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1 – Quelle est, en quelques mots, votre définition du peuple corse comme communauté de destin ?

De manière concrète, le peuple corse, communauté de destin, est composé de l’ensemble des hommes et des femmes, corses d’origine ou d’adoption, qui souhaitent vivre et travailler en Corse de manière à construire et développer ce pays de manière pérenne. Concrètement, et pour fixer des critères, pour nous, est corse toute personne pouvant justifier de 10 années de résidence sur l’île et d’un niveau de langue corse suffisant (Certificatu di lingua corsa, niveau B2). Ces critères peuvent bien entendu évoluer mais ils nous semblent justes en l’état. Il s’agit là du fameux concept de citoyenneté corse défendu par le mouvement national et qui est intimement lié au principe de communauté de destin.

Le Peuple corse est, selon nous historiquement et légitimement la seule communauté de droit sur sa propre terre. Mais on ne peut définir le Peuple corse sans tenir compte d’une réalité importante : l’immigration. Pour notre part, nous ne ferons aucune distinction en fonction des origines diverses de cette immigration.

Le principe de communauté de destin est pour nous une méthode d’intégration au peuple corse (et non pas d’assimilation de masse, comme certains le laissent entendre).

Il se base sur des principes tant philosophiques que culturels, et favorise les conditions d’accession à la citoyenneté corse que nous appelons de nos vœux. Le néo-arrivant doit, en premier lieu, reconnaître que le Peuple corse est la seule communauté ayant historiquement et légitimement le droit de vivre et de décider de sa destinée sur sa propre terre. Il doit donc reconnaître que sur cette terre une communauté historique vit, avec des traditions et des valeurs qu’il se doit d’assimiler et qu’il s’engage à défendre s’il désire en faire partie. Il doit faire sienne la langue corse, ou tout du moins faire de réels efforts pour l’apprendre. Il doit comprendre qu’il arrive sur une terre dont la culture a été traditionnellement influencée par des fondements judéo-chrétiens qui, aujourd’hui encore, rythment sa vie. Il n’est pas du tout question d’imposer une quelconque conversion au catholicisme ni de réclamer un reniement de sa culture d’origine, simplement une acceptation de ces principes.

En résumé, la communauté de destin n’est pas une mesure d’assimilation de masse, comme elle n’est pas non plus une mesure d’exclusion, mais une mesure d’intégration.

2- Quelle est votre position sur le processus d’apaisement en cours ?

L’actuelle mandature à la CTC a été l’occasion de plusieurs votes de revendications historiques du Mouvement National (coofficialité, statut fiscal, de résident,…) sous l’impulsion des indépendantistes. Il y a un peu plus d’un an, le FLNC a fait part de sa volonté de démilitariser l’espace politique corse, rompant avec près de 40 ans de violence clandestine. Cette volonté, il l’a renouvelée il y a quelques mois.

En ce qui nous concerne, nous avons toujours affirmé notre solidarité avec le FLNC comme avec toutes les organisations qui œuvrent pour la lutte de libération nationale, quels que soient les moyens utilisés, et nous le réitérons aujourd’hui. Nous avons déjà salué la maturité de ce geste, et avons fait la preuve que nous comprenions intégralement son message, nous donnant la responsabilité de continuer ce combat par nos propres moyens. Le FLNC lui-même nous a félicités pour ce travail accompli (cf. communiqué du FLNC de juillet 2015). Nous ne pouvons qu’être favorables à ce pas vers l’apaisement, et nous nous investissons chaque jour pour qu’il ne soit pas vain.

Cependant, même si l’ensemble de la société corse a montré sa volonté de continuer vers cette voie d’apaisement, le seul à y rester sourd semble être l’État. Il continue à nier la plupart des mesures votées démocratiquement par la CTC, reconnues pourtant comme urgentes et les seules adaptées à la situation que nous vivons sur l’île. Il continue sa logique de répression et d’asservissement malgré la mobilisation de l’ensemble de la société corse autour de la revendication de l’amnistie, toutes tendances politiques confondues. Nous comptons en conséquence amplifier les différentes mobilisations avec tous les acteurs de la société corse afin de déboucher réellement sur une paix durable en Corse.

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3- Quelles sont pour vous, en l’état actuel de la Corse, les revendications qu’il est essentiel de porter pour faire vivre la communauté de destin corse ?

Pour faire vivre la communauté de destin corse, il est essentiel de porter un certain nombre de revendications. La coofficialité de la langue corse, bien-entendu, seule à même de préserver une part importante de notre identité. Mais il faut également défendre un certain nombre de mesures sociales. Et nous pensons plus précisément au statut de résident ainsi qu’au statut fiscal, notamment vis-à-vis des droits de succession, car il est nécessaire que les résidents actuels ainsi que futurs puissent vivre sur cette terre même en n’ayant pas un niveau élevé de revenus. En faisant baisser les prix d’accès au logement et, en même temps, en évitant la dilapidation du patrimoine bâti dans le seul but de pouvoir payer les droits de succession, on assure une certaine sécurité de logement pour notre communauté « historique » tout en imposant un délai obligatoire avant de devenir propriétaire, ce qui pourra également permettre l’intégration des néo-arrivants.

L’une des dernières revendications à défendre absolument serait la corsisation des emplois. Le confort social est nécessaire à l’acceptation et à la maîtrise de l’immigration. Il faut donner aux corses les moyens de pouvoir choisir ce que doit être leur avenir.

Ces mesures auront le considérable avantage de donner cette possibilité aux corses et, disons-le clairement, de réguler l’immigration de manière beaucoup plus harmonieuse qu’aujourd’hui. Cela évitera à la Corse de connaître des affrontements entre différentes communautés puisqu’il sera beaucoup plus simple d’intégrer les néo arrivants.
En effet, la cooficialité de la langue corse facilitera cette intégration puisqu’elle s’est de tout temps faite par la langue, en Corse.

Le statut de résident régulera le marché de l’immobilier qui ne connaitra plus les folies de ces 20 dernières années. Ainsi, le besoin en main d’œuvre venant des pays pauvres, sera moins important, diminuant de ce fait l’immigration venant de ces pays. De même, les riches étrangers ne pourront plus venir s’installer en Corse et acheter des maisons, des lotissements ou des terrains, comme on achète un sac de pommes de terre… Ce statut de résident est à mettre en lien avec le concept de citoyenneté corse.
Enfin, la corsisation des emplois, à compétences égales, favorisera les corses dans la recherche d’un emploi, notamment dans le secteur public où les règles de mutation sont souvent injustes pour les insulaires, contraints à l’exil.

C’est la somme de l’ensemble de ces mesures qui pourra rendre viable le principe de communauté de destin.

4 -En quoi la communauté de destin est-elle un projet de société qui rejette le racisme et la xénophobie ?

La communauté de destin est un projet de société qui rejette toute notion de racisme et de xénophobie, simplement parce qu’elle induit l’intégration de tout individu sans tenir compte de son origine, de sa race, sa couleur de peau, sa confession, etc… à condition que celui-ci accepte et intègre un certain nombre de principes socioculturels qui fondent la société corse.

C’est donc une espèce de nouveau contrat social qui implique que la société d’origine (en l’occurrence corse) ait un confort social suffisamment élevé pour ne pas sentir menacé, et qu’elle soit suffisamment à l’aise avec ce qui fait sa propre identité pour pouvoir accepter qu’un étranger puisse vouloir la faire sienne, sans pour autant renier ses propres racines.
On n’éliminera pas le racisme et la xénophobie en niant totalement nos différences, mais en les acceptant, et en acceptant qu’elles soient sources de richesses. Et la communauté de destin est l’outil qui le permettra

5 – Quelle est votre analyse de la situation sociale actuelle de la Corse et en quoi la revendication de la communauté de destin peut-elle répondre aux défis des inégalités sociales et de l’enracinement de la pauvreté ?

Au préalable, le constat qui doit être fait aujourd’hui est que la Corse est noyée sous le flot des nouveaux arrivants, près de 5000 par an. Pour une population de plus de 300.000 âmes, c’est énorme et c’est susceptible de créer des tensions considérables en Corse qui peuvent déboucher sur des conflits entre communautés puisqu’actuellement la Corse n’a plus les moyens d’intégrer tous ces arrivants. À titre de comparaison, proportionnellement, c’est comme si 1 million d’immigrés débarquaient chaque année en France… Pour reprendre une citation célèbre de Michel Rocard, « l’Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde mais elle peut prendre sa part de cette misère.» Il semble en l’état que la Corse a pris une part plus qu’importante de cette misère…

Sur la situation sociale, de manière plus globale, elle est catastrophique. Même si nous avons pour l’instant la chance de ne pas connaître une petite délinquance et un sentiment d’insécurité qui se retrouve en France, la Corse, malgré de nombreux atouts, se trouve dans une situation extrêmement préoccupante :

-Jeunesse en perte de repères ;
-Drogue, addictions en tous genres, suicides… la Corse est « championne » de ces différentes catégories…
-Précarité rampante, avec un écart entre les revenus les plus riches et les revenus les plus pauvres le plus important de toutes les « régions » françaises ;
-Nombre d’assassinats et de tentatives
-Individualisme forcené, tout ce qui faisait la force du peuple corse est en train de disparaitre, les corses deviennent comme tout les gens qui vivent dans une société ultra mondialisée : on ne se parle plus, on ne respecte plus les gens, les anciens, les femmes, on vit dans son coin sans connaître son voisin etc.

Les fondements de notre société autrefois agropastorale (il n’y a pas si longtemps !) ont complètement disparu, et avec eux, notre langue et notre culture se meurent…
Le concept de communauté de destin, associé à d’autres mesures précédemment exposées peut justement enrayer ce phénomène. Si les corses réapprennent ce qu’ils ont toujours été, si nous réussissons le défi de faire renaître notre culture et notre langue, alors nous n’aurons plus peur de l’Autre. Et il sera ainsi beaucoup plus facile de l’accueillir chez nous et de lui permettre de s’intégrer. Et une société où les communautarismes sont gommés, qui sait qui elle est et où elle va est une société qui peut aller de l’avant et trouver les moyens de lutter durablement contre la précarité.

Autrefois, les corses n’avaient rien, la vie était dure, mais ils vivaient ensemble et, la misère que l’on côtoie aujourd’hui, n’existait pas. Dans le même esprit, beaucoup d’anciens se rappellent combien ils riaient autrefois dans leurs villages, alors que certains n’avaient pas de quoi s’acheter une paire de chaussures…
La communauté de destin et les mesures qui doivent forcément y être associées ne changeront pas tout d’un coup de baguette magique, mais elles seront un frein efficace à l’appauvrissement – à tous les sens du terme – de notre île.

GHJUVENTU INDIPENDENTISTA

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