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Dans un communiqué diffusé mardi, le leader indépendantiste Oscar Temaru a vivement réagi aux propos du député Jean-Jacques Urvoas, tenus chez nos confrères de Tahiti-Infos, sur la différence entre la démarche calédonienne et la démarche polynésienne sur la question de la décolonisation.
oscar-temaru-1119943-jpg_994181« Jean-Jacque Urvoas, président de la commission des lois de l’Assemblée nationale a déclaré, parlant de Kanaky, Maohi nui et de notre réinscription à l’ONU : « Oui, je fais une différence entre les deux
Il y a une voie constitutionnelle qui a été fixée pour la Nouvelle-Calédonie avec des référendums qui sont prévus et avec la question de l’indépendance qui est posée depuis les Accords de Matignon puis l’Accord de Nouméa. Cette question de l’indépendance ne se pose pas de la même façon sur la scène politique polynésienne ni pour le gouvernement.
Le statut de Pays d’outre-mer, qui est spécifique à la Polynésie, a été construit avec une philosophie qui est autre.L’inscription sur la liste de l’ONU est un effet d’aubaine qui a été saisie et qui est aujourd’hui contestée par le gouvernement actuel. Et encore une fois, mon interlocuteur, mon partenaire est le gouvernement Fritch.
De telles déclarations, aussi inexactes que biaisées ne sauraient traduire un manque de connaissance, et des textes, et de l’Histoire, de la part de quelqu’un d’aussi compétent et expérimenté que M. Urvoas. En fait, elles traduisent le fait que, de Droite ou de Gauche, l’Etat français demeure profondément colonial, s’appliquant au mieux à teinter celui-ci d’une couche de modernité condescendante, et au pire à continuer dans la mauvaise foi qui dure depuis l’instauration du protectorat, rapidement transformé en annexion pure et simple
• Rappelons tout d’abord à M. Urvoas qu’il n’existe pas de « statut de Pays d’outre-mer ». En effet, il ne suffit pas de nommer « pomme » une « poire » pour que la magie s’opère. En l’espèce, bien que présent dans l’article 1 er de la loi organique du 27 février 2004, il résulte des débats parlementaires ayant précédé le vote de cetteloi que cette appellation n’a aucune valeur juridique et est purement nominale. En effet, juridiquement, la Polynésie française reste une collectivité d’outre-mer régie par l’article 74 de la Constitution.
• Ensuite, rappelons à M. Urvoas qu’il n’y a pas eu « d’inscription », mais une« réi nscription ». Notre Fenua figurait bel et bien sur la liste initiale des territoires à décoloniser de l’ONU, établie début 1946 Enfin, parler « d’effet d’aubaine saisi » c’est méconnaître (ou faire semblant)l’Histoire de notre colonie. C’est en effet depuis 1978, soit un an après la création du Tavini Huiraatira que je milite pour cette réinscription, à New-york auprès de l’ONU.
• Contrairement à M. Urvoas et à l’Etat français qu’il représente, Edouard Fritch a eu lasagesse de reconnaître la réalité de cette réinscription, lors de son discoursd’investiture. Il y a d’ailleurs rappelé l’opposition du Tahoeraa Huiraatira depuis le début, et pas seulement aujourd’hui.
• Faut-il rappeler encore à M. Urvoas que les « effets d’aubaine » sont nombreux à avoir jalonné l’Histoire coloniale française. : arrestation scandaleuse de Pouvana’a aO’opa, la pression sur l’Assemblée territoriale et l’ultimatum du général De Gaule pour forcer la main à la commission permanente afin d’installer les essais nucléaires,le sabotage du Rainbow Warrior, le statut de 2004 fabriqué sur mesure pour Gaston Flosse, et tous les petits arrangements afin que le camp pro-français demeure au pouvoir …
Car peu importe le choix du Peuple, si les élections ne vont pas dans le sens de l’Etat, on change les règles du jeu. Ce fut le cas des modifications statutaires de 2004, 2007 et 2011.
Autant « d’effets d’aubaine » qui ne glorifient pas le Pays des Droits de l’Homme. L’attitude de l’Etat français, volontiers donneur de leçons mais qui déteste en recevoir est quasi constante sur le sujet de la décolonisation. La France est partie dans la nuit 29 juillet 1980 du Vanuatu, par refus d’assister le lendemain aux cérémonies d’indépendance. La Grande Bretagne, plus digne, n’a pas dérogé.
Elle a également contesté à l’époque la réinscription de Kanaky à l’ONU. Aujourd’hui pourtant, la France reconnaît l’Etat indépendant du Vanuatu, et participe aux discussions sur l’avenir de Kanaky tant au sein du comité de 24 qu’à l’Assemblée générale des Nations unies. Tant que l’Etat français continuera à pratiquer la chaise vide à l’ONU sur la question polynésienne, et qu’il persistera à vouloir intimider les pays qui ont soutenu cette démarche de longue date, tout « toilettage » du statut ne sera rien d’autre que du maquillage appliquée sur une jambe gangrenée.
Et ce faisant, la France faillira à la mission sacrée que toutes les puissances coloniales se sont fixées à la création de l’ONU, à savoir accompagner les Peuples dont ils ont la charge vers leur souveraineté. En tout état de cause, M. Urvoas qui prétend défendre les « langues minoritaires »devrait apprendre qu’en reo Tahiti, « indépendance » et « autonomie » se traduisent tous deux par « TI’AMARA’A ».
Te aroha ia rahi. »
OSCAR TEMARU

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