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Le 21 octobre dernier, nous participions à la conférence-débat organisée à l’initiative de la Ligue des Droits de l’Homme Corse sur les thèmes du peuple Corse et de la communauté de destin. Nous étions accompagnés d’autres organisations politiques de jeunes corses. Antonia LUCIANI, candidate sur la liste Femu a Corsica aux prochaines territoriales nous représentait en tribune. Voici le contenu de son intervention :

En premier lieu, je voudrais remercier la Ligue des Droits de l’Homme ainsi que l’ensemble des participants d’avoir permis la tenue de ce débat, qui selon nous, au PNC Ghjuventù est un débat fondamental puisqu’on parle aujourd’hui du cœur même de notre engagement, c’est à dire, de la notion de peuple corse, en tant que communauté de destin.
Il est vrai que les notions de peuple corse, de communauté de destin… sont des expressions qui sont couramment utilisées par nos mouvements politiques, nos syndicats, nos associations…et finalement on n’a pas souvent l’occasion de revenir sur les mots, le sens profond que l’on souhaite donner à ces notions alors qu’elles sont pourtant fondamentales, puisqu’elles motivent nos engagements respectifs.
Pour préparer mon intervention, j’ai tout simplement cherché la définition du mot peuple dans le dictionnaire. J’ai trouvé : un ensemble de personnes vivant en société sur un même territoire et unies par des liens culturels, avec des institutions politiques.
La première question que je me suis posée, c’est bien de voir si cette définition est applicable à notre contexte :
Tout d’abord il y a la question du territoire :
le fait que nous vivions sur une île permet d’avoir des limites géographiques claires, facilement identifiables. Notre frontière est réelle et elle permet de nous distinguer absolument du reste du monde. Cela renforce cette sensation d’appartenance à cette terre. Finalement l’île est un monde en soi, un monde en miniature, un microcosme dans lequel sommes obligés de trouver le moyen de vivre ensemble.
ensuite celle des liens culturels,
là encore, on ne peut que faire le constat de l’existence de liens culturels forts à travers la culture, l’identité, la langue mais aussi un certain nombre de valeurs, de comportements, de traits sociaux qui nous caractérisent. Du point de vue social et culturel, notre île n’est pas un fragment du continent. Mais elle est bien le reflet, d’un territoire qui a su conserver le sens du partage, de la solidarité, des liens intergénérationnels… c’est une terre riche de cultures, de patrimoine bâti, de savoir-faire, d’usages, de patrimoine immatériel… mais aussi d’une langue variée qui reflète l’identité de chaque micro région.
enfin les institutions politiques,
là aussi, à travers le statut particulier de la corse et de ses institutions comme l’Assemblée Territoriale de Corse, on peut considérer que la population corse est dotée d’institutions politiques propres.
J’aimerais revenir à la première partie de la définition qui parle « d’un ensemble de personnes vivant en société ». Parce qu’en fait c’est là précisément qu’on doit s’arrêter et préciser pourquoi la notion de peuple corse est insociable du concept de communauté de destin.
Pour parler clair, pour nous, la notion de peuple corse n’est pas fondée sur les origines ethniques mais bien sur l’appartenance à une société, à une nation, en l’occurrence la nation corse. La population actuelle, s’est d’ailleurs constituée au cours de l’histoire, par les échanges et les flux migratoires de l’ensemble du bassin méditerranéen, et le peuple de demain vivra aussi des échanges et des apports extérieurs. Cette richesse c’est tout à la fois notre héritage et notre défi pour l’avenir.
Le philosophe Esnest Renan, qui s’est intéressé au milieu du 19 ème siècle, précisément à la notion de Nation, dit que ce qui constitue une Nation, ce n’est pas seulement parler une même langue, ni appartenir à un groupe ethnographique commun, mais c’est « D’avoir fait de grandes choses ensemble et vouloir en faire encore ».
J’aime beaucoup cette phase parce qu’elle fait ressortir la dimension du projet. Le peuple corse n’a de fondement que dans l’écriture d’un destin commun, d’un destin choisi et voulu. C’est une communauté qui ne regarde pas d’ou vient chacun mais plutôt là ou nous voulons aller ensemble.

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Quelle est, en quelques mots, votre définition du peuple corse comme communauté de destin ?

Je vais définir le peuple corse en disant que le terme de communauté de destin est consubstantiel à la notion de peuple corse dans la mesure où il signifie que ce peuple n’est pas fondé sur des origines ethniques mais bien sur un l’appartenance à une nation. La communauté de destin c’est « les corses de naissance et les corses d’adoption ».

Quelle est votre position sur le processus d’apaisement en cours ?
(non-participation à la question)

Quelles sont pour vous, en l’état actuel de la Corse, les revendications qu’il est essentiel de porter pour faire vivre la communauté de destin corse ?
Pour cette question, je vais revenir à l’importance de créer des conditions de vie qui permettent l’épanouissement du peuple corse, à savoir :
– revenir à une économie productive (sortir du mythe de l’emploi public et du tourisme résidentielle pour créer un entrepreneuriat local dynamique, une autonomie alimentaire par le développement d’une agriculture productive et former la jeunesse pour augmenter le niveau de qualification) ;
– redéfinir et redessiner les contours des compétences et des politiques publiques insulaires (statut d’autonomie, reconnaissance du peuple et de la langue etc…) ;
– faire vivre la culture et toute forme d’expression artistique (pour faire perdurer la culture mais aussi pour que la culture se régénère et ne reste pas figée).
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En quoi la communauté de destin est-elle un projet de société qui rejette le racisme et la xénophobie ?

Dans sa définition même, elle est un rempart au racisme et à la xénophobie, puisqu’elle ouvre les portes à quiconque ferait de la Corse sa terre de construction de vie.
Nous sommes une Terre d’accueil mais on accueille mieux l’autre quand on est fiers de ses valeurs et qu’on a envie et qu’on est en mesure de les partager.
Mais les fondamentaux fragilisés réduisent les possibilités de s’ouvrir à l’autre car pas de reconnaissance, état jacobin etc… (Risque de repli, le rôle des partis politiques est d’éviter cela).

Quelle est votre analyse de la situation sociale actuelle de la Corse et en quoi la revendication de la communauté de destin peut-elle répondre aux défis des inégalités sociales et de l’enracinement de la pauvreté ?

Quelques constats :
– faible niveau de qualification des jeunes
– chômage
– faibles revenus
– le fait insulaire (difficulté pour sortir de l’île)
– le tourisme résidentiel peu qualifiant, profitant à certains mais source de violence
– précarité, santé, dépeuplement de l’intérieur…
– délitement des repères socio-culturels et linguistiques

La première des choses à faire est donc de répondre aux inégalités sociales pour éviter l’enracinement de la pauvreté et donc par le même temps, d’éviter un repli sur soi, une utilisation de la notion de peuple corse comme une notion d’exclusion de l’autre, de rejet et donc aussi de racisme et de xénophobie.
Mais c’est seulement en conservant et améliorant des conditions de vie dignes et surtout en permettant l’épanouissement de la culture et de la langue, qu’on évite la précarité culturelle qui conduit souvent à une violence et au rejet de l’autre.
Il faut certes mener un combat politique lié à la reconnaissance du peuple corse mais il est aussi de notre devoir d’améliorer les choses à notre échelle (en diminuant la dépendance vis-à-vis de l’extérieur), en permettant aussi au peuple de prendre son destin en mains et d’écrire sa propre histoire.

Antonia au nom du PNC Ghjuventù