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Dans la course à la victoire qui fait l’objet de toute ambition politique, les coups de théâtre sont monnaie courante. Il y a un an, après ses bons résultats d’ensemble et grâce à la victoire bastiaise, Femu a Corsica sortait des municipales avec un chemin apparemment tout tracé jusqu’aux territoriales. Mais rien n’est acquis à l’avance. Tout reste à construire, et de nouveaux obstacles surgissent.

Au sud, grâce aux résultats des élections départementales de ce week-end, la droite sort des abysses et est soudain toute requinquée. Elle récolte les fruits de sa victoire ajaccienne. A gauche, Paul Giacobbi écrase la concurrence départementale en Haute Corse et recrute François Tatti pour attaquer nos acquis bastiais.

En quelques semaines en ce début d’année 2015, profitant d’un scrutin impromptu à Aiacciu -nombreux étaient ceux qui pensaient jusqu’à la décision du Conseil d’Etat que l’annulation demandée par Simon Renucci ne serait pas obtenue-, et d’une élection d’arrière-garde pour des départements voués à disparaître, nos adversaires des prochaines territoriales ont trouvé des forces nouvelles. Et, par voie de conséquence, la troisième composante de l’échiquier politique insulaire, le mouvement nationaliste, est confrontée à une problématique nouvelle que chacun ressent comme plus difficile.

Certes, en réussissant l’élection d’un troisième conseiller départemental dans les quartiers populaires de Bastia, Gilles Simeoni a démontré la solidité de sa majorité municipale. José Gandolfi, vainqueur de ce challenge dans le contexte difficile créé par les tensions qui ont surgi avec François Tatti, a bien mérité toutes nos félicitations ! Consolider les acquis bastiais était un objectif stratégique pour Femu a Corsica. Il est atteint.

Femu a Corsica, en tant que vitrine électorale du nationalisme démocratique, a montré saa force lors des différents scrutins depuis les territoriales de 2010, 18,5% au premier tour, 26% au second. Il y a eu d’abord les législatives en 2012, deux circonscriptions au dessus de 20% au premier tour, et une présence puissante au second, à Bastia et Portivechju. Puis les municipales 2014 ont confirmé Femu a Corsica en pôle position, à nouveau à Portivechju et Bastia, avec in fine, la victoire bastiaise. Enfin, dans la foulée, les européennes ont confirmé avec un score de 21,5%. Cette série réussie a créé une certaine euphorie. Mais la contre-performance ajaccienne, puis le récent barnum électoral départemental en terrain claniste patenté, sont venus altérer le climat politique jusqu’ici plutôt porteur.

Pourtant, au delà de ces vicissitudes conjoncturelles, c’est le mouvement nationaliste dans son ensemble qui s’est trouvé repositionné depuis la fin de l’action clandestine décidée par le FLNC et annoncée publiquement en juin 2014. Cette annonce a été un virage politique majeur après presque quarante années marquées par la violence clandestine, la répression, et les tensions politiques. Durant cette période historique, le peuple corse a affirmé sa réalité politique en Europe, face à un Etat français jacobin, totalement fermé à ses revendications de liberté et d’autonomie. En sortant de la violence, une nouvelle maturité politique s’est affirmée, qui ouvre de nouvelles perspectives. Mais, sans une stratégie lisible et bien expliquée, il ne sera pas possible de les capitaliser pour en faire une dynamique nouvelle et porteuse électoralement.

Femu a Corsica a quelques mois à peine pour essayer d’apporter les meilleures réponses. L’élection de décembre prochain, pour une Assemblée de Corse au mandat écourté qui devra laisser place en janvier 2018 à la nouvelle Collectivité Unique, peut apparaître, comme les municipales ajacciennes ou les départementales, comme une échéance de second rang. Mais son issue créera une situation politique nouvelle qui conditionnera la suite des événements.

FrancoisAlfonsiTout d’abord l’émergence effective de la Collectivité Unique : ce qui a été voté au Parlement n’est qu’un principe qui doit être consolidé par des ordonnances. Si la majorité progressiste qui a soutenu le rapport Chaubon laisse la place à une alternance rétrograde, la négociation risque fort de s’arrêter chemin faisant. Puis, en mai 2017, il y aura très probablement l’alternance à Paris. Si la représentation élue de la Corse baisse pavillon, que restera-t-il des promesses du gouvernement actuel ? Comment réussir un résultat consistant aux législatives qui suivront la présidentielle si on ne peut s’appuyer sur un groupe performant à l’Assemblée de Corse ? Et comment alors pourrait-on rebondir sur ce qui reste en chantier, co-officialité, reconnaissance constitutionnelle, statut de résident, restauration des arrêtés Miot ?

Les nationalistes devront peser de tout leur poids durant la période à venir, et un bon résultat en décembre prochain est indispensable pour y parvenir. Femu a Corsica détient des cartes essentielles pour cela. Il lui faudra les jouer au mieux.

François Alfonsi

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