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Le site Mediapart a publié l’enquête réalisée par un media allemand de même nature, Correct !, sur la destruction de l’avion de ligne qui assurait la liaison entre Amsterdam et la Malaisie en Août dernier. 298 passagers, tous des civils, sont morts assassinés par l’implacable mécanique de guerre qui a embrasé les régions russophones à l’Est de l’Ukraine.

paixguerreVous ne connaissez pas les BUK, ces batteries anti-aériennes de fabrication russe disposées à côté des convois de tanks pour qu’elles détruisent les avions et hélicoptères des armées adverses avant qu’ils n’aient réussi à anéantir un à un les blindés au sol. Le rôle de ces engins auto-tractés est de décourager les attaques aériennes contre les tanks qui évoluent au sol. Et bien sûr de se protéger eux-mêmes car ils sont logiquement les premières cibles choisies par les aviations adverses. C’est un BUK de l’armée russe qui a abattu l’avion de ligne malaisien dans des circonstances que cet article détaille.

Durant les premières semaines de l’été dernier, la confrontation est allée crescendo entre les « rebelles » qui disposent de blindés, pour partie pris à l’armée ukrainienne, pour partie venus de Russie, et l’aviation de Kiev qui dispose de la maîtrise du ciel. Dans un premier temps, cet avantage aérien a été décisif, et les pro-russes ont subi de nombreux revers.

Puis la tendance s’est inversée début juillet et on a appris, quelques jours avant le crash de l’avion de Malysian Airlines du 17 juillet, que des avions de chasse, et des hélicoptères, de l’armée ukrainienne avaient été abattus. Les journalistes en sont convaincus : ce renversement de situation est dû à la mise en place d’un BUK russe en Ukraine, à savoir une batterie tirant des missiles anti-aériens, accompagnée d’un véhicule radar et d’autres équipements. Les journalistes ont aussi mené une « investigation internet », en recueillant les photos facebook partagées de ceux qui ont photographié sur son passage ce convoi très spécial, jusqu’à identifier son numéro d’immatriculation, le lieu où il a été disposé pour procéder aux tirs, le régiment russe auquel il est rattaché, et même celui qui a déclenché le tir.

Pourquoi est-ce un avion civil qui a été touché ? Tout simplement parce que les avions de chasse ukrainiens ont utilisé les vols civils comme « boucliers » en lançant leurs attaques depuis des zones fréquentées par les lignes régulières, l’effet de surprise permettant au pilote de fondre sur sa cible avant que le BUK n’ait pu armer son tir. Ce jour-là, le pilote de la Malaysian Airlines a demandé de dévier de sa route pour éviter une zone orageuse. Son décrochage a été interprété comme un mouvement suspect, et, un quart d’heure après, il était anéanti par un missile tiré depuis le BUK.

L’enquête des journalistes allemands est rigoureuse. Elle démontre la responsabilité directe du gouvernement Poutine dans la catastrophe puisque le missile a été tiré par des militaires russes sous commandement direct de l’armée russe. Le gouvernement de Vladimir Poutine est responsable d’avoir abattu l’avion. Que cela ait été fait intentionnellement ou par accident, dans un moment de panique, est secondaire.

Mais le gouvernement ukrainien porte aussi sa part de responsabilité. Il a utilisé les passagers des avions de ligne comme boucliers humains lors de ses attaques aériennes sur les chars russes. Ces avions de chasse se sont cachés derrière des avions remplis de vacanciers, mettant en danger la vie de centaines d’innocents.

Enfin, les gouvernements des pays membres de l’Union européenne portent aussi leur part de responsabilité. En refusant de reconnaître que le conflit dans l’est de l’Ukraine avait tout d’une guerre, ils n’ont pas pris les mesures nécessaires, comme interdire à leurs compagnies aériennes de voler au-dessus de la zone d’affrontements.

Cette responsabilité partagée fait douter que des suites médiatiques importantes soient données à cette enquête indépendante qui démontre des implications au plus haut niveau, y compris au sein de l’Union Européenne. Elle démontre que la logique de guerre est la seule qui soit réellement à l’œuvre, et à quel point il est dangereux de la laisser se développer.

Il est urgent que des pourparlers réels s’engagent enfin pour la paix dans cette partie du monde.

François Alfonsi