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Ces élections cantonales – les dernières du genre – sont riches d’enseignement. Outre le fait qu’elles démontrent combien une grande partie de l’électorat se satisfait d’un assistanat servie, elles témoignent également-entre entente de contre nature et mésalliance- de remous politicards complexes qui nuisent à la lisibilité du politique.

Entre une Droite libérale re-conquérante (du moins dans le Sud) et une Gauche anémiée, le Mouvement National-toutes tendances confondues-cherche à y occuper une place et un espace au gré des organisations concernées. Avec là aussi des résultats pour le moins probants, malgré quelques stratégies dissonantes…
Regard sur le canton de Bavedda qui illustre -en grande partie -cet état de fait.

Le découpage de Portivechju incite à la colère. De facto la position régionale du Front de gauche n’est pas dépourvue de raison. Elle dénonce un « charcutage éhonté » en posant cette question : « Est-ce moderne de trancher à la hache sans concertation ? ». Il appellera au « vote blanc, vote militant », appel toutefois quelque peu paradoxal eu égard au fait que dans d’autres cantons, le « FG-PCF » s’est présenté ou a soutenu certains binômes. L’analyse générale du « FG -PCF » s’appuie surtout sur son opposition à l’actuelle réforme territoriale qu’il juge « brutale, incohérente et anti-démocratique ».

C’est dans ce contexte que la Droite libérale (ou Divers Droite) se positionne en conquérante. Une attitude retrouvée sur l’ensemble du département du sud avec les résultats que l’on sait. Le binôme Jeanine Ciabrini – Jean Jacques Panunzi avec le score de 62,24% des suffrages exprimés explique clairement leur orientation : « Cette élection est l’occasion d’annoncer et de confirmer un choix politique. En ce qui nous concerne, vous connaissez nos convictions et nos valeurs ». La clarté y est ici également affichée avec pour optique de « poursuivre la construction de l’avenir de notre micro-région, et plus généralement du département de la Corse du Sud ». Le score est également à partager avec celui de Georges Mela-Laurence Mallaroni (canton dit Grand Sud) qui, avec 71,49 % des suffrages exprimés s’inscrivent dans ce dessein départemental de victoires engrangées.

L’opposition naturelle s’exprimera par la voix de deux candidatures nationalistes. La première -Speranza Nova- représentée par le binôme Jean Gaël Lalhou et Lea Profizi entend s’inscrire dans « la continuité des actions entreprises par le conseiller général sortant de l’ex canton de Porto vecchio » ( Jean Christophe Angelini) mais plus globalement dans le projet de repositionnement du P.N.C. dans la région avec aussi le binôme du canton « Grand Sud » (Vincent Gambini-Julie Giuseppi). Elle obtiendra 10,74 des suffrages exprimés. La seconde – A Strada Nova pa’ l’Avvena – représentée par le binôme Micheli Giraschi-Carina Halewa, s’inscrit dans la continuité de la démarche communale initiée par Corsica Libera à Portivecchju (U Riacquistu di Portivecchju) et affirme clairement se « situer dans la continuité du combat du Peuple Corse pour le droit à vivre dignement sur sa terre. Elle représente la clarté des engagements pour un changement politique, en rupture avec les pratiques qui ont appauvri notre île, accentué la fracture sociale et dilué nos valeurs ». La démarche obtiendra 10,32 des suffrages exprimés.

Ersatz du système français en place, le FN porté par le binôme 6 très peu connu 6 David Roig et Mélanie Fabre réalise toutefois un score pour le moins incommodant pour nombre d’observateurs – 16,67 % des suffrages exprimés – d’autant plus que l’absence de ses propositions pour le canton en question s’accompagne d’une unique rengaine, « l’espérance Bleu Marine »…

ANALYSE
A l’évidence, la droite libérale s’impose. Sans doute cette victoire – couplée à celles du département du Sud – laisse présager une stratégie offensive de ce courant pour les futures territoriales (toutefois à tempérer en l’état actuel des faits vu l’état de la droite dans le département du nord). Le maire de Portivecchju, après sa large victoire aux dernières municipales, acquiert un nouveau succès qui l’assoit encore un peu plus dans le paysage politique régional. A l’inverse, la gauche _même si le courant de Jean Charles Orsucci n’était pas représenté dans le canton dit « grand sud » – peine fortement à retrouver place et dynamique, empêtrée dans une hétéroclite mosaïque ou s’affrontent tenants d’un certain immobilisme et défenseurs d’un irrécusable évolutionnisme. Y compris à l’égard de certaines composantes du mouvement national ou partie de lui, et surtout en fonction des cantons et des enjeux… C’est dans ce contexte qu’il faut également situer la stratégie du « PNC » et de sa démarche élargie « Portivechju Altrimenti ». Les succès enregistrés depuis quelques années atteignent aujourd’hui leurs premières limites. Avec en filagramme – malgré les postures de circonstance – cette position partagée avec une partie de la gauche d’exclure et d’isoler le courant indépendantiste et certains de ses représentants du champ politique. Avec toutes les conséquences que l’on connaît . . .

Le mouvement patriotique et indépendantiste, pourtant toujours demandeur d’une véritable et audacieuse synergie des forces politiques progressistes et autonomistes de la région a su toutefois, malgré bien des vicissitudes éviter autant que faire se peut les pièges posés à son encontre. Le dernier score de Micheli Giraschi, dans la continuité de celui obtenu lors des dernières municipales porto-vecchiaises affirme une croissante implantation qu’il ne faudra que mieux structurer. Au-delà demeure la sempiternelle question des liens à retisser – ou pas – avec certaines forces d’opposition dans l’optique première de construire une véritable alternative populaire de développement économique social et culturel au système subi depuis plusieurs décennies. Les débats nationaux -en vue des futures territoriales-mais aussi au sein du mouvement national donneront peut être une réponse.

En attendant les gains de la Droite – étendus sur l’ensemble du département du sud – ne peuvent lui faire oublier que la situation autant porto – vecchiaise que corse en général exige une solution et des mesures de fond qui touchent autant à notre langue, à notre communauté, à une répartition équitable et solidaire de nos richesses et pour le plus grand nombre, qu’à une réelle simplification institutionnelle à même de garantir une efficacité pour notre quotidien. Autant dire que la droite ne peut faire l’impasse sur les propositions de co-officialité, de statut de résident, de développement économique durable et solidaire pour ne citer que ces cas – là. Pas plus qu’elle ne peut indéfiniment se voiler la face sur la réalité -historique – du Peuple corse et de tous ses droits. Y tourner le dos reviendrait à s’arche-bouter sur cette implacable immobilisme qui dépossède les corses et conduira inévitablement à l’échec. Parce que la gauche n’a pas le monopole de l’évolutionnisme, la droite doit – par des gestes et des propositions claires – affirmer outre son aptitude au débat, démontrer ses réflexions à engager la Corse sur un tout autre chemin que celui éprouvé jusqu’à aujourd’hui. La situation politique nouvelle apparue en Corse peut permettre bien des nouvelles convergences à condition que ces dernières ne neutralisent pas les points essentiels à mettre en place pour garantir l’émancipation du Peuple Corse et la maitrise de sa terre. Ainsi, dans cet esprit, et au niveau communal, la matérialisation de la commission extra – municipale pour la cité du sel proposé par « U Riacquistu di Portivecchju » est attendue.

Il demeure toutefois que l’essentiel du rapport de force doit se concentrer sur la France et non se désorienter sur ses substituts. C’est dans ce rapport à la France que le mouvement patriotique -avec la nouvelle donne apparue aujourd’hui – peut s’atteler à édifier une toute autre feuille de route stratégique qu’une seule et disparate posture d’union de circonstance qui ne résiste hélas pas aux aléas et pièges politiques du moment … L’histoire récente nous l’enseigne. De même qu’il convient aujourd’hui, au-delà des choix spécifiques à chacun – autonomie, auto détermination et indépendance – de préciser clairement les alternatives sociétales qui permettront de mieux clarifier les futurs débats portant sur l’avenir de la Corse tant pour son choix de développement économique et social que son rapport avec l’Europe et tout autant avec l’ensemble de la Méditerranée.

SauliUn rapport de force ça ne se conçoit pas exclusivement à travers les échéances électorales imposées par le système, ça se construit aussi – et surtout – à travers une mobilisation de masse de tous les instants et sur tous les espaces appropriés. Pour ne pas perdre de vue cette maxime de Louis Antoine de Saint Just : « Un peuple n’a qu’un ennemi, c’est son gouvernement ».

Ulivieru SAULI

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