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Corse – Retour à l’union nationaliste ? Par Gilles Millet

Au cours des journées de Corte, Corsica Libera, qui avait rompu l’union entre nationalistes en 2007, aprés avoir invité des représentants des courants modérés, veut à nouveau s’allier avec eux en vue des Territoriales de 2014.

Enquête

Les temps changent. Les opinions aussi. En 2007, aux journées de Corte, Corsica Nazione, devenu Corsica Libera, avait décidé de ne compter que sur ses propres forces et, tout en se rapprochant d’une ligne franchement indépendantiste, s’était prononcé pour des primaires entre nationalistes aux prochaines élections. Une manière de rompre l’union avec les nationalistes modérés (qu’ils qualifiaient à l’époque « d’évolutionnistes ») avec lesquels ils siégeaient à l’Assemblée de Corse depuis les élections de 2004.

Cette année, à Corte, c’était le contraire. Non seulement Corsica Libera avait invité à la tribune toutes les tendances du courant modéré (PNC, Chjama, Verdi Corsi) qui étaient absentes en 2007, mais lancé un appel vibrant à l’union entre tous les mouvements nationalistes en vue des Territoriales de 2014. Pourquoi ce revirement ? C’est sûr, les acteurs ne sont plus exactement les mêmes. En devenant Corsica Libera, Corsica Nazione a fusionné avec le Rinovu et Paul Félix Benedetti, comme Jean-Guy Talamoni, est devenu conseiller territorial et l’un des poids lourds du mouvement. Et le FLNC, proche de Corsica Libera, a intégré une partie du FLNC du 22 octobre. Le mouvement clandestin qui accompagnait, voire précédait, la démarche de Corsica Nazione en 2007 (une vidéo des clandestins avait été diffusée, à l’époque, lors des journées de Corte), semble aujourd’hui plus réceptif à une démarche d’ouverture permettant aux nationalistes d’accéder aux plus hautes responsabilités. C’est ce qui ressortait de la conférence de presse qu’il a accordée à notre mensuel en juin 2010 (voir Corsica n° 129). Et ce n’est pas contredit par la récente conférence de presse qu’il a tenue après l’assassinat de Philippe Paoli en juillet dernier, même si ce n’était pas le sujet du jour. Mais, surtout, la perception stratégique a changé du côté de Corsica Libera. Après les élections territoriales de 2004, bon nombre de militants de Corsica Nazione s’étaient sentis floués par une union avec les nationalistes modérés qui leur avaient, d’une certaine manière, ravi la vedette au sein de l’Assemblée. Une Assemblée où ils ne semblaient ni faire entendre leur voix et encore moins peser sur les dossiers. C’est ce qu’avait dénoncé en septembre 2005, dans Corsica, Paul Quastana, qui, écarté de l’Assemblée (en partie pour cause d’Union), ne s’était pas privé de dénoncer l’attitude de Corsica Nazione dont il avait été un des leaders. Son point de vue allait passer jusqu’à l’Exécutif de Corsica Nazione qui, lui aussi, allait finalement décider de rompre l’union avec les modérés en 2007. « De manière unilatérale » avait commenté à l’époque le patron du PNC, Jean-Christophe Angelini, suivi par Jean Biancucci qui pensait que les primaires envisagées par Corsica Nazione lui semblaient « une procédure qui, dans bien des endroits, peut paraître artificielle et surtout affaiblir l’ensemble du mouvement ».

Corsica Nazione avait tenu bon en espérant sans doute resserrer ses troupes.

Paul Quastana avait lui même montré l’exemple en se présentant, dans le sud, contre Jean-Christophe Angelini dont il avait amoindri le score contre Camille de Rocca-Serra aux législatives de 2007.

Alors, que s’est-il passé entre la rupture de 2007 et l’appel à l’union de 2011 ? Évidemment les élections territoriales de 2010, les excellents résultats obtenus par les listes nationalistes, même si Corsica Libera, avec ses quatre élus, faisait triste mine au regard des onze élus des modérés qui ont failli accéder à l’Exécutif. Et si Corsica Libera n’est pas sorti énormément renforcé numériquement dans cette affaire (on est passé de trois élus à quatre) il a prouvé qu’il représentait un courant nationaliste non négligeable sur l’échiquier politique corse. Tout en bénéficiant du succès de l’ensemble des listes nationalistes. Par ailleurs, la gauche, majoritaire à l’Assemblée, a mené une politique plus proche des nationalistes. En avalisant ainsi l’idée qu’ils étaient, eux, les véritables réformateurs de la Corse. Et les seuls moteurs de la vie politique insulaire, ce que l’on savait déjà, mais ce dont ils n’ont jamais vraiment profité. Comme l’a rappelé Paul Félix Benedetti à Corte, les idées nationalistes ont été reprises dans tous les domaines. Qu’il s’agisse de la culture, de la langue, de l’énergie, de la protection de l’environnement, de la lutte contre la spéculation. Sans parler du foncier et de l’immobilier ou un récent document de l’Exécutif de l’Assemblée n’exclut pas de se prononcer pour une sorte de citoyenneté corse qui passerait par un droit de résidence de dix ans (voir dossier), une revendication lancée par Corsica Libera. Tout cela a entraîné l’idée, chez les nationalistes des deux bords, que l’accession au pouvoir était possible. Notamment lors des prochaines élections territoriales de 2014. D’où, sans doute, l’idée de Corsica Libera de relancer l’idée d’une union entre nationalistes. Une manière de « doubler » sur ce terrain les modérés qui ont les mêmes ambitions, mais qui comptent surtout élargir leur électorat hors des milieux nationalistes. Comme ils l’ont fait lors des Territoriales. Comme Jean-Christophe Angelini l’a fait lors des récentes élections au Conseil Général. Il est à noter, en ce qui concerne ce dernier exemple, qu’à cette époque Corsica Libera avait déjà changé son fusil d’épaule en soutenant le candidat du PNC au deuxième tour. Ce qui, d’une certaine manière, annonçait leur appel à l’union.

Si cela n’a pas formellement été annoncé à Corte, l’idée de Corsica Libera est d’aller séparer au premier tour des territoriales de 2014 et de fusionner au deuxième tour à partir d’un programme établi en commun.

Pour l’instant, du côté des modérés, on ne condamne pas, loin de là, cette initiative d’union de Corsica Libera, même si on la trouve, pour l’instant, très prématurée. « Nous ne sommes fermés à rien » dit-on de leur côté. « Mais nous avons largement le temps d’aborder cette question-là. Nous sommes en 2011 et les prochaines élections n’ont lieu qu’en 2014. L’union n’est pas impossible mais il faudra d’abord régler un certain nombre de questions concernant notamment la violence, l’indépendance, la stratégie de rupture, etc. Et surtout que cette union ne se limite pas à un rassemblement nationalo-nationaliste ». En effet, les modérés tiennent absolument à ratisser large, ce qu’une union avec les radicaux pourrait pénaliser. Ils pensent par ailleurs, sans vouloir le dire publiquement, que l’initiative de Corsica Libera est avant tout à usage interne et une tentative de récupération, à leur profit, des résultats obtenus par les modérés. « Attention, également, au repli identitaire » dit un leader du PNC. « Sans oublier, ajoute-t-il, qu’en Corse, aujourd’hui, aucune famille politique n’a les moyens de gouverner seule la Collectivité et, par extension, la Corse ». « Par ailleurs « ajoute un responsable de la Chjama, il existe sans doute des différences entre nous à propos de nos conceptions de la communauté de destin. Est-ce que l’on doit fabriquer la Corse de cette communauté de destin, ou la Corse des nationalistes ? C’est une question de fond. Et puis il n’y a pas que l’Assemblée, il faut se poser des questions très concrètes en ce qui concerne les communes et la gestion quotidienne de leurs problèmes ».

« À Corte, notent les modérés, il ne s’agissait que d’une prise de contact et non d’un premier dialogue entre nous. Il ne faut pas brûler les étapes. Il faudra maintenant discuter et aborder tous les problèmes sans faire l’impasse sur nos différences. Et puis on verra… »

Une prudence qui n’exclut pas un accord final entre nationalistes, mais qui le temporise grandement. D’autant que, si du côté de Corsica Libera on n’aura aucune peine à établir une liste pour un deuxième tour en 2014, il n’en sera pas de même du côté des modérés qui, on le sait, sont composés de plusieurs tendances qui défendront cher leurs places. On comprend alors leurs réticences, même si ce n’est qu’un problème parmi d’autres.

L’histoire réécrite

C’est sûr, ce n’est pas aussi caricatural que la propagande stalinienne qui, sur les photos historiques, effaçait les leaders déchus. Mais, sur les panneaux qui, cette année, illustraient les trente ans des journées de Corte, il y avait des manques : des clichés des premiers leaders nationalistes, des images de François Santoni et Rossi et surtout des informations sur la séquence de 1993 où le FLNC était venu revendiquer sous les applaudissements l’assassinat de Robert Sozzi. Interrogés, certains leaders de Corsica Libera expliquaient en souriant qu’il valait mieux oublier les mauvais moments. Les auteurs de l’expo affirmant : « Ce ne sont que des photos. On ne pouvait pas tout mettre… ». Ben voyons.

http://info.club-corsica.com/poli_144_002.

 

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