Produit CORSU E RIBELLU

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(Unità Naziunale – Publié le 27 mai 2018 à 15h18De bobards, les Corses n’en ont jamais manqués. Ils les ressassent souvent par ignorance ou par réflexes d’autocolonisés. Comment ignorer à ce jour que, malgré son histoire, sa culture et sa langue, la Corse est considérée par la République comme un territoire qui doit rentrer dans le moule jacobin et servir ses intérêts.

«Incapables de s’administrer… ancu di grazie ch’ellu c’hè u statu pè mantene un pocu d’ordine è di rispettu di e lege » – La langue corse dépend de la seule volonté des Corses et non de la coofficialité – « Il faut négocier avec le pouvoir central et non l’affronter » – Un pays merveilleux, où il y a beaucoup à faire, dommage qu’il y ait les Corses… – « Les Corses sont porteurs d’un gênes de la criminalité » (un procureur de la République) – « Il n’y aura plus de problème corse quand l’île aura plongé un quart d’heure sous l’eau » (Clémenceau)… Plus jeune, ces balivernes me faisaient rager, puis elles m’ont fait sourire aux dépens de qui les proféraient.

Aujourd’hui, elles m’inquiètent quand elles sont colportées par des Corses eux-mêmes car elles signent une profonde erreur qui ne devrait plus avoir cours après des décades d’explications par les natios et de louvoiements par l’État.

L’ordre et le respect de la loi ?

Quid des torrents de votes par correspondance qui noyait les urnes du suffrage universel sans que les autorités ne sourcillent ?

Ce furent les natios qui commencèrent à redonner un peu de dignité civique en luttant contre une fraude énorme, listes trafiquées, bourrages d’urnes… la complicité de la République avec les clans était sur ce sujet évidente.

Négocier avec le pouvoir central?

Il a pratiqué hier une fausse négociation avec certains clandestins, sous prétexte de faire cesser les violences, pour tenter de les dresser les uns contre les autres… Aujourd’hui, face à une majorité natio légitimement élue qui demande la prise en compte du Padduc voté par les Assemblées « d’avant » , ce pouvoir affiche sa rigidité de jacobin, exprime colère froide et mépris, s’ingénie à les encorder pour les pendre (art.72-5 et mise en place de l’Assemblée Unique). « Les élus locaux ne font pas la loi » et ils ne la feront jamais, tel est le défi qu’ils ont relevé.

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Comment ignorer à ce jour que, malgré son histoire, sa culture et sa langue, la Corse est considérée par la République comme un territoire qui doit rentrer dans le moule jacobin et servir ses intérêts, aucune spécificité n’étant à prendre en compte au nom d’un égalitarisme doctrinal uni formisant. Une doctrine qui refuse toute existence légale à la diversité, donc de nature antidémocratique.

Tout juste si l’insularité, fait géographique, oblige à prendre de temps à autre quelque mesure passagère. Par contre nous comprenons parfaitement que, quel que soit notre statut, la France quel que soit son régime républicain ou autre ne peut admettre que l’île près de sa façade sud puisse être une menace pour sa sécurité. Ce qui est vrai pour les États européens et l’Europe demain si elle finit sa construction.

Mais comment oublier que l’île n’a été pour cette République qu’un réservoir d’hommes pour ses guerres et son Empire colonial ? Comment ne pas comparer avec la Sardaigne qui, avec un statut d’autonomie encore perfectible, a non seulement rattrapé en 50 ans son énorme retard mais a des perspectives d’avenir réalistes. La Corse reste affaiblie, vulnérable, assistée, aliénée, abreuvée de plans de développement économique depuis toujours, le plus souvent néfastes (agriculture de la Somivac, développement touristique de la Datar/Hudson Institute, sans oublier les essais atomiques de l’Argentella présentés par les envoyés du gouvernement comme un prolongement de la saison grâce à la présence d’un personnel de cadres à hauts revenus…). Des mensonges grossiers, le plus souvent habilement et constamment entretenus.

Comment espérer sauver notre langue par un bilinguisme géré par l’État Républicain alors que les experts de l’Unesco disent le contraire après leur étude exhaustive de toute les langues régionales ou minoritaires de toute la planète ? Y a-t-il encore un cerveau corse avec un QI moyen pour y croire ? Leur méconnaissance des processus linguistiques sur le long terme de 20, 30, 40 ans est-elle aussi profonde pour se laisser berner par une telle désinformation orchestrée. J’attends pour me remettre en cause qu’ils soient capables de réfuter un par un les arguments des experts de l’Unesco. Lesquels disent sans fioriture que dans un pays où une seule langue est officielle cela veut dire que les dirigeants ont choisi une politique d’assimilation forcée. C’est bien là, la raison du refus de la coofficialité par l’État jacobin républicain.

Certes l’avenir de leur langue dépend de la volonté des Corses.

Certes il faut inciter à la parler le plus possible pour freiner la courbe de son déclin en vue de sa disparition programmée et ne serait-ce que pour témoigner de l’esprit d’une résistance farouche et surtout rappeler l’exigence du droit légitime de la sauver par la coofficialité sans laquelle le volontarisme des individus ne peut rien. Il faut les deux : le volontarisme et la coofficialité, le volontarisme avant avec la force du désespoir, après pour la « normalisation » comme disait les Catalans libérés de Franco.

Réservoir d’hommes vidé, la Corse retrouve un intérêt pour les jacobins, celui d’un développement touristique qui est surtout profitable aux intérêts des producteurs extérieurs. Les insulaires ne ramassant que des miettes du festin : une vocation paillote, camions de pizza, coureurs de subventions, ferrailleurs de moratoires et pisteurs de la manne républicaine d’emplois sûrs administratifs publics ou parapublics distribués par les clans, etc.

Plus de liberté, moins de dépendance, plus de créativité et de solidarité, plus de dignité.

C’est là l’exigence éthique qui s’impose aux natios majoritaires s’ils veulent apporter une contribution décisive à leur Peuple condamné par le système jacobin. Si les jacobins locaux ont du prendre la porte, il en reste derrière avec des clones sécrétés près à revenir avec l’aide de Jupiter irrité par son face à face avec la majorité natio.

Il les utilisera comme cure-dents.

La mission qui motive et justifie les natios est celle du drame de la disparition dans les oubliettes de l’histoire de leur Peuple sur son territoire victime du colonialisme par assimilation de la République.

Parvenus à la prise de l’institution avec une majorité absolue, prenant le relais du Padduc qui avait été voté par l’ancienne majorité et le voulant comme base de discussion pour pouvoir représenter la presque unanimité des Corses, ils se sont crus incontournables démocratiquement.

Jupiter a aussitôt fait savoir sa décision : contraire à sa toute puissance, les natios élus locaux veulent péter trop haut ?

À genoux !

Le blocus des natios par l’État jacobin, ses comparses clanistes ou opportunistes les collent au mur. Ils ne peuvent plus compter sur un consensus trop mou d’éventuels alliés. Ils sont seuls contre tous. Pour tenir ils leur faut une force populaire plus enracinée dans le Peuple que ne peut l’être une force électorale où le jeu des circonstances est trop souvent prépondérant.

Cette force démocratique ne peut pas voir le jour sans un parti, une organisation de terrain qui soutienne toutes revendications légitimes et fasse le tri dans la meilleure des proximités entre les causes constantes des difficultés qui nécessitent des réformes structurelles à plus ou moins long terme et celles sur lesquelles ont peut avoir prise plus vite. Cette organisation doit être en échange permanent avec ses élus pour recevoir les informations institutionnelles et leur communiquer les données du terrain. Les différentes régions (pièves) doivent échanger entre elles pour mieux cerner les problèmes et leurs tonalités un peu différentes (montagne, piedmont, bord de mer, villes et leurs couronnes, villages de l’intérieur, activités et populations…) et qui peuvent évoluer. C’est le parti qui propose à partir des régions des candidats aux élections et ce sont ses instances qui les reçoivent et les choisissent pour mener la politique élaborée au sein du mouvement après des débats transparents. Il n’est de force populaire sans un parti réellement démocratique.

Or la fusion des autonomistes est retardée. C’est une première épreuve à surmonter. Il n’est pas encore trop tard. Épreuve difficile cependant qui à mon avis va demander une période transitoire.

En effet comment avoir une base en partant d’élus d’une alliance électorale ou autrement dit comment faire en sorte que les logiques électorales des uns et des autres ne gâchent la sauce.

Les statuts sont votés, on les appliquent au mieux et on les modifie et/ou on les complète si besoin par une AG quelque temps après, avant une échéance électorale importante.

Il est entendu que l’avènement d’une force populaire émancipatrice réside en premier dans un parti démocratique de terrain qui incombe aux autonomistes fusionnés. Ils ont une lourde responsabilité.

Ils ne peuvent pas ne pas être à la hauteur.

Max Simeoni sur ARRITTI