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Dans un contexte de mobilisation liée aux conditions de détention du jeune Nicolas Battini et d’autres détenus, Francine Demichel, Présidente de la Fondation de l’Université de Corse et juriste choisit de revenir sur le concept d amnistie.

« L’amnistie est un acte judiciaire de l’Etat qui, en effaçant l’infraction, mêle oubli et pardon. Il ne s’agit pas ici de vérité historique, mais d’une intelligente application de la raison d’état. La société a besoin de faire oublier certains faits, apparemment ineffaçables, pour pouvoir survivre dans une conjoncture pacifiée.

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L’amnistie ne prend son sens que s’il s’agit de pardonner, y compris l’impardonnable. Le passé est passé, la faute a eu lieu : imparable, le passé, certes ; inexpiable, certes ; mais c’est du passé. Le droit au pardon est au-dessus des lois ; le droit de punir suppose le pouvoir d’interrompre la punition. L’ordre juridique n’existe que si à la punition succèdent l’effacement et l’oubli.

Le principe de la condamnation comporte l’exception de l’amnistie. Le droit de remettre la peine d’un condamné est celui qui donne le plus d’éclat, de force au pouvoir : c’est un « droit de majesté » écrit Kant, c’est un droit de souveraineté. Seul un pouvoir qui sait faire don de sa clémence ne confond pas justice et vengeance. L’amnistie, c’est un rappel du passé, un appel à l’avenir, une hospitalité au présent. Refuser l’amnistie, c’est arrêter l’histoire. Il n’y a pas de mémoire sans pardon, pas d’histoire non plus : c’est entre la mémoire et l’oubli que se déroule l’histoire. »

Francine Demichel

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