissement de la légalité pénale et pénitentiaire espagnole.

Faisant face à ces gens-là, nous nous retrouvons, au contraire, nous, à défendre la reconnaissance de notre condition de militants politiques subissant la répression en raison de notre engagement dans la lutte contre la domination espagnole (et française) et en faveur de l’indépendance de notre pays. Voilà pourquoi, en conséquence, nous réclamons une solution de caractère exclusivement politique, qui, en tant que telle, se trouve contenue dans la revendication de l’Amnistie.
La lutte populaire pour l’Amnistie a occupé une place privilégiée, de façon permanente, dans la mémoire historique la plus récente de notre pays. Ainsi, comme nous le notions au début de ce texte, ce 9 décembre 2015, il y a exactement 38 ans que nous avons réussi à arracher à l’État espagnol, en application de la Loi d’Amnistie, la liberté pour celui qui était alors le dernier prisonnier politique basque encore emprisonné. Ce fut grâce à la lutte de milliers et milliers de personnes en Euskal Herri, lutte culminant lors de la Semaine pro-Amnistie.

Cependant, et en dépit du fait qu’il y a déjà plus de quatre ans qu’ETA, un des principaux acteurs dans le conflit au cours du dernier demi-siècle, a décidé d’abandonner son activité armée en faveur de la libération nationale et sociale de notre pays, aujourd’hui encore nous nous trouvons confrontés à des conséquences préoccupantes et douloureuses de ce conflit : plus de 400 prisonnières et prisonniers politiques, certains gravement malades, tous d’authentiques otages des Etats ; des dizaines d’exilé(e)s ; des centaines de personnes inculpées, des milliers soumises à la torture ; des gens assassinés dans le cadre du terrorisme d’État, dans celui de la politique de dispersion des prisonniers, etc.

Pour toutes ces raisons, nous croyons fermement que nous avons à persister à conjuguer des engagements quartier par quartier, village par village, pour brandir le drapeau de l’Amnistie avec toutes ses implications politiques, et que, tout en renforçant la lutte contre la dispersion pénitentiaire, nous devons continuer à porter assistance à toutes celles et tous ceux qui ont été frappés par la répression, et ce sans cesser de répondre tant à la répression qu’à ses conséquences.

Pour la gauche indépendantiste, dans sa lutte pour la reconquête et la libération nationale et sociale de notre pays, aucun Basque désireux de s’engager de tout cœur n’est de trop. Parce que ce dont il s’agit ici, c’est de procéder à l’addition des volontés et à la multiplication des efforts en faveur des objectifs qu’on vient de mentionner. Et nous qui signons ce texte, c’est le pari que nous faisons.

Il est temps de s’y mettre. C’est un futur de paix juste et en liberté qui nous attend

Nous qui signons ce texte, nous avons été prisonniers politiques basques :
Jesus Maria Mendinueta Flores, Carlos Ezkurra Leonet, Josu Jimenez Zurbano, Iñaki Erro Zazu, Txuma Puy Lekunberri, Iñaki Urdiain Ziritza, Fermin Urdiain Ziritza, Fermin Ventura Perez, Eder Ariz Lizaso, Joseba Etxezarreta Mantzisidor, Pake Lacasa Lasheras, Kepa Oloriz Urritza, Koldo Grazia Lopez, Joseba Gonzalez Pavon, Jokin Zubieta Valencia, Arturo Fernandez, Alfonso Angulo Diaz, Oscar Estebariz Arteta, Joxerra Larrinaga Zelaia.