Produit CORSU E RIBELLU

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A l’invitation de la fondation AFC-Umani, Monsieur Jacques Muller, ancien sénateur du Haut-Rhin, a tenu 3 conférences en Corse, pour présenter la méthode de gestion des déchets de l’intercommunalité de  Cernay-Thann, sa région, qui est parvenue à un tri/valorisation de plus de 80 % !

Le titre de ces conférences : « Nos déchets valent de l’or ».

PLUS ON TRIE, MOINS ON PAIE

dechargeMonsieur Muller a donc expliqué comment, pour contrer un projet d’incinérateur, un groupe d’habitants et d’élus ont élaboré un Plan alternatif pour traiter sainement les déchets de leurs intercommunalités…Une démarche qui s’apparente à celle du Collectif corse anti-incinération qui s’est battu à partir de 2006 contre le projet de transport des déchets de toute la Corse vers un incinérateur. Collectif qui a d’ailleurs fait la même démarche : présenter des solutions alternatives.

Les clés de la réussite dans cette région d’Alsace :

  • La mise en place d’une organisation très précise et très cohérente des collectes sélectives pour diminuer de façon très significative la fréquence des tournées de ramassage des ordures résiduelles,
  • Le ramassage des déchets triés au porte à porte,
  • L’application du principe « Plus on trie, moins on paye » : la redevance des « bons trieurs » est moins élevée que celle des mauvais trieurs.

Avec un système très simple : chaque foyer choisit le volume de sa poubelle de déchets résiduels pour laquelle il paie en quelque sorte un « location » annuelle.  Pour une poubelle de 60 litres, le tarif est de 200 € par an ; il passe à 222 € pour 80 litres et 337€ pour 140 litres[1].

Ce système s’accompagne d’une collecte séparée des bio-déchets pour compostage (1 fois par semaine, toujours au porte à porte), et d’une diminution de la fréquence de collecte des déchets résiduels – d’où une diminution des coûts pour l’intercommunalité.

Le résultat a été immédiat et spectaculaire : 88% des foyers ont vu leur facture diminuer ; en 6 mois, la quantité d’ordures résiduelles (après tri) est passée de 290 kg/an à 190 kg/an !

Après la mise en place de la collecte séparée des bio-déchets, elle est tombée à 96 kg/an (pour mémoire, en Corse on est à près de 400kg).

UNE EXPERIENCE REPRODUCTIBLE ?

L’argument souvent invoqué  « Ce sont des Alsaciens, ils sont plus « civiques » que nous », ne tient pas la route : la région de Milan est aussi parvenue à un taux de recyclage de 80 %, certaines régions de Sardaigne ont mis en place la collecte séparée des bio déchets, etc.

Les Corses sont aussi capables que d’autres de gérer intelligemment leurs déchets : pour preuve les réussites de certaines intercommunalités : la mise en place à Corti d’une collecte des bio-déchets des « gros producteurs » (Università notamment), le compostage en Costa verde ou la réussite du tri sélectif des Dui Sevi : elle a permis de baisser le coût de traitement pour l’intercommunalité – de 58 000 à 28 000 € par an avec maintien de la redevance au même niveau – les habitants des régions de Corse qui voient flamber leurs taxes ou redevances apprécieront…

Le nouveau Plan de prévention et gestion des déchets ménagers (PPGDND), voté en janvier 2014, est en ce moment soumis à enquête publique (nous y reviendrons).

Il prévoit 3 unités de Tri mécano biologique (TMB) « si possible » près des villes.

L’expérience présentée par Jacques Muller montre qu’avec une gestion rationnelle on peut se passer d’investissements lourds comme les TMB.

TALLONE, L’EXEMPLE DU MAUVAIS CHOIX

Pour l’instant et malgré des avancées,  la situation en Corse est mauvaise ; le tri sélectif piétine ;  faute de volonté politique suffisamment affirmée, les déchets sont « confiés » aux opérateurs privés pour le transport et l’enfouissement, avec l’appui des services de l’Etat.

En témoigne l’autorisation donnée par le Préfet le  29 décembre dernier pour l’installation d’une unité de TMB couplée à l’extension de la décharge de Tallone, alors même que le PLU a été annulé.

Ce TMB sur ordures brutes, installé loin des gisements de déchets, ne pourra jamais produire un compost acceptable en agriculture, car le mélange des déchets est irréversible. Le compost sera enfoui sur place. Sur 50 000 tonnes entrantes (annoncées – 80 000 aujourd’hui), l’installation de tri mécanique en traitera au plus 30 000 et n’absorbera pas la pointe saisonnière qui engendre pourtant le plus de nuisances. Il ne servira qu’à augmenter la facture de l’usager…et les revenus de l’exploitant.

Car Monsieur Muller l’a bien dit : « Nos déchets valent de l’or »…

Encadré 1:

Le cout de traitement d’1 tonne de bio-déchets (ceux qui fermentent et sentent mauvais dans la poubelle : épluchures, papiers gras, restes de cuisine) ramassés séparément est de 61 € la tonne, contre 202 € /tonne pour les déchets résiduels : le compostage de bio-déchets et déchets verts collectés à la source permet d’obtenir des engrais d’excellente qualité (les agriculteurs et les jardiniers sont demandeurs !) alors que les composts issus d’ordures non triées ou triées en aval dans des unités industrielles de type TMB (comme prévu à Tallone) sont inutisables. Le TMB sur ordures brutes est abandonné partout en Europe et la fabrication de ce type de compost va rapidement être interdite de fait par le renforcement des normes

Encadré 2

PERFORMANCES DE TRI ET VALORISATION DES DECHETS EN EUROPE

Moyenne européenne : 39 %

80 % dans certaines collectivités en Alsace

80 % dans la région de Milan

64 % en Allemagne

30 % en France

15 % en Corse (au mieux)

[1] En Corse, il y a des secteurs où la redevance est inférieure ; c’est qu’une partie du coût est alors assumée directement par la collectivité locale sur le budget général, ce qui « masque » le coût réel –mais au final c’est toujours l’usager qui paie indirectement

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