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(Unità Naziunale – Publié le 11 juin 2018 à 08h53) Du 11 au 22 juin se déroulera à Paris ce qui constitue très certainement le dernier grand procès de nationalistes corses devant une Cour antiterroriste spécialement composée.

Neuf personnes sont appelées à comparaître devant cette juridiction d’exception pour plusieurs séries d’attentats visant des résidences secondaires pendant l’année 2012. Le FLNC-Union des combattants avait revendiqué ces actions au nom de la lutte contre la spéculation foncière. Parmi les accusés se trouve un responsable de Corsica Libera, parti de la majorité à l’Assemblée de Corse et parti du président de cette institution.

L’affaire est importante. Le procès sera particulièrement observé par celles et ceux qui aspirent à sortir de quarante années d’affrontement entre la Corse et la République. Nous serons parmi ces observateurs.

Le 25 juin 2014, le FLNC a annoncé son abandon de la lutte armée. Certes, il n’est pas allé jusqu’à déposer les armes et à s’auto-dissoudre, à l’instar de l’ETA. Mais chacun peut constater que depuis quatre ans, l’organisation clandestine n’a commis aucun attentat politique.

Les succès électoraux des nationalistes aux élections municipales de 2014, aux élections territoriales de 2015 et de 2018, à la dernière élection législative avec trois députés élus sur quatre, ont conforté celles et ceux qui, dans ce mouvement, veulent tourner définitivement la page de la clandestinité, écrite à coups d’attentats mais aussi d’assassinats.

La démocratie a progressé. Certes, le débat demeure âpre mais il s’organise de manière pacifique. La ligue des droits de l’Homme ne peut que s’en féliciter. Le procès de juin 2018 s’inscrit dans ce nouveau contexte.

Déjà, dans leur rapport de 1998 sur l’antiterrorisme français, « France, la porte ouverte à l’arbitraire », le premier du genre, les chargés de mission de la fédération internationale des ligues des droits de l’Homme concluaient à propos des questions corse et basque : « Il nous paraît hautement improbable que celles-ci seraient, ou puissent jamais être résolues par des moyens juridiques. » Ils insistaient sur la nécessité de rechercher des solutions ailleurs qu’auprès des seules juridictions pénales – en particulier antiterroristes. Désormais, nous sommes dans cette recherche.

Que la justice, dont le bon fonctionnement repose sur la sérénité soit attentive à ce nouveau contexte. Les circonstances aujourd’hui ne sont plus aggravantes mais apaisantes. Qu’il en soit ainsi de son action, pendant ce mois de juin.

Malik SALEMKOUR
Président de la Ligue des droits de l’Homme
André PACCOU
Délégué de Corse de la Ligue des droits de l’Homme

8 juin 2018