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(CUSCENZA) Certains pensent que l’internationalisme signifie l’effacement des frontières, la disparition des peuples, des cultures et des langues.

Ils ont tort. Car l’internationalisme, celui qui doit nous animer, c’est celui qui a pour but l’émancipation de toutes les communautés, qu’elles vivent sous le joug d’un oppresseur « national » ou étranger.

Ce camp qui doit être le notre, à l’échelle universelle, est décrit en ces termes par Jdanov en 1947 : «Le camp anti-impérialiste s’appuie dans tous les pays sur […] les combattants des mouvements de libération nationale dans les pays colonisés et dépendants, sur toutes les forces progressistes, démocratiques et populaires qui existent dans chaque pays.»

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L’internationalisme qui doit nous animer, c’est celui de ceux qui, ne demandant rien en retour, se sont engagés dans les brigades internationales pendant la guerre civile en Espagne.

L’internationalisme qui doit nous animer, c’est aussi celui des soldats, médecins ou enseignants cubains qui ont aidé les peuples opprimés.

L’internationalisme qui doit nous animer, pour donner un exemple plus proche dans le temps et dans l’espace, c’est celui de ces Basques ou de ces Kanaks qui militent à la Ghjuventù Indipendentista, qui ont été aux cotés de la jeunesse corse dans ses manifestations depuis plusieurs mois, qui se sont retranchés dans une citadelle avec des jeunes militants corses pendant 5 jours.

Oui, la Corse aussi a ses brigades internationales.

R : Comment es tu arrivé en Corse et qu’y fais tu ?

JL :  Je suis venu en Corse à l’occasion des Ghjurnate Internaziunale en 2010 en tant que militant de l’organisation de jeunesse Segi.

J’ai trouvé la situation politique ici très semblable à ce que je pouvais connaître chez moi, qu’il s’agisse du contexte de lutte armée ou encore des revendications portées au sein de la Lutte de Libération Nationale.

Après un séjour en Irlande du Nord pour y étudier le processus de paix en cours, j’ai gardé la Corse en tête en me disant que les Ghjurnate n’étaient pas suffisantes pour réellement comprendre et apprendre de la lutte indépendantiste sur l »île.

Après y avoir travaillé comme saisonnier en 2013, je me suis inscrit à la fac de Corti pour y passer une licence de Guide-Conférencier et terminer mon master d’Histoire Contemporaine.

Je termine actuellement mon Mémoire en M2 portant sur une étude comparative du nationalisme basque et corse.

R : Pourquoi as tu rejoint la Ghjuventù Indipendentista ?

JL :  Pour moi rejoindre la GI coulait de source. J’avais entendu parler de la GI à travers des articles ou même par la voix de militants indépendantistes corses et basques. Je me suis renseigné sur les autres structures de jeunes indépendantistes présentes et leur action me semblait trop timorée et inadaptée à la lutte d’émancipation à laquelle j’aspirait me joindre. Le fait que cette organisation ne soit pas vassalisée par un parti politique m’a d’abord surpris par rapport à ce que j’ai connu au Pays basque, puis m’a plu du fait que les jeunes présents étaient issus d’horizons divers et qu’ils prenaient leurs décisions en leur âme et conscience en faisant fi des logiques partisanes des uns et des autres. Quand on se penche un peu sur les événements qui ont marqué les années 1990, on se rend compte qu’il ne s’agit pas d’un mince exploit…

R :  Ton engagement militant en Corse, comment le vois tu ?

JL :  J’espère tout d’abord que mon “engagement” ici fera office de passerelle pour une meilleure compréhension des faits basques et corses dans nos pays mutuels.

Je ne reviendrai pas ici sur les multiples aspects sociaux, culturels ou historiques qui nous séparent ni au contraire sur ce qui nous rassemble. Mais je suis convaincu que pour un militant Abertzale, lutter pour l’indépendance de la Corse est aussi pertinent que lutter pour l’indépendance du Pays basque. Comme on dit chez nous “Hamaika herri, borroka bat! (Beaucoup de peuples, une seule lutte!)

Nos revendications sont concordantes, nous sommes deux peuples minorisés que Marianne souhaite voir disparaître à plus ou moins court terme à défaut de parvenir à les franciser.

Au Pays basque ou en Corse, chaque fois qu’une initiative tend à renforcer la lutte pour l’indépendance et par conséquent affaiblir l’Etat français, cela constitue accessoirement une victoire pour l’autre peuple. Je reprendrai ici un slogan irlandais qui dit que « les difficultés de l’Angleterre font les opportunités de l’Irlande”.

Ma militance au sein de la GI m’a beaucoup enrichie tant sur le point personnel que politique. Je ramènerai avec moi d’autres façons de faire, méthodes et idées et j’espère que les militants corses que je côtoie n’hésiteront pas à en faire de même et je les encourage à apprendre de ce qui ce fait ailleurs.

Quant à la doctrine politique, étant tombé dans la marmite de la Gauche Abertzale étant petit, je crains que je ne reste un incorrigible militant indépendantiste de gauche, et donc internationaliste jusqu’à la fin de mes jours…

interview et article de Marc-Laurent Santini.

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