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Le Lundi 9 Février 1998 : L’assassinat du préfet de Corse Claude Erignac a, en outre, été revendiqué lundi matin à Ajaccio dans un communiqué non signé mais authentifié, parvenu à la presse locale. Il l’est par la mention des références de fabrication du pistolet Beretta 9 mm. (l’assassinat est revendiqué par un groupe anonyme, qui mentionne en guise d’authentification l’utilisation d’une arme volée le 6 septembre 1997 à la gendarmerie de Pietrosella (Corse-du-Sud)

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REVENDICATION :

Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est la source des droits de l’homme. Le Peuple Corse, naturellement, a le droit de vivre libre sur sa terre. Ce droit reconnu par la Charte des Nations Unies nous est nié depuis des siècles par les grandes puissances politiques qui ont fait débarquer en Corse leurs armées de conquête et d’occupation. Des Romains aux Génois puis aux Français, la Corse a été maintenue sous un contrôle militaire tyrannique, malgré les innombrables soulèvements de résistance patriotique. La dure réalité de cette oppression a toujours été incarnée par un gouverneur, à présent appelé préfet, dont la seule mission est le maintien de l’ordre colonial. Sur le fond politique rien ne distingue un gouverneur type Marbeuf d’un préfet modèle Erignac. Seules les apparences ont changé : aujourd’hui le représentant en Corse de l’Etat français affirme sans vergogne être le garant de la « paix civile », « du développement économique » et de « la sauvegarde de l’identité corse ». Le langage a un peu évolué sur la forme depuis le temps des colonies africaines, mais l’esprit colonial est le même : au nom de « l’ordre républicain » (qui n’est autre en Corse que l’ordre colonial, la Corse indépendante et démocratique de Pasquale Paoli n’ayant disparu que sous les coups des armées françaises venues imposer l’Ancien Régime !). Le préfet a pour rôle premier de maintenir l’état de dépendance économique de la Corse au profit de la France, de mener à son terme l’entreprise d’uniformisation par la francisation culturelle, une des armes les plus redoutablement efficaces étant la poursuite de la colonisation de peuplement par l’implantation massive de fonctionnaires français.
Seule la résistance nationale du Peuple corse a permis de faire reculer ces funestes projets coloniaux; elle a à son actif le départ de la Légion de la plupart de nos villes, la réouverture de l’université à Corti, le coup d’arrêt porté à la folie destructrice de notre patrimoine naturel par la bétonisation touristique du littoral, la réduction massive des opérations de colonisation agricole menées par des exploitants importés à la seule motivation spéculatrice, et surtout le changement profond de mentalité qui fait que l’exil n’est plus perçu comme une fatalité inéluctable. Ces avancées ne sont pas le fruit d’intrigues de couloir ou de pseudo-promesses de gouvernants français subitement « éclairés »; elles découlent de la seule lutte, celle du cœur et des tripes.

« Un révolutionnaire, ou il gagne ou il meurt »; « On ne transige pas avec le colonialisme, on l’abat ». Tels étaient les principes publiquement exprimés au moment des événements d’Aleria par un leader qui a puisé son charisme d’une lutte populaire porteuse d’espoir, d’idéal et de générosité.
Non, la lutte d’émancipation nationale n’est pas un échec comme voudraient le faire croire certains relais du pouvoir colonial. Le bilan de ces deux dernières décennies est sans l’ombre d’un doute positif. Une nouvelle génération, qui a mûri dans la dynamique des années 1970, assume aujourd’hui une large part des responsabilités politiques, économiques et culturelles sur des bases corsistes. Ce qui semblait pure utopie il y a 20 ans, violemment combattu par le vieux clan, fait à présent l’objet d’un large consensus : la maîtrise des transports, la nécessité d’un code des investissements, la promotion de la langue, l’économie identitaire, voire un statut fiscal.
Mais en raison du reniement ou de la trahison de nombreux leaders des mouvements nationalistes, de l’action souterraine des services spéciaux et de la franc-maçonnerie (fréquentée assidûment par tous ceux qui se targuent sans vergogne de « démocratie » et de « transparence » alors qu’ils n’agissent que dans l’ombre et l’opacité), la revendication nationale corse a été dénaturée, dévitalisée et même discréditée par tous ceux qui, manipulés, les uns comme les autres, par les officines de l’Etat français, portent la responsabilité historique d’avoir assassiné d’autres nationalistes et de s’être fait ainsi des agents actifs de la politique coloniale.
De ce fait, la question fondamentale a été jusqu’ici soigneusement et volontairement occultée : la souveraineté du peuple corse et la reconnaissance de son droit à l’indépendance.

La seule raison d’être de l’action d’un patriote corse est de reconstruire une Corse souveraine, indépendante et libre dans ses choix politiques, économiques et culturels. Une Corse fraternelle et démocratique, ouverte sur le monde et riche de ses différences.
Dans ces conditions, l’action que nous revendiquons aujourd’hui est parfaitement réfléchie et hautement politique. Elle n’est pas le fruit d’une quelconque dérive ou l’action isolée de « soldats perdus » de la lutte nationaliste, encore moins une oeuvre barbouzarde, comme certains ne manqueront pas de l’affirmer pour masquer leurs contradictions profondes.
Elle est l’acte politique qui pose au niveau international l’avenir de la Corse en termes clairs : la Corse veut entrer dans le troisième millénaire en situation de souveraineté. Aucun mouvement politique ne peut prétendre à lui tout seul incarner le peuple : par un respect scrupuleux des principes éthiques et de la morale publique, le Peuple corse, dans une démarche pluraliste et démocratique, peut et doit exprimer ses choix fondamentaux. Par des relations étroites reposant sur le respect des intérêts réciproques, avec tous ceux qui respectent le droit des peuples à l’existence.
Mais les règles doivent être claires et transparentes. Le préfet Erignac a porté à un haut niveau l’action coloniale implacable mais « à visage humain », perfide et insidieuse, s’impliquant personnellement sur des terrains multiples. Dans le domaine agricole, par des personnels à sa solde, il a joué un rôle sournois, bénéficiant de complicités actives. En matière d’environnement, il n’a pas hésité à contredire certains organismes officiels, au détriment de la défense des terres agricoles ou du patrimoine forestier. Quant aux P.O.S, l’accord préfectoral est en soi une signature-déclaration de guerre au peuple corse : dans l’extrême sud, où sous prétexte de parc naturel, toutes les opérations visent à l’ouverture de secteurs du littoral jusqu’ici protégés à l’urbanisation sauvage et au tourisme de masse synonyme de bétonisation.
Le préfet a enfin joué un rôle délibérément militant dans la répression qui frappe des patriotes corses sincères dans leur idéal.

Au peuple corse d’ouvrir les yeux et de considérer les véritables enjeux : les élections ne sont qu’une péripétie anodine dont le seul avantage est de démasquer les ambitions des arrivistes politiciens de tous bords assoiffés des apparences du pouvoir. Ils n’aspirent qu’à redistribuer les subventions publiques pour de seuls objectifs claniques. Le soutien apporté de fait par le R.P.R à des mafieux, les manoeuvres en tous genres de la gauche jospiniste pour maintenir le statu quo, et le spectacle affligeant de mouvements se réclamant pour quelque temps encore du nationalisme (dont les responsables jouent les matamores publics ou pseudo-clandestins pour tenter d’assouvir de simples ambitions personnelles alors qu’ils ont vendu leur âme en acceptant dissolution et « processus de paix » sous la dictée des dirigeants français) manifestent la réalité des dévoiements de la classe politique en Corse, mais surtout le degré alarmant atteint par la normalisation et la francisation.

Les élections ne sont pas en soi un gage de démocratie et encore moins en Corse où la France appuie son impérialisme sur un clanisme imposant des pratiques électorales dignes des Républiques bananières : listes épurées puis regonflées comme des baudruches sans aucun rapport avec l’évolution démographique, alliances contre-nature qui en disent long sur l’intérêt porté à de prétendus « programmes politiques », chantage à l’emploi ou au logement au prix de quelques voix arrachées sur fond de misère sociale et de précarité. Voilà le vrai visage de ces professionnels de la candidature, viscéralement attirés par la soupe électorale. Ces élus, repus de subventions et des aides de l’Etat, sont les fossoyeurs de notre pays. Le Peuple corse, dans toutes ses composantes vives, est désormais devant des choix historiques.
La France, atteinte par une profonde crise d’identité, plus grave encore que celle qui touche son économie, voudrait nous entraîner dans son déclin et ses dérives. La Corse rejette la dépendance de cet Etat colonial qui n’a jamais hésité, contre les peuples en lutte, à jouer de la répression sanglante; les massacres de Sétif et d’Ouvéa s’inscrivent dans la logique de la déportation et de l’extermination de centaines de patriotes corses au bagne de Toulon.
La Corse n’a jamais voulu d’un « ordre républicain » géré par des énarques moulés dans le conservatisme et qui engendre naturellement des monstres froids comme Bousquet ou Papon.
La Corse refuse de se soumettre à l’Europe répressive qui s’est structurée sur le dos de peuples entiers encore aujourd’hui niés dans leur existence même, à l’Europe prétendument communautaire conçue et gérée pour les seuls intérets de groupes multinationaux.
Le Peuple corse doit pouvoir s’exprimer en tant que tel pour apporter sa pierre à la construction d’une Europe des peuples, sociale et ouverte sur le monde. Mais la Corse ne peut être elle-même sans la reconnaissance de sa dimension méditerranéenne.

A chacun d’agir selon ses compétences, sur tous les terrains potentiels, par des actions spontanées et populaires. Chaque patriote a le devoir de rendre à la Corse ce qu’elle lui a donné. Plus que jamais, à chacun d’assumer ses responsabilités pleines et entières, dans le respect rigoureux d’une approche pluraliste de la lutte, plus indispensable que jamais, et qui ne saurait être réduite à un sigle quel qu’il soit. N’en déplaise à des observateurs peu avertis qui nous affublent de sigles fantaisistes. Nous ne sommes pas un ènième mouvement, renaissant, dissident ou en gestation. Nous sommes les fils de cette terre, jaloux de ses valeurs ancestrales, comme à l’époque de Sambucucciu ou de Sampieru, profondément attachés aux principes humanistes, ceux mis en pratique sous la Corse indépendante de Pasquale Paoli.
Plus que jamais l’heure est à la lutte. Dans le droit fil des luttes populaires pour la liberté contre toutes les oppressions, nous réaffirmons solennellement notre volonté inébranlable de construire une Nation corse libre, démocratique et souveraine.
L’arme utilisée pour l’action contre le préfet Erignac provient de la gendarmerie de Petrosella (MAS sous licence Beretta A 00199).

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