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(Unità Naziunale – publié le 10 juin  2018 à 19h58) Les Catalans, avec la maturité politique qu’on leur connaît, ont dû savourer la destitution de Mariano Rajoy, destitution à laquelle ils ont contribué, avec les Basques, les Valenciens et les autres parlementaires issus des « autonomies constitutionnelles », par le vote de leurs élus à Madrid.

Le socialiste Pedro Sanchez, nouveau Premier Ministre espagnol à l’origine de la motion de censure qui a renversé le Partido Popular de Mariano Rajoy, n’est certainement pas le perdreau de l’année ! Son attitude dans le dossier catalan depuis le referendum du 1er octobre 2017, a été d’un suivisme délibéré derrière les dérives répressives de la droite espagnole, tournant le dos à l’esprit de dialogue qui avait été en son temps celui de José Luis Zapatero.

Mais il était bien sûr impossible pour les indépendantistes catalans de ne pas saisir l’occasion offerte d’écarter du pouvoir un dirigeant fermé à tout dialogue, et même à toute conception démocratique du débat politique. En témoigne le sort des neuf dirigeants scandaleusement incarcérés depuis plusieurs mois à Madrid, et celui de ceux qui sont contraints à l’exil sans qu’ils n’aient jamais commis la moindre atteinte à la démocratie comme en témoignent, les uns après les autres, les rejets des demandes d’extradition formulées par Madrid auprès d’autres pays de l’Union Européenne. Aussi battre Rajoy était la seule option possible, et ils l’ont adoptée sans réserve.

Que peuvent-ils espérer de ce « coup de pouce » qui s’est révélé décisif ? Car leur non-participation aurait fait échouer Pedro Sanchez dans sa volonté de sanctionner l’immense scandale de corruption, dit «dossier Gürtel », dont le procès tenu ces dernières semaines s’est conclu par des condamnations jusqu’à 33 années de prison des dirigeants les plus éminents du parti de M. Rajoy pour détournements de fonds et enrichissement personnel.

Ce procès de la corruption qui a gangréné sans compter le pouvoir madrilène a un temps été éclipsé par le rideau de fumée de la crise catalane. Mais la réalité des faits (redistribution discrétionnaire de milliards d’euros détournés des marchés publics) a fini par s’imposer. L’Espagne, si elle n’avait pas condamné lourdement les responsables de ces agissements, aurait inéluctablement régressé au rang d’un régime de type Amérique du Sud. Il en allait de sa crédibilité même au sein de l’Union Européenne.

Et il fallait aller jusqu’à la mise à l’écart de Mariano Rajoy, lui-même cité dans le procès. Le jugement a en effet mis en cause la « crédibilité » de son témoignage comme principal dirigeant du parti, « niant l’existence d’une caisse noire pourtant complétement avérée ».

La motion de censure déposée alors par le Parti socialiste espagnol l’a finalement emporté avec une courte avance (4 voix de majorité sur 350 votants), majorité donnée notamment par les 17 députés catalans et les 7 députés nationalistes basques.

De ce fait, la destitution de Mariano Rajoy ne pourra rester sans effet sur le déroulement de la crise catalane, d’autant que le gouvernement catalan a fini par être enfin constitué autour de celui que Carles Puigdemont a désigné pour le remplacer, Quim Torra.

Quim Torra a appelé à l’ouverture d’un dialogue auquel Pedro Sanchez ne pourra se soustraire. Préalable posé à ce dialogue : le rapprochement des prisonniers vers la Catalogne, et plusieurs actes de « désescalade » auquel le premier Ministre socialiste s’est engagé, y compris devant ses pairs de l’Union Européenne.

Pour le mouvement catalan, rien n’est réglé et la mise hors la loi de ses dirigeants naturels a été une humiliation qui sera difficile à surmonter. Mais face à un « bloc espagnol » jusque là entièrement dévoué au camp répressif à l’exception bien timide de Podemos, l’ouverture d’un nouvel espace politique grâce au renversement de Mariano Rajoy est assurément une bouffée d’oxygène.

Mais les dossiers judiciaires catalans sont entre les mains de magistrats ultrarépressifs, et le poids croissant de la formation la plus extrémiste Ciutadan’s au détriment du Partido Popular continuera de peser dans le dossier catalan.

La lutte continue !

François Alfonsi sur ARRITTI