Produit CORSU E RIBELLU

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(Unità Naziunale – publié le 18 juin 2018 à 10h37) L’effondrement des clans précédant de peu celui des partis hexagonaux fit croire que la voie vers « l’émancipation » du Peuple Corse était ouverte. En effet de ces ruines a émergé un Président fringant peu lié au système des alternants de la Ve République et en Corse un Gilles Simeoni porté par la coalition électorale des natios. Début de rêve.

Le maître de Élysée jouait au sphinx souriant. Il orchestra un défilé de Ministres tâtant le terrain, continuant à entretenir l’illusion, qui ne disent ni oui ni non aux revendications minimales du Padduc qui avait été voté largement par la CdC avant la déconfiture des clans et dans l’incertitude des primaires des partis hexagonaux divisés. Les ministres en mission repoussent ce Padduc, le tiennent à distance sans le rejeter. Ils préparent la scène pour le dernier mot au Président quand il l’aura décidé. Ils alternent le tiède et le froid. De demie déception en espoir malgré tout, les natios font appel au Peuple pour qu’il manifeste et influence le Président dont la venue est annoncée pour l’anniversaire des vingt ans de l’assassinat du préfet Erignac. Tout le monde pense qu’il va parler de la Corse et peut-être amorcer un processus de dialogue apaisé. Il ne peut pas indéfiniment jouer au sphinx…

Il débarque avec la famille Erignac, une phalange de Préfets, un Mr Chevènement qu’il félicite pour son rôle dans l’enquête confiée au préfet Bonnet et au commissaire Marion. Le tonnerre gronde et la foudre éclate d’un Jupiter qui dit non, condamne et… humilie. Le rêve devient cauchemar.

Comment préserver un avenir, comment continuer à discuter avec ce Président qui détient tous les pouvoirs de la République des jacobins et qui doit mettre en place la loi d’Assemblée Unique votée avant sa consécration par le gouvernement Hollande. Elle portait un espoir ne serait-ce que par la suppression des conseils généraux une très ancienne revendication des natios qui les dénonçaient comme les instruments du clientélisme des clans.

Le stratège élyséen a préparé son piège et il y pousse les natios.

Pas d’art. 74, pas de perspective d’autonomie, un art.72-5 sur mesure. La porte de la ratière tombe. Faits comme des rats. Les natios considérés comme des nuisibles, leur mort politique est programmée.

Tous les moyens sont bons.

L’Assemblée Unique est devenue un piège institutionnel.

Toute initiative sera sous la surveillance des deux parlements, de leurs commissions sous la houlette de l’Elysée. Les natios, portés aux affaires par le suffrage universel, majoritaires «absolus » ne font pas la loi, ils ne sont que des «élus locaux» qui peuvent à la rigueur dire poliment leurs humeurs, leurs états d’âme, rédiger quelques voeux avec précaution sous forme de suppliques entièrement réduits au bon vouloir d’un Président qui a bien en main l’appareil jacobin.

Étouffer tout pouvoir réel dans le présent et l’avenir pour la majorité « légitime» des natios, cette première phase à été conduite de main de maître. Il lui reste à terminer la deuxième, celle de leur dislocation. Il a déjà embrayé, il lui reste à négocier quelques courbes avec l’accélérateur suivant les profils de la route. Les natios ont du mal à l’admettre.

Rêver même un peu éveillés, déconnectés de la réalité jacobine, ce n’est plus du rêve, c’est du délire face à la situation. Résumons-la.

D’un côté, un général en Chef qui, avec ses ministres patrouilleurs a gagné le temps nécessaire d’amorcer le piège par l’art.72-5, la Corse bien arrimée à la République dans un étroit cachot à partir duquel sa majorité doit la gérer sans moyen, sans perspective, dans l’incertitude.

Le doute va gagner une partie du corps électoral qui l’a faite. Autant le général en Chef a su vite créer les conditions d’une attaque surprise, autant il pourrait avoir intérêt à retarder la loi organique qui va définir le périmètre et les moyens d’action de l’Assemblée Unique et de toute façon de l’accoucher malingre et difforme. Il aura tout loisir par ses longues vues depuis son quartier général de se réjouir du spectacle de nos élus, des deux présidents de la CdC s’essoufflant à faire tourner sans fin les roues dans la cage.

La deuxième vague de Messi Dominici vient, elle, tourner autour de la cage souriant prêts à lâcher quelques lots de consolation aux détenus qui doivent dire merci…

Mais surtout ils prennent langue avec les acteurs économiques, les socioprofessionnels, des culturels, des syndicats et promettent quelques mesures non négligeables.

Ces envoyés sont autant de diplomates aux ordres pour faire passer le message que leur patron est le seul à régner, le seul qui décide et qu’il est vain de l’affronter.

À la bonhomie d’une Madame Corse a succédé la rondeur affable d’un Bruneau Lemaire, il aime la Corse, il y a des attaches, il veut inspirer confiance, comme un ami il veut aider. Ils me font penser à des infirmiers d’un pavillon hospitalier pour de grands délinquants distribuant des calmants le soir. Mieux que rien.

Les ministres s’occupent des bobos, ils ne rédigent aucune ordonnance. Le seul prescripteur réside à l’Elysée.

Cette majorité électorale est fragile et le Président a tout loisir à s’employer à la rendre plus vulnérable, plus inefficace, donc moins crédible, plus vite friable à l’usure de leur pouvoir théorique.

Ils ont cru que plus de 56% des suffrages les rendaient légitimes et incontournables, ils apprennent qu’un État centralisé jacobin n’en a que faire… et que comme en Catalogne l’Europe ne peut pas intervenir dans les affaires internes des États. Ils sont seuls. Ils ne peuvent compter que sur le Peuple Corse pour tenir le coup contre cette attaque qui veut leur peau et donc qui veut achever leur Peuple déjà nié, sans droit, et pour pouvoir disposer de sa terre.

Or ils nagent en plein délire quand ils se divisent, se disputent pour des mandats obsolètes en regard de leur mission de sauvetage. La guerre ouverte leur est déclarée et s’ils la perdent cela est sans doute la fin de ce Peuple. N’y a-t-il pas autre chose à faire que des courses électorales et des crocs en jambes?

Oui, d’urgence regrouper les autonomistes dans un parti unifié, solide pilier de défense et mobilisateur de toutes les énergies existantes.

Oui, Femu a Corsica pour commencer et pour poursuivre la guerre avec des moyens démocratiques, la clandestinité serait une aubaine pour les jacobins. La survie passe par là, par plus de responsabilité et d’intelligence collectives, de solidarité et de sacrifices.

Il n’y aura plus d’hommes providentiels mais un Peuple conscient et déterminé pour l’avenir de ses enfants Corses et fiers de l’être.

Max Simeoni sur ARRITTI