Produit CORSU E RIBELLU

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Le 15 Juin 1999 :

Par Laetitia Sozzi

Ton assassinat a été revendiqué par le Canal Historique, aux Journées Internationales de Corte, organisées par la Cuncolta. Ce jour-là, dans un moment d’hystérie collective, leurs militants permettaient de matérialiser une abomination.

robert-sozziEt si à un moment donné, car la faiblesse est humaine, j’ai pu dans ma souffrance, croire entrevoir une lueur d’espoir, et qu’un jour certaines personnes condamneraient ta mort, je me suis bien trompée.

Maintenant je sais au regard de toute cette folie meurtrière qui a suivi, que l’on ne peut plus leur faire confiance. Et qu’en définitive, s’ils sont restés dans leur mouvement, la seule responsabilité qu’ils ont prise c’est d’assumer ces assassinats, en soutenant leur branche armée. Tant qu’ils continueront à travestir l’histoire, il ne pourra y avoir de pardon.

Enfin, que pour ma part, depuis toi Robert, jusqu’à Christophe Garelli, meurtre tout récent, il n’y a pas de bons ni de mauvais morts. Il n’y a que des vies fauchées dans la fleur de l’âge. Des familles traumatisées; Et surtout des orphelins à qui on ne sait quoi répondre. Et tel est le vrai problème, auquel je suis confrontée tous les jours.

J’ai toujours essayé de prendre mes responsabilités, vis à vis de nos enfants et cela dans la mesure de mes faibles moyens. J’ai été longtemps, aidée, à travers le Comité Sozzi, qui a toujours privilégié le dialogue face à la loi des armes, que leur mouvement a continue à cautionner. J’essaye d’élever nos enfants dans la paix et non dans la haine de l’autre. Et je n’ai jamais prétendu être une politique, mais simplement une épouse et une mère de famille. C’est pourquoi j’ai signé ensuite le manifeste pour « la vie ».

En revenant à notre histoire, ces gens doivent savoir, qu’il est désormais encore plus difficile pour moi, de parler avec les gens qui ont cautionné ton exécution. Ne peuvent-ils pas reconnaître leurs erreurs publiquement? Car c’est eux qui ont ainsi placé pour la première fois, le bandeau sur la bouche et les yeux du drapeau corse. Ils vont même jusqu’à dire que tu t’es sacrifié, alors qu’on t’a simplement pris ta vie.

On ne peut pourtant rien baser sur la lâcheté historique et l’irresponsabilité, surtout pas de paix. Encore moins quand on se sert sans cesse de la souffrance d’autrui comme élément de propagande; en rejetant sur l’autre toutes les fautes et en le désignant comme l’instigateur d’hypothétiques complots. Il faut qu’ils cessent de se retrancher derrière leurs propres turpitudes, car après tout on ne parle bien que de ce que l’on connaît bien.

J’ai 33 ans et il est malheureux que j’aie déjà plus d’amis au cimetière que dans la réalité.

La lâcheté serait-elle devenue une vertu en Corse?
Ont-ils seulement réalisé la portée de leur échec, vis-à-vis de tous nos morts et de l’exemple qu’ils sont en train de transmettre à nos enfants? Je n’ai pas l’impression.
Eux qui se posent en moralisateurs et en chefs de file de mouvements politiques. Non, ils continuent à nier l’histoire.

Ils me parlent de paix, je la veux moi aussi car je n’ai pas envie de perdre d’autres amis. Ils me laissent entendre que je ressens de la haine. Ils n’ont rien compris, ce n’est plus que de la colère face à certaines déclarations, qui ne font que raviver ma douleur.

Mais au vu des diverses réactions suscitées dernièrement par ma déclaration, bonnes ou mauvaises, il est désormais acquis pour le peuple, que les autres morts et toi Robert, vous faites à jamais partie de l’histoire de Corse.

Pour moi aussi la polémique est close.

Laetitia Sozzi

Source photo : Unità Naziunale, Archives du site.
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