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Un an après le référendum de septembre 2014, où le « oui » a échoué avec 45% des voix, le Scottish National Party se trouve pourtant en position de force. Car, dans la foulée de la campagne référendaire, il a connu une croissance phénoménale.

Sa Conférence annuelle 2015 s’est tenue à Aberdeen car sa localisation traditionnelle à Perth n’est plus en mesure d’accueillir la foule des délégués. Elle a été le point de départ d’une nouvelle campagne, celle qui, en mai prochain, va élire le futur parlement écossais à Edinburg.

Un an avant le referendum, le SNP comptait 30.000 adhérents. En octobre 2014, à Perth, lors du Congrès qui a fait suite à l’échec du oui, ce sont 84.000 adhérents qui s’affichaient sur l’immense écran qui dominait la tribune. Un an plus tard, le SNP compte 114.000 adhérents. Pour cinq millions d’habitants ! C’est comme si en Corse un parti atteignait 6.000 adhérents, ou, en France, 1,2 million.

En tribune, Nicola Sturgeon, qui a pris la suite d’Alex Salmond à la tête du parti et à la tête du gouvernement autonome écossais au lendemain de la victoire du « non », a fait monter sur la scène qui sert de tribune les 56 députés SNP élus en mai 2015 au Parlement britannique de Westminster. 56 sur les 59 députés élus dans toute l’Ecosse !
Cette hégémonie dans la représentation du peuple écossais, c’est la donne politique que le SNP veut inscrire dans la durée. Et ce projet politique va être au cœur de la campagne des élections à venir, pour le renouvellement du parlement écossais. En s’installant durablem

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Dans son discours de clôture de la Conférence, Nicola Sturgeon a insisté sur le bilan positif des huit ans au pouvoir du SNP. Les résultats sociaux sont mis en avant : les études universitaires en Ecosse sont libres des frais d’inscription très élevés que le pouvoir conservateur de Londres a imposés à tous les étudiants ailleurs dans le Royaume Uni. Le système de santé et son ouverture aux plus pauvres n’a pas de comparaison possible dans les autres territoires administrés directement par Londres, de même que l’aide aux familles et à la petite enfance. Elle annonce des mesures de renforcement de ces dispositions, tout en insistant sur le plan politique : le modèle social auquel aspire les Ecossais est aux antipodes de celui suivi par Londres, et il ne pourra être garanti qu’à travers une indépendance totale, au delà de la dévolution qui encadre l’autonomie actuelle. Sa critique de Londres va jusqu’à la politique internationale, où Nicola Sturgeon fustige l’attitude de David Cameron à l’égard des réfugiés syriens. D’ailleurs, à la sortie du meeting, les militants organisent une collecte pour venir en aide aux réfugiés.

Mais la droite britannique n’est pas un véritable rival en Ecosse même. Cela fait de très nombreuses années qu’elle n’y a qu’un rôle de figurant politique dans les élections, d’abord au profit des travaillistes, et, depuis huit ans, au profit du SNP. Aussi, l’adversaire politique du jour est le Labour, que le SNP juge incapable de renverser un jour le pouvoir des Conservateurs à Londres. Nicola Sturgeon insiste : le seul rempart contre les dérives ultra-libérales de Londres sont le SNP, sa politique sociale à la tête des institutions écossaises, et son projet d’indépendance pour l’Ecosse en Europe.

Elle insiste aussi sur l’argument d’évidence, l’appartenance de l’Ecosse à l’Europe. A l’heure où Londres engage un processus de sortie de l’Union Européenne avec referendum à la clef, elle prévient : la victoire des eurosceptiques se heurterait à la volonté du peuple écossais. Le SNP se battra pour que l’Ecosse reste dans l’Union Européenne, et une victoire du non à Londres serait un motif immédiat pour convoquer un nouveau referendum en Ecosse afin d’accéder à l’indépendance et laisser ainsi Londres quitter seule l’UE.

Mais la priorité de l’heure n’est pas de convoquer ce nouveau referendum, que, de toutes façons les nationalistes écossais ne veulent pas précipiter pour ne pas risquer une nouvelle victoire du non. Nicola Sturgeon veut concentrer ses militants sur le challenge politique à venir, les élections écossaises pour le Parlement d’Holyrood, à Edinburgh. Le SNP y détient déjà la majorité absolue, et l’objectif sera de la conforter encore. Il faut ainsi que Londres et l’Europe comprennent que les nationalistes sont pour très, très longtemps au pouvoir en Ecosse, et qu’ils arriveront nécessairement à leurs fins.

Ce n’est plus qu’une question de temps.

FRANCOIS ALFONSI