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#Corse Procès – Déclaration liminaire de Nicolas Battini

Le procès de Nicolas Battini pour l’occupation de la sous-préfecture de Corti le 4 avril 2013 devait se tenir ce 13 octobre devant le tribunal correctionnel de Versailles. Il a été annulé au dernier moment sous un prétexte fallacieux (risque de trouble à l’ordre public lors de l’audience). Voici dans son intégralité le texte que devait lire Nicolas Battini, intitulé « Cuscenza »:

« Mi sprimu oghje davanti à sta corte culuniale in tantu chi prigiuneru puliticu corsu, militante di a lotta di liberazione naziunale è di a Ghjuventù Indipendentista. Facciu sta dichjarazione davanti à u populu corsu, a mio cuscenza di patriottu, e mio surelle è i mio fratelli di lotta chi solu averanu da ghjudicà mi.

repressioninterpellationcorsesulidarita (1)Monsieur le Président, car c’est apparemment l’usage que de vous nommer ainsi, je comparais devant vous pour avoir occupé, avec d’autres jeunes militants corses, un bâtiment public au cours d’une action que nous voulions pacifique. Je suis convoqué devant votre tribunal, non pas pour répondre de différents délits que j’aurais commis, mais pour m’excuser de m’être fait molester, aux côtés de mes camarades, à coups de matraques et de gants renforcés par des gendarmes français dont on ne sait ce qu’ils sont le plus, incompétents ou inutiles, ou bien même les deux à la fois. Vous diriez volontiers des Corses, vous autres Français, que ce sont des animaux tellement ingrats qu’ils mordent lorsqu’on les agresse, arrogants indigènes qui n’ont toujours pas appris à aimer la servitude. Chacun pourra ainsi constater qu’après 245 ans de domination française en Corse, les matraques et les menottes en sont venues à se croire géniales et bienveillantes à force d’avoir été employées. Sachez cependant, en dépit de ce à quoi vous pourriez vous attendre, que je n’ai absolument pas l’intention de débattre des faits que l’on m’impute. Non pas que je m’en indigne, bien au contraire, les patriotes s’honorent de ce genre d’imputation ! Non pas que je reconnaisse ma culpabilité, mais plutôt ma responsabilité. Une responsabilité que j’assumerai aujourd’hui en exposant quelques faits, sans provocation aucune mais déterminé à dissiper entre nous tout malentendu.

Vous n’êtes pas, monsieur le Président de la Cour, en présence de l’un de vos concitoyens dociles et acquis à votre autorité, adhérant à vos lois et acceptant vos institutions. Pas plus que je ne suis pas en face d’un juge impartial, objectif, compréhensif et disposé à rendre justice dans une sereine équité.
À la vérité, vous êtes en face d’un citoyen corse. Un citoyen privé de sa citoyenneté. Un citoyen contraint de vivre, à l’instar de dizaines de milliers d’autres Corses, avec une nationalité française qu’il ne désire pas plus revendiquer que conserver.
Vous êtes en face d’un prisonnier politique, incarcéré et exilé depuis un an et demi sans avoir été jugé, attendant patiemment de comparaître devant une justice d’exception qui tente vainement de dissimuler son caractère éminemment fascisant. Une justice d’exception qui fait rougir le prétendu pays des Droits de l’Homme, dans la mesure où son existence exige que ces derniers soient systématiquement bafoués !
Vous êtes en face d’un militant indépendantiste qui réitère en ce jour, et à votre attention, le vœu des milliers de patriotes Corses qui ont juré de renvoyer vos couleurs au-delà d’une mer qu’elles n’auraient jamais du franchir. Une mer que vous devrez apprendre à traverser en amis plutôt qu’en conquérants.

Quant à moi, je dois comparaître à plus d’un millier de kilomètres du lieu de commission des faits et ceci presque deux ans, excusez du peu, après les fameux incidents. Mon cas a été disjoint et l’on m’a refusé le droit de me tenir aux côtés des miens au tribunal de Bastia. Ainsi, c’est devant la Cour de Versailles, réputée pour ses relents droitiers et réactionnaires que je dois me présenter. Une comparution que j’accepte, si ce n’est par plaisir, au moins par devoir, sans toutefois me priver du droit d’émettre une certaine réserve à l’égard de votre capacité à prononcer un verdict juste et équitable. Il me semble que l’un des fondements de la justice réside dans le fait que cette dernière ne doit pas être rendue par des gens qui sont à la fois juge et partie dans la question. Malgré cela, c’est bien un représentant de l’État Français qui entend me juger et me sanctionner pour une atteinte prétendument commise contre ce même état. Je ne suis donc pas devant un juge, mais en présence d’un ennemi. Un ennemi d’autant plus redoutable qu’il prétend ne pas l’être ! Il serait dès lors autant illusoire que puéril de vouloir me défendre. C’est sans avocat ni conseil que j’ai décidé de me tenir dans ce box, une décision utile en ce qu’elle vous permettra de vous dévoiler totalement à travers votre vindicte rétrograde et jacobine.

Néanmoins, Monsieur le Président de la Cour, il ne faut pas vous imaginer que quelques imposteurs pourraient nous traîner selon leur bon vouloir devant leurs foudres judiciaires, dans l’espoir de nous contraindre à quémander pardon et miséricorde pour l’amour que nous éprouvons envers la patrie de nos pères. Bien loin de là, vous ne trouverez personne parmi la jeunesse indépendantiste qui tiendra à s’excuser de ce que nous sommes ! Nous assumons notre engagement politique, nous sommes fiers d’appartenir à la Ghjuventù Indipendentista, de soutenir la démarche de Corsica Libera et de dire que nous plaçons tous nos espoirs dans l’avènement de la République Corse. La république sociale, écologique, démocratique et indépendante que nous bâtirons étape par étape, de victoires en victoires, et sans jamais renoncer. C’est de ce banc même des accusés, où les patriotes corses doivent tenir à honneur de s’asseoir de nos jours, alors que tous ceux qui jugent et condamnent mériteraient d’être jugés et condamnés, que j’ose dire que je ne suis pas un criminel et que, en conséquence, je refuse de jouer le rôle que vous m’avez assigné dans votre mascarade judiciaire. Je suis donc résolu d’avance à toutes les condamnations que vous vous empresserez de prononcer, conscient que la Justice a déjà déserté cette salle. De la même manière qu’Épictète disait à celui qui prétendait disposer de son sort : « Tu es le maître de ma carcasse ; prends-la. Tu n’as aucun pouvoir sur moi ! », nous avertissons ceux qui ambitionnent d’être nos juges : Posez nous les questions que vous désirez poser, nous ne répondrons pas. Accablez nous d’autant de chaînes et de menottes que vous le voulez, nous n’en sentirons pas le poids. Enfermez nous aussi loin que vous le pouvez de notre pays, dans les prisons les plus froides et les mieux surveillées et pour la durée que vous estimez nécessaire, jamais nous ne reconnaîtrons votre autorité ! Car dans la mesure où nous considérons la liberté comme notre seule patrie, la soumission serait pour nous le plus insupportable des exils !

Pour autant, s’il s’agit d’une question de devoir et d’éthique pour moi, indépendantiste corse, que de refuser de reconnaître la légitimité d’un tribunal colonial, l’un de ces sinistres lieux de l’injustice institutionnalisée où ne siègent que des bourgeois français qui ne sont pas mes pairs, je suis certains que vous êtes doué de suffisamment d’orgueil et d’amour en votre fonction, Monsieur le Président, pour apprécier la place que vous occupez dans la mesure où l’on livre à votre vindicte un adversaire impuissant et incapable de riposter. Pour ce qui est de notre place, à nous les patriotes corses, nous la connaissons et l’acceptons d’avance. L’accusation est le seul rôle qui nous convienne, qui plus est si le destin nous offre l’une de ces tribunes médiatiques que peuvent représenter à l’occasion les tribunaux français ! Et quand bien même devrions nous assurer une quelconque défense, que ce soit celle du peuple corse plutôt que la nôtre ! Bien évidemment, ce n’est pas au silence que je me prépare et, vous l’aurez assurément compris, que je réserve le temps qui m’est imparti. Dénoncer et accuser ceux qui maintiennent la Corse dans le sous-développement et la soumission à Paris, défendre le droit de la nation corse à la liberté et à l’autodétermination, voilà l’impérieux devoir de tous les patriotes corses qui comparaissent devant les tribunaux étrangers !

Ce n’est rien de plus qu’une réponse à tant d’injustice et de répression que nous voulons apporter à ceux qui nous ont fait l’honneur de nous prendre pour cibles privilégiés. Nous les jeunes indépendantistes, nous les étudiantes et les étudiants corses, les lycéennes et les lycéens, les précaires, les travailleuses et les travailleurs. Nous que vous dépeignez comme des marginaux qui, selon les dires douteux d’un sinistre procureur de la Cour de Bastia, « tapinent devant les lycées et doivent payer le prix de leur engagement nationaliste » Une calomnie absurde, un mensonge balayé par les milliers de jeunes Corses que nous avons rassemblés dans les rues ces derniers mois pour soutenir les droits du peuple corse. Nous qui osons encore projeter et entreprendre, imaginer et réinventer notre pays sans ressentir le besoin de nous tourner systématiquement vers Paris, le centre de votre monde, comme le font encore vos valets locaux, ceux là qui croient toujours que l’Histoire s’écrit en fonction du cours de la Seine ! Vous la craignez autant que vous la méprisez cette jeunesse authentique, nombreuse, rebelle et idéaliste. Elle vous rappelle par sa présence et ses actions que vous ne serez jamais chez vous en Corse et que les prétentions que vous avez vis-à-vis de notre île seront toujours contestées ! Voilà que l’on entend dire dans vos petits cercles élitistes, le refuge de ceux qui jouissent du fait de s’imposer à plus faibles qu’eux, c’est la guerre de la France jacobine contre le réveil légitime des peuples niés et sans état. C’est la volonté de maintenir deux cents cinquante ans de mensonge que vous tenez pour vérité ! Une guerre, des mensonges ? Soit ! Mais peu importe au final, car les impérialistes l’ont ainsi voulu, pas le peuple corse, encore moins sa jeunesse qui n’aspire qu’à la paix et à la liberté !

À ce propos, croyez vous sincèrement qu’elle tienne pour seule ambition, cette jeunesse, de finir ses jours en prison ou de passer son temps à supporter les élucubrations aussi ridicules que malveillantes de ces intermittents de la parole assassine que sont les procureurs français ? Monsieur le Président, je suis incarcéré depuis mes dix-neuf ans, j’ai fêté mes vingt ans et mes vingt-et-un ans en prison, je sais que je fêterai encore de nombreux autres anniversaires loin de mes proches, de mes amis, et de mon pays. Plusieurs jeunes corses croupissent encore dans les prisons françaises, déportés et isolés les uns des autres, pour leur implication dans la lutte d’indépendance et croyez bien que toutes ces souffrances, bien qu’elles soient endurées avec force et dignité, ne procurent aucune satisfaction à ceux qui doivent les supporter. Le tableau semble déjà assez tragique, il nous faut pourtant rappeler les interminables interpellations, auditions et convocations devant les tribunaux qui visent les jeunes militants indépendantistes… Toutes motivées par des motifs absurdes, en témoigne le procès du 12 Février dernier à Bastia, où une dizaine de militants de la Ghjuventù Indipendentista comparaissait pour, entre autre, avoir acheté des bombes de peinture…. Quel observateur digne de ce nom hésiterait dès lors à parler de harcèlement policier et de délit d’opinion ? Voilà les armes de ceux qui nous toisent du haut de leur perchoir vacillant, la répression et la peur qu’ils espèrent susciter par elle. Malgré cela, la vie ne propose pas que des choses qu’affectionnent ceux qui la vivent. Aussi parfois le confort doit-il s’effacer devant l’obligation et le devoir. Nous le savons, et en cela la répression démesurée qui s’abat sur les milieux indépendantistes ne nous dissuadera jamais de nous engager dans le militantisme corse, toujours plus déterminés et plus nombreux. L’intérêt personnel n’étant pas ce qui motive notre engagement, nous ne craignons pas d’avancer d’un pas ferme sur les chemins tortueux qui s’ouvrent devant nous pour défendre ce en quoi nous croyons. « Più cresce a ripressione, più lotta piglia forza », Plus la répression s’accroît plus la lutte se renforce, voilà la seule certitude héritée de 40 ans de lutte nationale, des paroles que nous vous lançons au visage en prenant avec vous le pari que vous ne nous ferez jamais plier par vos condamnations.

Cette détermination que nous affichons dans les bons moments comme dans les situations les plus inconfortables est due à un long et profond travail de politisation de la jeunesse en Corse effectué au moyen de l’action militante et du débat permanent. Une tâche que la Ghjuventù Indipendentista assure à merveille depuis qu’elle s’est reconstituée en Novembre 2012, après avoir définitivement balayé le corsisme ethnique et nauséabond ainsi que la passivité d’une CGC incohérente, bourgeoise et frileuse. Nous considérons cette politisation indispensable pour que la société corse continue d’évoluer vers une émancipation désormais inéluctable. L’apprentissage idéologique, c’est à dire l’enseignement d’un système d’idées, d’une vision de ce qu’est et de ce que doit être l’organisation sociale, est au cœur de notre stratégie de masse et constitue désormais notre meilleur outil pour déboulonner patiemment les rouages du système claniste. Par cette arme nous modifions petit à petit la perception que le jeunesse corse a eu d’elle-même jusqu’à présent, lui donnant enfin les moyens de se réaliser et de s’épanouir réellement, imaginant de ce fait son avenir en fonction de ses propres aspirations. Dans les milieux journalistiques insulaires aussi bien que dans les cercles libéraux et conformistes d’Europe, la mode actuelle consiste à dénigrer les discours idéologiques, à prôner le sacro-saint « pragmatisme », le dépassement des « clivages anciens »… Autant d’absurdités qui constituent justement une autre idéologie, celle de la compromission perpétuelle et de la bienveillance à l’égard des grands influents du moment. La stratégie tacite de ceux qui veulent dicter la marche des consciences par le sifflet du cynisme, sans comprendre que l’Humanité avance au rythme de ses rêves. Il serait donc dépassé de croire en une société autre que celle existante, le progrès résiderait donc dans le fait de regarder à ses pieds et de faire avec ce que l’on a dans l’instant… Nous refusons cette vision médiocre du combat politique, capable uniquement de profiter à ceux qui dominent. Le futur de la Corse dépendra de notre capacité à imaginer et à concrétiser, voilà en somme notre seule ambition ! Nous voyons l’horizon, nous mesurons le chemin à parcourir et nous consentons à fournir les efforts les plus titanesques pour atteindre les cimes que nous visons avec, pour guide et fidèle compagne, la foi imperturbable en notre avenir collectif.

Bien évidement, les convictions ne sont pas incompatibles avec les accords et les consensus, en témoigne la conjoncture Corse actuelle que nous évoquerons plus tard. Mais nous voulons rappeler un fait indéniable valable pour toutes les époques : La réalité n’est pas immuable ! Les idées, lorsqu’elles sont portées avec ardeur et abnégation par des femmes et des hommes capables de tout leur sacrifier, modulent les conditions sociales, façonnent les mentalités et ainsi le progrès et le changement s’imposent même dans les sociétés les plus réactionnaires et les plus conservatrices. Les ignorants diraient aisément que la pluie ricoche sur les montagnes, qu’elle glisse le long de leurs flancs, qu’elle se confond dans les ruisseaux, les rivières, les fleuves et qu’elle disparaît comme s’il n’avait pas plu. De la même manière, certains disent, sans trop de certitude faut-il le préciser, que l’indépendantisme corse passera, qu’il n’est qu’un épiphénomène et que la revendication séparatiste s’estompera d’elle même. Ce serait oublier que la pluie, d’années en années, creuse les plateaux et les ravins, forme les crêtes et recompose le paysage. Qu’ils sachent, les implacables adversaires de la liberté corse, des fascistes du Front National aux jacobins de la gauche bourgeoise en passant par les quelques rescapés du naufrage de la CFR, que la revendication indépendantiste, après avoir été défendue et martelée depuis 40 ans, s’est déjà installée dans les consciences jusqu’à rendre certaines de ses propositions fondamentales évidentes aux yeux de ceux qui les ont si farouchement combattues. C’est cette conscience des choses, cette connaissance des schémas de l’Histoire qui se répètent inlassablement dans tous les pays et à toutes les époques, qui nous fait dire, sans aucun doute, que nos efforts, nos sacrifices et nos espoirs ne seront pas vains. Nous nous souvenons des mots des grands révolutionnaires qui ont changé la face du monde, nous comblons notre manque d’expérience en profitant de celle qui s’exprime à travers les écrits des combattants de la liberté des peuples, des anti-impérialistes, des socialistes révolutionnaires et des anticolonialistes des siècles précédents. Nous entretenons la vision révolutionnaire et libératrice des combattants de 1976 et, sans oublier les dérives militaristes et fratricides du mouvement de libération nationale, nous constatons les changements incroyables et les mutations salutaires de la société corse que 40 ans de combat nationaliste ont engendrés, entraînant la Corse et son peuple toujours plus loin sur la route de l’émancipation. Aussi nous reviennent inlassablement en mémoire les dires immortels du héros de la Sierra Maestra : « Le présent est fait de luttes, l’avenir nous appartient ! »

En effet, cet avenir que nous voulons construire, à travers des institutions qui seront les nôtres plutôt que celles établies par un lointain pouvoir, nous nous en emparons déjà et pas seulement par le verbe, l’activisme ou les discours romantiques. C’est un véritable travail de fond qui se précise toujours plus et qui nous permet désormais de rétablir un certain nombre de vérités à travers notre capacité à proposer et à inventer. Corsica 21 il y a quelques années, et aujourd’hui, le précieux travail qui a permis de produire I Quaterni di l’Indipendenza sont la preuve d’une maturité politique exceptionnelle qui valide le renouveau de la lutte de libération nationale. Ces Quaterni, écrits par une jeune équipe dont les membres sont issus de Corsica Libera et de la Ghjuventù Indipendentista, permettent déjà, à l’aide de chiffres et de statistiques, de briser le principal atout du colonialisme français en Corse. Cet atout c’est le complexe du colonisé, ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui « le syndrome de la châtaigne », un ensemble de préjugés aberrants que les institutions françaises, en particulier scolaires, assistées par les valets locaux du jacobinisme, ont répandu dans les mentalités insulaires au point de faire croire aux Corses qu’ils n’étaient bons qu’à l’exil ou à l’assistanat. La haine de soit, qui caractérise tous les peuples dominés par un pouvoir étranger, tend à se marginaliser alors qu’émergent de nouvelles générations animées d’une volonté émancipatrice et soucieuses de renouer avec leur corsité.

Ces Quaterni di l’Indipendenza nous interpellent sur la grande capacité des petites nations à s’autogérer et à permettre à leurs citoyens de vivre dans la dignité, la paix, la démocratie et la justice. Des états indépendants comme Malte ou l’Islande, dont la population est équivalente ou comparable à celle de la Corse, vivent en sécurité, assurent le développement de leur économie et rivalisent avec les grandes nations de ce monde en terme de niveau de vie. Le mythe des gracieuses subventions allouées à la Corse ne résiste pas à l’exposé qui en est fait, la volonté pour les indépendantistes corses d’inscrire leur démarche dans la communauté européenne est rappelée, les prétendus relents isolationnistes de l’indépendantisme sont vivement balayés, les principes de justice sociale et de solidarité sont clairement défendus. Des chiffres issus d’instituts internationaux sont cités et démontrent le potentiel démocratique inégalé des petites nations du monde en même temps que les prétentions du pays autoproclamé des droits de l’Homme semblent ne plus coïncider avec la pratique réelle de la démocratie en France. En définitive, c’est un véritable projet de société qui se dessine et qui donne à l’indépendantisme corse une dimension bien plus vaste que celle dans laquelle on essaye de le restreindre. En cela nous représentons, plus que jamais, la force de l’avenir et du changement social. Nous sommes l’implacable force au service du peuple corse pour que ce dernier se réapproprie ce que la France lui a confisqué il y a deux siècles et demi, le droit de décider et de vivre en tant que maître de son propre destin.

Car en vérité, la lutte pour l’indépendance ne se résume pas à une vague réaction identitaire contrairement au régionalisme, au corsisme ou à quelques autres visions passéistes. La première motivation, la raison essentielle qui nous pousse à défendre le droit de décider, c’est la profonde aspiration démocratique qui nous habite. C’est une démocratie corse que nous voulons édifier, loin du modèle jacobin et centraliste dont la France s’est faite l »égérie. Une démocratie corse qui rendra le pouvoir au peuple à travers les Cunsiglii di e Pieve afin de tendre vers la seule société qui vaille : celle de l’équilibre entre les représentants du peuple et le peuple lui-même qui doit renouer avec la pratique référendaire et l’expression directe. Une démocratie corse où le citoyen, éduqué et éveillé, obtiendra les moyens de prendre lui-même son destin en main plutôt que de mandater quelques élites pour décider de tout à sa place entre deux élections. C’est la décision populaire, les comités de villages et de quartiers, qu’il faut réinventer et réhabiliter pour ainsi bâtir une nation neuve, moderne et démocratique dans une Europe qui saura l’accueillir. Une République Corse souveraine ayant vocation à coopérer avec les autres peuples européens et méditerranéens. Nous croyons en une indépendance nationale qui sera porteuse de profonds changements sociétaux et qui permettra la modification des relations entre les citoyens ! Car s’il s’agit pour nous de chasser nos maîtres arrogants, ce ne sera pas pour les remplacer par leurs copies locales. Le caractère révolutionnaire de la lutte d’indépendance corse ne réside pas seulement dans la volonté d’amorcer un changement de pouvoir en Corse, mais aussi et surtout de changer la nature même du pouvoir politique. Pour que la libre association des Corses entre eux, la justice sociale et la coopération soient les piliers d’une société nouvelle, plus juste et restreignant au maximum les pratiques clanistes et mafieuses. Des dérives mafieuses qui gangrènent la société insulaire et qui ne sont que le résultat logique d’un capitalisme libéral et anarchique qui sévit dans le foncier et aiguise les appétits des rapaces qui se repaissent de la misère sociale et de la spéculation immobilière, en même temps que l’État Français, trop heureux de ces diversions, laisse faire et observe comme le prouvent les résultats inexistants en matière de résolution des assassinats de droit commun. Le voilà le fameux état de droit démocratique que la France entend maintenir de Centuri à Bunifaziu. Un état de droit que les Corses doivent s’employer à ériger par eux-même en comprenant une bonne fois pour toute que la véritable solution viendra de leur propre volonté., pas de ceux qui prétendent, à des centaines de kilomètres de là, régler le problème national corse par la répression ou l’autisme politique.

Par ailleurs, c’est notre environnement que nous voulons préserver par le biais d’institutions émanant de la légitimité démocratique corse. Un environnement que nous ne voulons plus considérer comme un simple élément décoratif de l’activité humaine mais bien comme un être vivant à part entière qui lui aussi à le droit au respect et à la préservation. Un patrimoine environnemental qui dépend de nous et duquel nous dépendons également. Un héritage que nous nous devons d’entretenir, non seulement par respect pour ceux qui nous l’ont transmis, mais également par amour pour les générations qui nous succéderont. Dans le contexte mondial actuel, où le changement climatique tendra à devenir l’une des préoccupations majeures des sociétés humaines, nous devrons tenir notre rôle et assumer nos responsabilités. Le développement des énergies vertes et l’aménagement harmonieux des territoires plutôt que le bétonnage systématique que vous nous proposez ! La réforme agraire et le partage des terres, la redistribution du foncier pour ceux qui veulent travailler la terre, la réhabilitation des propriétés communales et la dynamisation du pastoralisme plutôt que l’accaparement des terres par les grands trust coloniaux et les promoteurs insatiables ! La révolution verte, associée à une politique de revitalisation des espaces ruraux, aura une place centrale à jouer en Corse et l’écologie devra représenter un moteur fondamental du développement économique de notre pays. Ce pays que vous appelez l’Île de Beauté, et dont vous appréciez à raison les incroyables paysages, n’a pas seulement vocation à émerveiller les touristes qui viennent s’y aventurer, pas plus qu’il n’a à offrir une place de choix aux colons désireux d’y construire leurs résidences secondaires. Ce pays est, avant toute autre chose, destiné à fournir au peuple qui y vit depuis des siècles un espace de développement sain et harmonieux. C’est dans ce cadre que le peuple corse a tout intérêt à redevenir seul décideur des politiques dont dépendra l’orientation future de la société dans laquelle il vie. Le tout-tourisme, l’économie résidentielle et la bétonnisation enrichissent une poignée de nantis en même temps que notre patrimoine environnemental, propriété de toutes et de tous, est dilapidé et sacrifié sur l’autel de la marchandisation. C’est donc ce pas qu’il nous faudra franchir, à nous le peuple de cette terre, en nous réappropriant d’une part le moyen de légiférer et en récupérant d’autre part le patrimoine foncier que les nantis et les banques se sont approprié. Une ambition salutaire que le statut de région française n’est pas en mesure de satisfaire.

Dans cette République Corse tournée résolument vers la modernité et l’avenir, il ne s’agira pas d’oublier notre passé et notre longue histoire. Cette histoire que le peuple corse s’est réapproprié depuis 40 ans malgré les falsifications et les mensonges qui ont jalonné les 250 ans d’occupation française. Nous voulons employer toute notre énergie et les moyens institutionnels dont nous disposerons pour rendre à notre culture et à notre langue, toujours vivante et quotidiennement pratiquée, la place qui lui revient et la reconnaissance institutionnelle qu’elle mérite. La langue corse n’est pas une langue du passé, elle est et sera ce que nous en ferons. Sur cette terre, où l’on ne parle français que depuis 50 ans, nous affirmons que le bilinguisme est le seul projet de société viable et équitable. La domination du français et la non reconnaissance du corse ont créé des conditions propices à la disparition de notre patrimoine culturel et linguistique. Voilà l’essence de l’impérialisme français, en voilà l’expression la plus claire et la moins dissimulée. Dans la Corse française, la culture corse est condamnée à rester une contre-culture, marginalisée qu’elle est par les institutions jacobines établies pour assurer la suprématie du français. Une situation qui contraint les militants culturels à se battre tant bien que mal en faveur de l’apprentissage linguistique, au sein d’associations qui manquent terriblement de moyens. Des conditions qui nous poussent à envisager, à court ou moyen terme, la mise en place de projets basés sur le modèle des Ikastola, les écoles associatives d’immersion en langue basque qui ont organisé jusqu’à aujourd’hui la résistance d’Euskal Herria contre l’oppression culturelle de l’Espagne et de la France. Mais en dehors de cela, la survie de la langue corse et de tout ce qui s’y rapporte exige dès à présent que les autorités françaises intègrent le fait qu’il existe d’autres modèles de société que celui qui prédomine actuellement. Le multiculturalisme, le bilinguisme institutionnel et la liberté de choisir la langue que l’on souhaite parler dans l’espace public, tout en ayant l’opportunité de jouir d’un enseignement en langue corse de qualité, gratuit et obligatoire pour toutes et pour tous représentera pour la société corse l’un des défis majeurs de ce siècle. La coofficialité de la langue corse, à laquelle aspire unanimement la société insulaire, n’est qu’un premier pas et constitue un garde-fou indispensable mais certainement pas un aboutissement en ce que nous n’espérons pas simplement la survie de notre langue, mais encore et avant tout sa revitalisation. À terme, c’est l’enseignement en immersion de la langue corse qu’il nous faudra encourager dans l’école publique et la souveraineté nationale est la condition indispensable à la réalisation d’un tel projet.

La République Corse, voilà donc l’étendard sous lequel nous sommes rassemblés en même temps que nous refusons fermement les discours sectaires et la logique d’affrontement communautaire. Nous sommes d’une génération métissée et la conception que nous avons du peuple corse ne dépend pas de l’origine du nom de famille, de l’accent ou d’autres artifices d’apparence ! Nous disons que ceux qui ne sont pas issus de la communauté corse historique n’ont pas à rougir ni même à se considérer étrangers au sort de notre pays ! Écartant pour toujours les visions racialistes du clanisme français qui réduisent la corsité à une définition ethnique abjecte et sans avenir, nous réaffirmons notre attachement au concept de communauté corse de destin basé sur des critères résidentiels et culturels. Nous défendons l’idée d’une nation corse métissée, constituée d’enfants d’origines diverses mais ayant tous en commun la volonté de décider, de travailler et de vivre en Corse, dans le respect et la pratique de la culture et de la langue corse. Une communauté corse de destin unie et fédérée par la conscience d’appartenir à un même territoire et désireuse de progresser vers l’émancipation sociale et nationale. Une nation corse ouverte et généreuse, qui doit mettre en place les conditions nécessaires au retour des exilés désirant participer à cette longue marche vers la liberté. Quant à tous ces jeunes issus des nouvelles populations de migrants portugais, maghrébins ou même français, qui vivent et qui ont grandi dans notre pays, ceux là qui affrontent les mêmes réalités sociales que nous, qui connaissent les même difficultés et qui pour beaucoup aspirent au même avenir, nous les invitons à comprendre que l’émancipation nationale du peuple corse ne se fera pas sans eux. La Corse de demain appartiendra à ceux qui la bâtissent aujourd’hui, quelle que soit la couleur de leur peau, leurs origines ou leurs croyances. Comme alternative au modèle d’assimilation français qui dénature et altère ce que nous sommes au nom de l’uniformité jacobine, il ne reste que l’intégration active au modèle corse que nous proposons et qui doit passer par l’apprentissage culturel et l’engagement patriotique au service de la lutte d’émancipation. Depuis plusieurs générations, nombreux ont été celles et ceux à s’être intégrés à notre peuple en prenant conscience des réalités que nous venons d’évoquer. Voilà pourquoi nous voulons affirmer qu’être corse ne dépend ni du lieu de naissance ni même du patronyme hérité, mais bien de la volonté claire et assumée de participer à la vie et à la préservation de notre peuple sur sa terre. Nous disons à ceux là que, pour construire la société corse émancipée, il ne s’agira pas d’obéir à une logique ethnique infâme et rétrograde mais plutôt de réinventer de nouveaux schémas de partage et d’appartenance commune. La nation corse n’est pas un concept figé dans l’Histoire, c’est une vision, une revendication qui évolue en fonction des réalités de la société insulaire et qui obéit à une logique ouverte et tolérante. Dans cette nation nouvelle chacun y aura sa place car telle est en vérité la condition indispensable à la survie du peuple corse. Aussi faut-il permettre à ces Corses d’origine étrangère d’assumer leur part de corsité et de la revendiquer face aux clanistes français qui les renvoient systématiquement à leurs origines pour mieux les rabaisser, tentant ainsi vainement de briser l’outil d’intégration indispensable à la survie d’un peuple.

Vers cette république, c’est de manière démocratique et pacifique que nous voulons désormais nous diriger. Nous acceptons de participer à la consolidation du consensus qui unie désormais une large partie de la société corse, des tendances régionalistes françaises jusqu’aux autonomistes et aux indépendantistes corses. Nous saluons les efforts et les remises en question des uns et des autres ainsi que les votes historiques de l’Assemblea di Corsica en faveur de la coofficialité de la langue corse, du statut de résident et de l’évolution institutionnelle, premiers jalons de l’émancipation nationale. Pour ce qui est de la démilitarisation du Fronte di Liberazione Naziunale di a Corsica, nous n’avons pas à juger, du haut de nos vingt ans, les décisions prises par une organisation qui a assuré la survie du peuple corse sur sa terre et permis le réveil de sa conscience nationale. Nous entendons l’appel à la jeunesse lancé par le FLNC et c’est désormais dans la paix que nous plaçons tous nos espoirs. Une paix qui ne se fera pas dans le reniement de notre idéal ! Une paix qui ne se fera pas sur le dos du peuple corse ! Une paix qui nous permettra de convaincre et de démontrer aux Corses la nécessité de nous sauver nous même par notre propre mode d’organisation sociale. En attendant cette libération que nous appelons de nos vœux, la démilitarisation du FLNC nous impose d’investir massivement le tissu associatif et syndical afin de participer à la construction nationale au travers des contre-pouvoirs qui composent la société civile. C’est sur la désobéissance citoyenne et la mobilisation populaire que repose désormais l’avenir et l’aboutissement des revendications que nous portons. L’application des décisions de l’Assemblea di Corsica en matière de coofficialité et de résidence est déjà effective dans certaines communes où les maires, plus courageux que d’autres, ont décidé d’assumer leurs responsabilités d’élus corses. Voilà d’où viendra la résistance à venir ! Voilà le chemin à suivre résolument et sans craindre les pathétiques recours du préfet qui, comme ses prédécesseurs, a tendance à adopter le comportement d’un apprenti gouverneur. Nombreux sont les patriotes à avoir déjà compris la nouvelle configuration des luttes qui s’annoncent et plus que jamais la liberté corse peut trouver des raisons d’espérer.

D’autre part, nous ne saurions tourner la page de 38 ans de résistance clandestine et politico-militaire sans parler des femmes et des hommes qui ont tant sacrifié pour la lutte de libération nationale. L’Histoire n’oubliera pas ceux qui se sont inscrits dans la continuité des Naziunali et des combattants de Ponte Novu. La postérité réhabilitera les combattants du FLNC et les reconnaîtra, si ce n’est déjà fait, comme les infatigables défenseurs de la patrie et de la liberté du peuple corse. Nous savons ce que nous devons à ces générations sacrifiées sur l’autel de l’arrogance coloniale ! Nous honorons la mémoire de celles et ceux qui sont restés fidèles à leur engagement indépendantiste, immortels exemples de la jeunesse corse, alors que tant d’autres ont préféré choisir la voie de la facilité et du reniement. Au-delà du simple cercle nationaliste, l’œuvre du FLNC appartient désormais à tous les Corses et, plus largement, à l’histoire des peuples en lutte pour leur libération. En ce sens, comme l’écrivait récemment un militant de la Ghjuventù Indipendentista dans le Ribombu Internaziunale, nous sommes tous le FLNC ! Nous voyons d’ailleurs des élus et personnalités politiques issus des partis français ou autonomistes qui saluent d’une même voix non seulement la démilitarisation du Front mais aussi le message émancipateur que ses militants ont su porter si vaillamment. Ceux-là, réunis autour d’un message clair et cohérent avec la conjoncture nouvelle, sont déjà nombreux à se positionner en faveur de l’amnistie pour tous les prisonniers politiques et les militants recherchés. Il ne saurait en effet y avoir de paix réelle et définitive qui ne soit profitable à toutes et à tous.
Seuls subsistent encore quelques irresponsables qui, d’articles provocateurs en analyses biaisées, se font un devoir de jeter de l’huile sur les braises encore chaudes du conflit armé. Quelques médiocres qui n’ont existé jusque là qu’à travers la dénonciation de la résistance clandestine et qui sont les seules victimes de ce revirement stratégique dans la mesure où ils n’ont plus rien à dénoncer.

C’est finalement un grand espoir qui souffle à l’ombre du Monte Cintu. Un espoir amplifié par le contexte international en Europe alors que l’autodétermination des peuples suscite un intérêt certains au sein de la communauté international. Le 15 Septembre dernier, les indépendantistes écossais obtenaient 45% des suffrages exprimés lors du vote sur l’indépendance de leur pays. La défaite n’est que de façade car déjà d’autres prérogatives, notamment fiscales, vont leur être concédées par le gouvernement central Britannique en attendant que le peuple ait à s’exprimer de nouveau sur son destin. En Novembre prochain, ce sera à la Catalogne de se prononcer sur son avenir et l’entêtement du pouvoir Espagnol, qui n’a toujours pas rompu avec certains réflexes autoritaires hérités du franquisme, ne parviendra pas à dissuader le peuple catalan de continuer sa marche vers la souveraineté. En Irlande du Nord, les républicains ont remporté une grande victoire électorale au dernier scrutin Européen et l’unification de la République d’Irlande continue, lentement mais sûrement, de se concrétiser. Au Pays-Basque, la gauche abertzale persévère sur la voie du règlement de conflit et de la construction nationale. Les nombreux militants basques qui partagent leur incarcération avec les prisonniers politiques corses renforcent d’autant plus le lien existant entre nos nations et plus que jamais, nous renouvelons notre solidarité internationaliste avec tous les peuples en lutte. Une solidarité qui s’étend jusqu’à l’Océan Pacifique où le peuple Kanak, victime du colonialisme français depuis bien trop longtemps, se prépare déjà à reconquérir sa souveraineté par un référendum sur l’indépendance en 2018. Les voilà donc nos frères ! Dans les ghettos de Belfast, les bidonvilles de Gaza, les banlieues de Bilbo et les quartiers de Glasgow. Nous avançons à leurs côtés conscients que, dans la liberté comme dans la servitude, c’est par un même destin que nous sommes unis.

Voyez donc, Monsieur le Président de la Cour, à quel point les peuples d’Europe et plus largement du monde, n’ont pas renoncé à la vie. De l’Irlande au Kurdistan, du Yucatán à l’Azawad en passant par la Palestine, le Sahara occidental ou la Kabylie, les peuples n’aspirent qu’à recouvrer leurs droits naturels et inaliénables. Sur notre continent, l’affirmation des états-nations qui s’est déroulée durant les deux siècles précédents, de la France à l’Espagne en passant par le Royaume-Uni, a fait son temps. Les guerres et les injustices qu’elle a provoqué sont derrière nous. Le 21ème siècle sera celui de la coopération européenne et du renouveau des nations sans état qui n’ont que trop vécu sous le joug étranger. Même la répression la plus féroce ne saurait entraver la marche de l’Histoire, même les prisons les mieux fortifiées ne pourront étouffer les idées de ceux qui y sont reclus. Car la nature humaine est ainsi faite et il s’en trouvera toujours quelques uns pour ne pas oublier ce qu’ils sont et ce qu’ils peuvent devenir par l’effort et la volonté. Le jacobinisme français, à l’instar des autres idéologies centralistes et impérialistes, n’a plus sa place dans la modernité. L’assimilation, l’oppression culturelle et institutionnelle n’ont plus assez de partisans, de moyens ou de légitimité pour maintenir les peuples dominés sous leur emprise mortifère. Le vent se lève et vos édifices chancellent, ainsi vous croyez que la répression aveugle saura les maintenir encore quelques temps. Ne vous en déplaise, deux siècles et demi de colonisation française n’ont pas su venir à bout de l’œuvre initiée par Pasquale Paoli. Une œuvre que nous achèverons au bénéfice de tous les enfants du peuple corse.

Voilà en définitive, le long réquisitoire de la jeunesse patriotique contre le jacobinisme et, en même temps, la plaidoirie d’une nation qui refuse définitivement de disparaître. Nous sommes déterminés à faire respecter nos droits en tant que peuple, envers et contre tout ! Non seulement pour rester ce que nous sommes mais aussi pour décider de ce que nous voulons être. Nous y parviendrons en dépit des tribunaux coloniaux, des conservatismes et des innombrables injustices que nos familles et nous-même aurons à subir de nouveau. La Ghjuventù Indipendentista, aux côtés de Corsica Libera, du Sindicatu di i Travagliadori Corsi et de tous les Corses de bonne volonté qui croient en notre avenir collectif, est résolue à mettre toute son énergie au service d’une démarche démocratique, populaire et pacifique. Aussi certain que notre capacité à coopérer avec d’autres visions politiques que la nôtre est avérée, nous refusons de renier nos convictions et de nous soumettre aux intérêts que vous représentez. Nous ne reconnaîtrons jamais le principe de la tutelle française en Corse et, en conséquence, nous contesterons en chaque occasion l’autorité de sa police, de son armée et de ses tribunaux. C’est dans la fermeté et l’intransigeance que nous continuerons d’avancer vers l’émancipation du peuple corse et l’édification de notre république ! Persévérant sans relâche vers la reconquête de nos droits nationaux et l’avènement d’une société plus juste, celle des frères plutôt que rapaces, celle des travailleurs plus que des nantis, nous invitons tous les jeunes patriotes corses à rejoindre la Ghjuventù Indipendentista car c’est par la lutte que se construira notre avenir commun. Cette jeunesse courageuse et désintéressée qui, contre le clanisme colonial et la soumission, incarne désormais la conscience éveillée du peuple corse en marche vers sa libération !

O Ghjuventù ! A senterai forse sta chjama che no ti lampemu da ricunquistà i to diritti arrubati. A chjama sincera è rivultata esciuta di dui centu cinquant’anni d’affunu è di culunialisimu. Dui centu cinquant’anni di duminazione francese è d’inghjustizia. A listessa chjama chi ribumbò per Golu quandu casconu l’antichi sottu à la bandera di a Republica Corsa per difende a libertà. Quella chjama storica è paisana chi dapoi quarant’anni face tremà a citatella culuniale è i latroni chi ci sò chjosi. U messaghju che no vulimu purtà, per tutti i figlioli di sta terra, da custruì inseme l’avvene di a Corsica Nazione, ùn pianteremu mai di fà lu campà.
Fora di e bugie conte, di a storia ch’elli hanu scritta à modu soiu da serve a so opera imperialista, ti chjamemu, o ghjuventù corsa, à fà toiu u passatu, u presente è u destinu di sta terra. Quella redita maiò di l’antichi, u nostru ghjuvellu cumunu che no duvimu pruteghje è liberà ! Piglia puru cuscenza di ciò che tù si, sangue ardente di u populu corsu è sumenta di e lotte à vene. Ricusa la cavezza ch’elli ti volenu pone da rendeti manza ! Scuzzula i ferri lordi di e lege straniere è dà ti i mezzi di sceglie è di pruclamà e toie ! Sbattendu per u sempre l’intrave è e fune francese, fà fronte intornu à a listessa bandera, a tela bianca ornata di u moru. Seguitendu a via tracciata da quarant’anni di lotta è di sacrifizii, fà ne puru spazzosa di lu so stracciu triculore è di tutti i simbuli impurtati chi ùn sò mai stati toi !
Ghjuventù corsa, primurosa che tù si di u to diventà è di ciò chi serà a Corsica da cui à pocu, ùn lascià e forze di u cunservatisimu è di l’imperialisimu parà a via à l’emancipazione chi hà da vene ! Fà chi quelli chi hanu datu a so vita per sta lotta è l’altri, numarosi, chi sò chjosi per ste prigione, ùn appianu suffertu in vanu !
Ardita, arritta, accanita è sempre pronta à la mossa, chjappa a manu ch’ella ti stende a Ghjuventù Indipendentista è marchja accantu à quelli chi sò decisi à battesi da fà rinasce a republica di u populu corsu ! Quelli patriotti chi hanu sceltu, oghje è sinu à ch’ella rinasca a Libertà, a strada di a lotta è di a resistenza ! »

A NOSTRA CUSCENZA HÈ RESISTENZA !
LOTTA GHJUVENTÙ L’AVVENE SI TÙ !

NICOLAS BATTINI

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