Produit CORSU E RIBELLU

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A bien considérer le paysage politique , social et économique de la Corse à la veille de la nouvelle élection municipale d’Aiacciu, nous devrions nous interroger sur la pertinence de nos revendications dites « nationalistes » et sur les organisations qui sont censées les porter.

Après un demi siècle de lutte, constatons que le clan qu’elles dénonçaient comme le complice de l’État pour maintenir notre pays dans une situation de désordre civil, de sujétion politique et de non développement économique, constatons que ce clan, disais-je, est plus florissant que jamais. Habitué par nature à s’adapter à toutes les situations, il a absorbé un choc qui l’a longtemps inquiété, il a digéré les idées de la revendication nationale les plus propices à son marketing et les a reprises en partie à son compte en les vidant soigneusement de leur substance…

Il lui arrive même de recruter à l’Université de jeunes diplômés opportunistes, souvent fils de parents nationalistes, qui sont persuadés que la politique est un vrai métier ! Il faut dire que quand on a entre 25 et 30 ans en Corse, que l’on termine ses études avec un diplôme, on voit bien que l’avenir économique est sombre et la tentation est grande de tenter le « gros lot » qui vous assurera 50 ans de travail sans fatigue et d’honneurs sans mérites…Le faux clivage gauche-droite, qui n’a désormais plus grand sens ailleurs,chez nous n’en a aucun  ; le vrai clivage c’est celui qui sépare les tenants du statu quo et les partisans d’une rénovation ! Les premiers étant évidemment bien plus nombreux que les seconds !

Du moins chez les pros di a sciarpa è di u tamponu ! La « population », c’est ainsi qu’ils appellent notre peuple,n’est sans doute pas d’accord, confrontée qu’elle est à la crise du logement, à la difficulté de survivre, d’élever ses enfants et de leur donner des perspectives aujourd’hui introuvables. Ajoutons à cela la difficulté de se déplacer, l’embrouillamini des compétences bureaucratiques entre municipalité, conseil général, CTC, l’absence de structures dans une région à la fois sous administrée et sur administrée ! La Corse est plus que jamais un vrai foutoir, sans avenir et sans espoir, et les Corses tiennent désormais les politiciens pour ce qu’ils sont. On va aux meetings politiques comme on va au cirque, pour se divertir, se tenir chaud ou éventuellement faire de la figuration pour payer « le service » que rendra le vainqueur. Pendant ce temps « les riches deviennent encore plus riches et les pauvres plus pauvres » comme disait Sinouhé l’égyptien, sans que cela émeuve le moins du monde le clan de gauche ou le clan de droite !

Pourtant notre pays est riche, si on consent à permettre son développement et à en redistribuer équitablement les richesses. Désormais le principe même d’identité corse différente est acceptée,du moins par les Corses, et c’est bien l’essentiel ! Reste à donner force et vitalité à cette communauté corse d’aujourd’hui : ce que veulent les Corses ne se limite pas à faire accepter nos symboles les plus significatifs, ils aspirent aussi à un changement social, économique et institutionnel. Quelle que soit l’importance de cette élection honteusement salie par une partie du clan, quels qu’en soient les résultats, il nous faut désormais tourner le dos à cette amoncellement de bêtise, de paresse et d’opportunisme et garder le cap sur ce qui est fondamental. L’objectif des Naziunali ne saurait se limiter à trouver d’improbables convergences d’appétits avec les héritiers de ceux qui nous ont ruinés, ni encore moins de perpétuer leur système en s’y trouvant une place, fût-elle même privilégiée…

A l’heure où s’inversent les rapports de force au sein de l’Europe, entre états centraux souvent trop centralisateurs et Peuples constitués que seule une volonté arbitraire et négationniste peut contraindre, les Nationaux corses joueront pour une dévolution aussi bien ascendante en faveur de Strasbourg, que descendante en faveur des régions historiques. C’est de l’affaiblissement des vieilles « nations » dominantes que naîtra un ordre politique. On voit bien que la partie n’est pas finie !

Ghjacumu Petru