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Le contexte politique post élections départementales pourrait paraître amusant tant les situations vaudevillesques se concurrencent entre Bastia et Ajaccio. Dans ces deux villes où les majorités municipales ont changé en mars 2014, les institutions départementales sont devenues les lieux de tous les affrontements.

SImeoniMaireBastia (2)Unis hier, belligérants d’aujourd’hui, au nord comme au sud, il fallait que l’élection passe pour pouvoir étaler au grand jour les divisions. Les uns l’ont fait par missives les autres par autisme. Tous ont méprisé les électeurs.

A Bastia la nouvelle pratique politique est celle de l’alignement sur Gilles Siméoni et une conception de la politique enrobée dans un langage mielleux mais brutal dans les faits. La diversité affichée devient une « transgression » et celle-ci appelle la sanction sans en faire « une affaire de personne ».

L’homme est respecté mais son champ d’intervention est parfaitement limité dans le « contrat de mandature » signé au conclave de l’Annonciade par le quatuor incarnant, sur les vestiges de la citadelle radicalo-communiste, la modernité et le progrès.

L’imposture de cette alliance contre nature se révèle, non pour Bastia, comme l’ont affirmé ses protagonistes, mais véritablement pour ce qu’elle est. L’affligeant échange entre Gilles Siméoni, Jean Louis Milani et Emmanuelle Degentili d’une part, François Tatti de l’autre, le montre.

Vous voulez que je démissionne commencez par le faire vous !

« Solu Bastia », tel était leur slogan quand ils déversaient sur la précédente municipalité leur tombereau de boue. Alors qu’en un an cette majorité de bric et de broc n’a rien produit pour Bastia la voila empêtrée dans ses contradictions ou l’ambition personnelle le dispute à l’irresponsabilité politique.

Alors oui pour en sortir honorablement, dignement il faut redonner la parole au peuple sans chercher d’échappatoire du côté des mairies voisines où déjà se discutent l’opportunité d’occuper un siège de président… de la CAB lequel se devra d’être plus proche du « siméonisme » que du « giacobbisme ».

A Ajaccio, le président sortant indique avec amertume qu’il a tout fait pour trouver un terrain d’entente. La force hégémonique de l’UMP en Corse du Sud peut être aussi cruelle que celle de Paul Giacobbi en Haute Corse. Ceux qui se précipitaient, voilà peu, à la tribune pour afficher tout sourire, leur union dans la conquête de la Maison carrée, se sont déchirés dans l’opulence mettant à égalité partisans ruraux et partisans urbains.

Au troisième tour l’âge triomphera, non sans contestation, puisque l’heureux élu urbain ayant usé de sa voix prépondérante devra convaincre le tribunal administratif saisi en référé pour vérifier la légalité de cette procédure.

Les tensions sont d’autant plus vives, que la fusion des départements, si elle devait intervenir à fortiori sans la chambre des territoires comme appendice de la collectivité unique, laisserait nombre d’édiles sur le carreau.

L’exercice des responsabilités politiques ainsi conçu comme un parcours personnel, une carrière, donne une image décevante de la politique qui entretient la défiance et le dégout. Ces deux sentiments sont les principaux ressorts de l’abstention et d’un vote d’extrême droite gonflés au préalable par la crise et son corollaire la politique d’austérité.

La démocratie bourgeoise est ainsi faite d’expédients que sont les redécoupages incohérents mais politiciens des circonscriptions électorales associés à un mode de scrutin antidémocratique. Et si on peut se féliciter de l’entrée a égalité de femmes dans les Conseils départementaux on en demeure pas moins préoccupés par l’altération de la vie publique et des principes politiques. La République elle-même en souffre profondément.

Il est urgent qu’une nouvelle moralité politique s’impose en Corse en y faisant grandir comme dans tout le pays l’exigence d’une nouvelle République solidaire, juste et écologique respectueuse de son originalité insulaire. Jamais le mot d’ordre Place au Peuple ne s’est autant justifié ici. A travers leur façon de faire la politique les communistes n’auront de cesse de l’affirmer.

Michel Stefani

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