Produit CORSU E RIBELLU

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(Unità Naziunale – publié le 10 juin  2018 à 20h28) Le Congrès du 15 octobre 2017 a décidé, à l’humanité des plus de 1200 présents, la fusion des trois organisations autonomistes (Chjama Naziunale, PNC, Inseme). Ils en votent les statuts après en avoir débattu entre militants.

Le thème de la fusion, souhaitée mollement depuis quelques années, s’imposait pour les dirigeants dans le contexte d’un cycle d’élections rapprochées aux résultats favorables et avec l’espoir d’ouvrir un dialogue avec un Président tout neuf qui avait balayé gauches et droites parisiennes.

La fusion ne se fait que sur les listes électorales. Elle donne aux natios la majorité absolue. À peine installés à la CTC que déjà se profile un autre cycle d’élections, dont on parle peu mais qui obnubilent les esprits des élus. Et une fusion inquiète bon nombre de ceux qui veulent être réélus, tout comme ceux qui en rêvent. Ne connaissant pas la donne politique qui en résultera en interne, ils ne peuvent savoir comment se hisser au palier de l’éligibilité ou s’y consolider.

Bref, la logique électoraliste est prépondérante et elle étouffe la logique politique. Cette erreur, pour ne pas dire plus, a déjà coûté cher à la cause nationaliste «historique » et elle peut, si elle persiste, devenir catastrophique.

En effet, c’est le défi d’une véritable guerre qui nous est imposé.

Le nationalisme corse est né il y a un demi siècle pour relever le Peuple Corse. Ses idées ont été partagées progressivement par assez de Corses et quand les circonstances l’ont permis, ils sont passés d’une opposition à la victoire électorale locale. Ce nationalisme est défensif, il ne peut être autre. Le Peuple Corse ne peut avoir en tant que tel aucune possibilité d’imposer, d’attaquer aucun autre Peuple. Il ne peut que se défendre sur sa terre, celle «des pères », sa patrie. Il faudrait inventer un autre nom pour le définir. Mais c’est une véritable guerre qui est en train de le faire disparaître. Il doit lutter sur tous les fronts.

Les clans ont laissé faire l’agresseur. Subjugués, ils ont pris l’État républicain jacobin pour un protecteur alors qu’il a vidé l’île pour ses besoins impérialistes («grandes guerres » en Europe, et conquêtes au-delà de ses mers).

Il a étouffé tout développement économique (un siècle de loi Douanière jusqu’à la guerre de 14-18), il a détourné la Somivac pour développer l’agriculture (plan d’action régionale de 1957) au préjudice des Corses, pour pallier l’exode des Pieds Noirs en 1962. Il a prémédité le développement d’un tourisme qui livrait l’île au consortium des grandes banques, stoppé par la divulgation du Rapport secret de l’Hudson Institut.

Il a toujours menti, désinformé.

La loi Douanière, c’était pour empêcher des marchandises d’entrer dans l’hexagone en passant par l’île sans contrôle douanier.

Les lots de la Somivac étaient attribués suivant des critères financiers de remboursements qui ne coûtaient rien aux Pieds Noirs avec les indemnités de rapatriements, et des critères de technicité (un diplôme attestant la compétence agricole pour les candidats indigènes). Rocard a révélé par la suite devant le Parlement républicain «que l’ordre venu du gouvernement à la Somivac avait été de distribuer 90% des lots aux rapatriés »… La publication par l’ARC du rapport secret de l’Hudson Institut commandité par la Datar faisait connaître que son plan d’un développement du tourisme mirifique (150.000 à 300.000 lits à construire en 10 ans) avait été conçu sciemment pour noyer ce qui restait d’autochtones corses.

Deux ou trois ans après, c’était le « choc d’Aléria ».

Le pouvoir jacobin nous a toujours menti. Des promesses de développement économique fallacieuses et, sous prétexte du FLNC, des barbouzes. Il a fini avec la gauche par accorder des statuts « particuliers » insuffisants pour assurer la survie de notre Peuple sur sa terre. Il ne veut pas reconnaître son existence pour ne pas reconnaître ses droits. La majorité « absolue » CTC récente des natios et l’abandon de la violence clandestine l’a contraint à ne plus se cacher. Le Président jacobin a abattu son jeu: «vous n’êtes que des élus locaux… la loi n’est pas votre affaire… inutile d’insister ».

En félicitant Chevènement, il donne quitus à la barbouzerie d’hier. Bref, pour le super jacobin, tous les moyens sont bons contre les « ennemis » du jacobinisme.

Nous voilà avertis après nous avoir entravé avec l’article 72-5 et passé le collet avec l’élaboration, une année durant à attendre, de la loi qu’il va nous octroyer dans ce cadre.

Sa stratégie est claire. Il gagne du temps pour nous en faire perdre.

Il travaille à créer les conditions qui nous soient de plus en plus défavorables et nous rendent impuissants.

Sa brutalité lors de l’anniversaire Erignac était parfaitement réfléchie.

Il lui fallait stopper les majoritaires natios en leur refusant le dialogue sur la légitimité de leur projet d’autonomie et de reconnaissance du Peuple Corse, même à terme, et ne rien leur céder sur le Padduc pour éviter tout engrenage.

Le message était aussi de réveiller tous les clanistes et les anti-autonomistes sidérés par leur déconfiture électorale en les appelant à aller contre les natios. Ils l’ont reçu cinq sur cinq. Ils aboient faiblement en espérant chasser en meute. Jupiter dompteur tient tout son monde en laisse et facilite la rechute de la xénophobie de beaucoup d’hexagonaux. Sa stratégie de contention et d’isolement des natios est bien menée.

Les préfets savent où est le cap et navigueront en proximité.

Oui, la guerre est déclarée… ouvertement, pour une ou quelques batailles décisives. Pour les natios, l’efficacité est une guerre civique avec les moyens de la démocratie, la clandestinité en Corse facilite le pouvoir des jacobins.

Pour tenir le coup devant l’État jacobin, un parti cohérent unifié hautement démocratique des autonomistes s’impose. Les statuts qu’ils ont votés devront être améliorés pour toujours plus de démocratie afin de gagner la confiance de toujours plus de Corses, pour tenir le coup et avancer vers l’émancipation.

Pour ce qui me concerne, j’y reviendrai. C’est une urgence à mes yeux pour éviter les faux départs.

Ne jamais oublier que l’État connaît tous nos problèmes et tous les acteurs, qu’il peut en jouer le plus souvent sans qu’on sache ce qu’il fait. J’y reviendrai, quitte à passer –longtemps?– pour une oie du Capitole obsolète.

MAX SIMEONI sur ARRITTI