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Ainsi après la fin du conflit armé en Irlande et l’annonce de l’arrêt de la lutte armée par ETA au Pays basque Sud, l’annonce du FLNC du 25 juin 2014 (Cf. infra le Volet 1) semble refermer le dossier des trois dernières luttes armées en Europe occidentale.

Pierrot Poggioli fait l’historicité des luttes armées en Europe Occidentale dans ce second volet

VOLET 2

Nous terminons d’abord un tour d’horizon sur les luttes armées concernant les états-nations en Europe.

1) Concernant la France, en dehors du FLB-ARB pour la Bretagne, d’Iparretarrakpour le Pays basque Nord et du FLNC pour la Corse, des luttes sont menées dans les colonies françaises des DOM-TOM…

 

Antilles  

gwadloup UPLGDu GLA  (groupe de Libération Armée en Guadeloupe)  à l’ARC  (Alliance Révolutionnaire Caraïbe)

  19 février – 1er mars 1968 : Procès des militants et sympathisants du Groupe d’Organisation Nationale de la Guadeloupe (GONG) inculpés d’atteinte à l’intégrité du territoire national  devant la Cour de Sûreté de l’Etat : 6 condamnations à la prison avec sursis.

3-17 avril 1968 : Procès de militants politiques et d’émeutiers en mai 1967 (Tribunal de Pointe-à-Pitre – Guadeloupe) : 6 condamnations à la prison ferme et 11 à la prison avec sursis.

10 octobre 1974 : Création du Mouvement Guyanais de Décolonisation (MOGUYDE).

13 décembre 1974 :  » Complot de Noël  » en Guyane : 13 militants du Mouvement Guyanais de Décolonisation (MOGUYDE) et de l’Union des Travailleurs Guyanais(UTG) sont emprisonnés. L’UTG déclenche la grève générale.

1978 : Création de l’Union Populaire pour la Libération de la Guadeloupe (UPLG).

1980 :Le groupe de Libération Armée (GLA) est à l’origine, durant l’année, de plusieurs attentats en Guadeloupe.

3 janvier 1981 : Attentat contre le palais de justice de Fort-de-France (Martinique).

5 janvier 1981 : Attentat du GLA contre Chanel, à Paris,.

28 mai 1983 : Seize attentats à la Guadeloupe, à la Martinique, en Guyane et un à Paris sont revendiqués par l’Alliance Révolutionnaire Caraïbe (ARC). La date choisie pour ces attentats renvoie au 28 mai 1802, jour de la défaite des révolutionnaires guadeloupéens face aux armées françaises venues rétablir à la fois le contrôle de la métropole et l’esclavage.

22 juin 1983 : Quatre attentats à l’explosif, revendiqués par l’ARC, à Paris visant trois agences d’Air France et le musée des arts africains et océaniques.

14 novembre 1983 : Six attentats à la bombe en Guadeloupe, revendiqués par l’ARC (Vingt-trois blessés dans l’attentat de la préfecture de Base-Terre). L’ARC prône la lutte armée pour l’indépendance de la Guyane, de la Martinique et de la Guadeloupe.

3 mai 1984 : Le Conseil des ministres du gouvernement français dissout l’ ARC.

Février 1985 : Luc Reinette, chef présumé de l’ARC, est arrêté en Guadeloupe.

13 mars 1985 : Un attentat cause la mort de trois personnes en Guadeloupe.

16 juin 1985 : Quatre indépendantistes, dont Luc Reinette, Henri Amédien et Henri Bernard, s’évadent de la prison (Basse-Terre-Guadeloupe).

22-28 juillet 1985 : Emeutes en Guadeloupe pour la libération de Georges Faisans, condamné à trois ans de prison pour avoir blessé, avec un sabre, un enseignant français qui avait administré un coup de pied au postérieur d’un élève guadeloupéen.

21 juillet 1987 : Fin du  » marronnage moderne  » de Luc Reinette, Henri Amédien et Henri Bernard,  remis aux autorités françaises par le gouvernement de St-Vincent et les Grenadines.

25-30 novembre 1987 : L’ARC commet vingt et un attentats en Guadeloupe.

Avril 1989 : Arrestation de vingt-cinq militants de l’ARC.

23 mai 1989 : Amnistie des nationalistes guadeloupéens dont Luc Reinette, condamné quelques semaines plus tôt à 33 ans de prison.

Nouvelle Calédonie

Drapeau_KanakyLa Nouvelle Calédonie, même si la situation de révolte des kanaks ne s’exprime pas par le biais d’une organisation armée clandestine, connaîtra elle aussi des situations de violence politique dramatiques, conséquence de la politique coloniale française en Kanaky.

Durant les années 70-80, la situation politique y est tendue. Durant les années 80, la métropole française appelant à une immigration massive de citoyens européens ou originaires d’Outre-mer vers l’archipel océanien pour « minoriser » les kanaks sur leur terres[] : la situation se tend. Des militants indépendantistes du FLNKS attaquent des maisons d’éleveurs « caldoches ».

Le 5 décembre 1984, en représailles, une embuscade est menée à Hienghène : dix indépendantistes sont tués, dont deux frères du leader indépendantiste Jean-Marie Tjibaou

En janvier 1985, l’indépendantiste kanak du FLNKS,  Éloi Machoro est abattu par le GIGN, devenant un martyr pour les kanaks

22 février 88 : 10 gendarmes sont pris en otages, vingt autres blessés, leurs armes saisies! Finalement après plusieurs jours de tension, les gendarmes seront relâchés.

Le vendredi 22 avril 1988 au matin, à Fayaoué, (Île d’ Ouvéa)  deux jours avant le 1er tour des élections présidentielles, des membres du  FLNKS, attaquent la  gendarmerie (les trois gendarmes permanents étant récemment renforcés par 28 gendarmes mobiles), dans le but de l’occuper jusqu’au jour du 2ème tour des Présidentielles en prenant les gendarmes en otages. L’attaque est dirigée par Alphonse Dianou et ses hommes, forts du déroulement des événements de Tieti deux mois plus tôt. Quatre gendarmes sont tués par balleset trois indépendantistes légèrement blessés[.. Les vingt-sept autres gendarmes, désarmés, sont pris en otage et séparés en deux groupes. Le premier groupe, mené par Chanel Kapoeri, se rend dans le sud de l’île à Mouli, où les otages sont finalement libérés trois jours plus tard, à la demande des « anciens » et des coutumiers. Le second groupe de 16 otages conduit par Alphonse Dianou (ancien séminariste responsable des jeunes du FLNKS) est conduit dans une grotte près de la tribu de Gossanah.

Des actions similaires étaient prévues à Lifou et Maré, mais elles n’eurent pas lieu pour des raisons coutumières diverses.

L’assaut est lancé sur la grotte d’Ouvéa. Il est 21 h à Paris. L’Élysée n’aurait pas été tenu informé, selon Gilles Ménage.

Soixante-quinze hommes participent à l’assaut. Les preneurs d’otages combattent dans des postes de combat défendant l’accès de la grotte avec une mitrailleuse AA-52, des fusils et des FAMAS pris lors de l’attaque de la gendarmerie. Dix-neuf des preneurs d’otages et deux militaires sont tués lors de l’assaut. Les gendarmes retenus en otages sont libérés.

26 juin 1988 : Jean-Marie Tjibaou, pour le FLNKS, et Jacques Lafleur, pour le RPCR, signent les accords de Matignon-Oudinot sous l’égide du  1er ministre  d’alors, Michel Rocard.

4 mai 1989 :  : assassinat à Ouvéa de Jean-Marie Tjibaou  et de son N°2 Yeiwéné Yeiwéné par un militant radical du FLNKS, Djubelly Wéa, qui n’a pas accepté les accords.

Les Accords de Matignon-Oudinot conduiront à la signature des Accords de Nouméa le 5 mai 1998, introduisant le principe d’une consultation d’autodétermination.

Les élections provinciales  qui ont eu lieu le dimanche 11 mai 2014   marquent une date importante pour l’ avenir de la Nouvelle-Calédonie, ce territoire français situé au milieu du Pacifique, entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Depuis près de seize ans, ces élections sont attendues par les Calédoniens comme une étape décisive dans le processus d’autonomisation du « Caillou ».

Le  nouveau Congrès issu de ce scrutin devra fixer la date du Référendum d’autodétermination prévu par l’accord de Nouméa de 1998 entre l’Etat français et les forces indépendantistes et loyalistes (non-indépendantistes). Si les élus du Congrès, réunis à la majorité des 3/5èmes, ne parviennent pas à  s’accorder sur une date d’ici 2018 (fin de la mandature du Congrès), l’Etat français de  fixera, d’autorité, une échéance.

Le statut actuel de la Calédonie ?

Située à quelque 17 000 km de Paris, elle a un statut unique au sein de l’Etat français. D’abord territoire d’ Outre-mer sous la IVe République, elle a connu divers statuts juridiques jusqu’à la période d’insurrection quasi généralisée dite des « événements », close en 1988 par la signature des Accords de Matignon. Ni DOM ni COM, elle jouit depuis d’une large autonomie, renforcée en 1998 par l’Accord de Nouméa, traduit dans les art. 76 et 77 de la Constitution.

A l’issue de ces nouvelles élections, aucun bloc n’est parvenu à remporter les 3/5èmes du Congrès permettant de fixer une date de référendum.

Le contenu du Référendum ?

L’accord de Nouméa en 1998 introduit le principe d’une consultation d’autodétermination. Selon l’article 5  : « La consultation portera sur le transfert à la Nouvelle-Calédonie des compétences régaliennes, l’accès à un statut  international de pleine responsabilité et l’organisation de la citoyenneté en nationalité. ». Cet article prévoit également la possibilité d’ organiser trois référendums successifs en cas de réponse négative.

Pour les indépendantistes, le respect de l’article 5 est absolument non négociable car, comme l’expliquait pendant la campagne le Kanak Daniel Goa, président de l’Union calédonienne-FLNKS, dans une interview à la chaîne de télé NC 1ère : « L’histoire de la colonisation nous a appris que tout ce qui s’appelle ‘alternative’, pour nous, c’est des concessions ».

Côté loyaliste, on souhaiterait éviter un référendum tel qu’il est prévu par l’accord de Nouméa. Philippe Gomès, président de Calédonie ensemble, explique qu’il est opposé à un référendum qu’il qualifie de « frontal et stérile » qui « engendrerait des tensions entre Calédoniens et un fort attentisme économique ».

Qui pourra y participer?

Il existe trois corps électoraux en Nouvelle-Calédonie : un classique pour les élections nationales (présidentielle, législatives…) une liste spéciale composée pour les élections provinciales et un corps défini uniquement pour le référendum. Selon l’art. 218 de la loi du 19 mars 1999 organique relative à la Nouvelle-Calédonie, pourront y participer :

1) Les personnes ayant été admises – ou qui remplissaient les conditions nécessaires –  à participer au référendum du 8 novembre 1998 validant l’Accord de Nouméa, soit toute personne de nationalité française résidant en Nouvelle-Calédonie depuis au moins le 6 novembre 1988.

 2) Les personnes pouvant «justifier d’une durée de vingt ans de domicile continu en Nouvelle-Calédonie à la date de la consultation et au plus tard au 31 déc. 2014 »

Mais difficile pour autant de préjuger de l’issue du scrutin, ne s’agissant pas des mêmes listes d’électeurs que celles des élections provinciales. En effet, l’Accord de Nouméa n’a pas défini le corps électoral des provinciales de 2014. Entre 1999 et 2007, ce point polémique a divisé la scène politique entre les tenants d’un corps électoral« gelé » ne comprenant que les personnes présentes en Nouvelle-Calédonie avant le 8 novembre 1998, et les partisans d’un corps électoral « glissant » accordant la citoyenneté calédonienne à quiconque pouvant justifier une présence continue de dix ans en Nouvelle-Calédonie. La question a nécessité plusieurs années de recours, ainsi qu’un passage par le Conseil constitutionnel et plusieurs au Parlement, avant de pouvoir être tranchée. C’est finalement le corps électoral « gelé » qui a eu la préférence du Parlement français.

Quelles alternatives ?

Les indépendantistes ne sont pas prêts à négocier le principe d’une indépendance de la Nouvelle-Calédonie, le FLNKS ne revendique cependant plus l’« indépendance kanak socialiste », mais plutôt une forme de partenariat entre la France et un Etat souverain.Quant aux loyalistes, ils désirent que l’archipel reste au sein de la République française.

2En Espagne, en plus d’ETA, d’autres mouvements armés de libération se développent durant ces années 70-80.

Catalogne

keep-calm-and-catalonia-independenceTerra Lliure (Terre libre en Catalan) est une organisation armée luttant pour l’indépendance de l’ensemble des Pays catalans, qui a entre 1978 et 1995. Il a été officiellement dévoilé lors d’un match de football au Camp Nou (Barcelone) le 23 Juin 1981, dans le cadre de la campagne du mouvement crée à Som « Nous sommes une nation ». L’organisation tient sa première réunion dans le sud de la France.

À l’origine, la plupart de ses membres proviennent de l’Exèrcit Popular Català(EPOCA) du Front d’Alliberament Català (FAC) et du PSAN-provisional, une scission du Partit Socialista d’Alliberament Naciona (PSAN). L’organisation a commis environ 200 attentats, tuant une personne et en blessant plusieurs autres. Plus de 300 de ses membres furent arrêtés. Quatre de ses militants meurent lors d’attentats.

Dans son premier document public, « Terra Lliure Crida » (Appel de la Terre Libre : « Pays Catalans » le 24 Juin 1981), se définit comme «organisation révolutionnaire combat pour l’indépendance totale des Pays Catalans » et appelle à « la lutte contre le processus de destruction systématique imposé à notre nation, se référant à la » destruction politique qui implique la séparation de la région catalane en trois régions autonomes avec des langues, des symboles et des institutions différentes… « .

Ses débuts sont axés sur son organisation et son renforcement. Le 26 Janvier 1979, un de ses membres, Martí Marco, 19 ans meurt en tentant de fuir la police nationale, peu de temps après Felix Goñi meurt dans l’explosion de la bombe qu’il manipulait (Bruc).

Enlèvement et attentat contre Federico Jimenez Losantos

Du 21 mai 1981, Federico Jimenez Losantos, professeur (école du centre Puig Castellar de Santa Coloma de Gramanet) et un autre enseignant, Isabel Izquierdo, sont enlevés par Terra Lliure. Federico Losantos Jiménez était devenu la cible de l’organisation suite à sa promotion du Manifeste 2300 d’un député du Parti socialiste de l’Andalousie au Parlement catalan, signé par des intellectuels et des professionnels dénonçant la situation des locuteurs espagnols en Catalogne et l’enseignement obligatoire en catalan. Conduits dans une forêt (Santa Coloma de Gramanet) après leur enlèvement, ils sont attachés à un arbre et ses ravisseurs lui tirent dans une jambe, en « représailles » contre un «ennemi du pays catalan ». Le tireur, Pere Bascompte, sera condamné en Juillet 1983 à 9 ans de prison, dont il n’accomplira que quatre mois. Suite à une erreur matérielle. Il fuira à l’étranger jusqu’à la prescription de son délit.

La mort et la détention de militants: 1984-1989

Entre 1981 et 1984 Terra Lliure tente d’obtenir la solidarité de la classe ouvrière de la Catalogne et de jouer un rôle important dans la vie politique et la société catalane. Pendant cette période, l’organisation commet des attentats contre des relais de télévision, des intérêts économiques espagnols ou français, la police et l’armée espagnole.

En 1984, Toni Villaescusa meurt durant le transport d’un engin explosif à Alzira (Valencia) ainsi que Quim Sánchez en décembre 1985. En Février 1984, l’organisation ​​a lancé un magazine  « Alerte », qui a disparu plus tard. Durant les années 1984-1989, malgré l’arrestation de certains de ses militants, le groupe a gardé une grande partie de sa structure et de sa capacité opérationnelle organisant deux groupes satellites: lesComités de solidarité avec les Patriotes Catalans (CPSC) et la Moviment Défense Terra (MST).

En 1987, un attentat dans Borjas Blancas Cour (Lerida) cause une victime collatérale, Emilia Aldoma habitant le bâtiment. Cette bavure conduit l’organisation à redéfinir ses actions.

Premiers abandons (1991): A sa IIIème Assemblée (été 1988), Terra Lliure approuve un plan ambitieux pour les Jeux olympiques de Barcelone de 1992, malgré que certains de ses membres aient commencé à prendre leurs distances.

Après 1991, une fraction abandonne la lutte armée, ce que confirme Bascompte Pere, un de ses fondateurs, peu après dans les médias (Déclaration de l’abandon des armes par la IVème Assemblée):  « Terra Lliure communique les accords suivants: rendre public le bon déroulement des négociations politiques établies entre les dirigeants de l’indépendance de Catalunya Lliure et Esquerra Republicana de Catalunya (Gauche républicaine catalane) ERC, ayant vérifié le sens profond de la responsabilité politique de l’ERC dans le processus vers l’indépendance et compte tenu de la demande faite par la direction de l’ERC dans le cycle de négociations, la direction de Terra Lliure a accepté, après consultation préalable et accord avec chacun/une de ses membres et soutiens de reconsidérer la position initiale de trêve unilatérale indéterminée et d’approuver l’autodissolution de notre organisation ».

Certains des responsables de l’organisation, comme Joan Carles Monteagudo, membre du commandement rejoignent ETA, participant même aux attentats de Sabadell et contre la casernes de Vic (16 morts) à Barcelone en 1991. Il meurt lors d’une confrontation qui s’ensuit avec la police.

Dissolution: 1992-1995 En Juin 1992, une soixantaine de militants sont arrêtés lors de l’Opération Garzon (nom du juge qui l’a ordonnée), peu de temps avant la célébration des Jeux Olympiques de Barcelone (juillet 1992), réduisant la capacité opérationnelle de Terra Lliure. Quinze d’entre-elles déposeront une plainte contre l’Espagne devant la Cour européenne des droits de l’homme pour faits de tortures. Le 2 Novembre 2004, la Cour rejettera les allégations de torture, mais condamnera l’État espagnol pour ne pas avoir procédé à une enquête approfondie et effective des faits, conformément à l’art 3 de la Convention européenne des droits de l’homme. L’Espagne a été condamnée à verser aux requérants € 8000 chacun pour préjudice moral, et à payer € 12 009 en frais de procédure.

Esquerra Republicana de Catalunya (Gauche républicaine catalane) joue un rôle de médiation pour la réinsertion des détenus proposant l’intégration des membres deTerra Lliura au sein de son parti, à condition qu’ils renoncent à la lutte armée, prônant une démarche de non-violence vers l’Indépendance. Les anciens militants qui ont rejoint ERC n’étaient plus sous le coup d’affaires pénales contre eux. La dissolution formelle de ce qui restait de Terra Lliure a été rendue publique le 11 Septembre 1995 (Journée nationale de la Catalogne). Tous les détenus de l’organisation seront finalement graciés, même ceux qui refusaient les mesures en leur faveur. Ses derniers membres ont été condamnés et graciés par le premier gouvernement de José María Aznar. Fin 1996, il y avait plus aucun membre de Terra Lliure en prison.

Des membres de Terra Lliure sont présents lors des Ghjurnate Internaziunale di Corti au début des années 80

 Galice

Resistencia-GalegaEn Galice, d’autres  groupes armés plus ou moins structurés forment la galaxieResistência Galega. Resistência Galega : La première référence à Resistência Galega apparait sur internet dans les jours précédant le Día Nacional de Galicia (Jour de la Patrie de Galice, le 25 juillet) de 2005, par un « Manifeste de la résistance galicienne », invitant à la lutte populaire galicienne pour la liberté nationale et sociale de la Galice. Il justifie la lutte armée, revendiquant une résistance anonyme ne portant ni nom, ni sigles.C’est l’orthographe du courant lusiste galicien (les lusistes adoptent l’orthographe et la morphologie du portugais, revendiquant la prise en compte des apports du galicien dans la langue portugaise) qui est utilisée dans les publications sur internet ou pour l’écriture.

Durant les deux années suivant cette dénomination « Resistência Galega » est peint sur divers lieux où se sont produits des actes violents de sabotage ou dans des communiqués les revendiquant. Cette dénomination est utilisée par plusieurs personnes à titre individuel, ainsi que par de petits groupes organisés, pour revendiquer des actions violentes de lutte pour l’indépendance de la Galice.Cela a conduit à spéculer sur l’existence d’un groupe organisé portant ce nom, dirigé par Toninho (Antón García Matos, détenu lors d’un des premiers attentats, libéré en 2005, et dont on n’a plus de nouvelles) et quelques autres fugitifs.D’où les médias ont attribué plusieurs attentats, et tentatives, à ce  supposé groupe.

La découverte, au nord du Portugal, de matériel de fabrication d’explosifs et des tracts faisant référence à Resistência Galega a aussi laissé spéculer sur l’existence d’un commando stable dans ce pays limitrophe.

L’augmentation constante des actions de « résistance violente » les veilles du 25 juillet, jour de la patrie, a entraîné l’augmentation de la répression policière sur l’ensemble du mouvement indépendantiste, et la contestation de cette répression par différents organismes.

En décembre 2007 l’union fédérale des gardes civils (UFCG), affirme par voie de presse, que Resistência Galega n’existe pas en tant que telle. Suite à ce communiqué, le journal El País relève des mêmes sources que « Resistencia Galega n’est pas une organisation, mais un Manifeste auquel adhèrent des jeunes indépendantistes pour revendiquer leurs actions ». D’un autre côté les organisations indépendantistes, tellesAMIBriga ou Nós-UP, affirment ne pas avoir connaissance d’un groupe organisé qui agirait sous le nom de Resistencia Galega.Après l’attentat le 8 février 2008, dans un centre commercial de la paroisse de Perbes (commune de Miño, province de La Corogne), le délégué du gouvernement espagnol en Galice, Manuel Ameijeiras, a observé que cet attentat ressemblait aux attentats antérieurs de Resistencia Galega, bien que l’action n’ait été revendiquée par aucun groupe.

 Les îles Canaries

IndependenciaCanarioLe MPAIC (Mouvement pour l’Autodétermination de l’Indépendance de l’archipel des îles Canaries) Movimiento por la Autodeterminación e Independencia del Archipiélago Canario est un mouvement revendiquant l’indépendance  des îles Canaries créé en  1964 par Antonio Cubillo. Reconnu en 1968 par l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), l’organisation des états africains, ce mouvement décréta la lutte armée en  1976 avec les FAG, Fuerzas Armadas Guanches (1er attentat dans un grand magasin de Las Palmas- Grande Canarie).

Ayant abandonné la lutte armée en  1979. Le mouvement devient inexistant dans les années 80- 90.

3) Au Royaume-Uni aussi, en dehors de l’IRA pour l’Irlande, d’autres organisations remettent en question la domination de l’Etat-Nation britannique, même si leurs actions n’atteindront jamais l’intensité dramatique de la lutte armée menée par l’IRA en Irlande.

 Pays de Galles

cymru-rydd-free-walesLa Free Wales Army (FWA, parfois Free Welsh Army : Armée de libération galloise) est une organisation armée indépendantiste galloise active dans les années 1960. La FWA (Gallois: Byddin Rhyddid Cymru), est créée en 1963 à Lampeter (Cardiganshire) par William Julian Cayo-Evans. Dirigée par Julian Cayo Evans et Dennis Coslett, ne regroupant que quelques dizaines  de militants, elle apparaît pour la première fois en public lors d’une manifestation 1965 contre la construction d’un barrage à Llyn Celyn sur la rivière Tryweryn. En 1966, la FWA participe aux célébrations irlandaises du 50ème anniversaire de l’insurrection de Pâques, à Dublin (Eire). En 1967, une interview de David Frost lui donne une audience plus large. Ses membres portaient des uniformes faits maison, défilant dans les sites historiques (à Machynlleth), ou organisant des manœuvres avec de petites armes et des explosifs dans la campagne galloise. Le groupe revendique la responsabilité dans les médias d’attentats pour la défense du pays de Galles.

Recherchant la publicité, la FWA suscite l’attention des médias par des annonces extravagantes, évoquant tantôt le soutien financier de millionnaires « , tantôt des liens avec l’IRA et l’ETA, ou l’utilisation de « chiens dressés dans le transport d’explosifs… . Elle soutient même les familles des victimes de la catastrophe d’Aberfan (glissement de terrain dans ce petit village du sud du pays de Galles, le 21 octobre 1966, provoquant la mort de 144 personnes dont 116 enfants) pour obtenir leurs indemnisations jugeant leurs revendications bloquées, il déclare « agir en leur nom et travailler en coulisses pour eux. » Mais la FWA organise surtout des actions à caractère publicitaire sans trop avoir recours à la violence. Le groupe sera peu pris au sérieux par les médias, suite à une note de service du gouvernement les ayant conseillés en ce sens pour éviter de « lui donner une importance et une publicité imméritées que ses dirigeants cherchaient clairement« .

S’inspirant pour son organisation de l’Irish Republican Army, elle aurait même acheté les armes de l’IRA officielle en 1968[]. En Irlande, ses rivaux de l’IRA provisoireaccusent l’IRA officielle, qui va renoncer à la lutte armée, d’avoir vendu ses armes à la FWA, laissant sans défense la communauté catholique d’Irlande du Nord lors des pogroms organisés par les milices protestantes en août 1969. Certains de ses membres auraient aussi été entraînés militairement en Irlande (photos de ces exercices prises par des policiers présentées comme éléments à charge au procès de 1969).

Cependant, dans un contexte d’attentats nationalistes gallois et des manifestations contre l’investiture du prince Charles comme Prince de Galles, Londres s’est catalysée sur la FWA, et en 1969 neuf de ses membres sont arrêtés et accusés d’infractions à l’ordre public. Le procès de 53 jours, à Swansea, se termina le jour de l’investiture. Presque tous les éléments de preuve de l’accusation émanaient de journalistes ayant publié ses revendications. Julian Cayo Evans, N°2 du groupe, Dennis Coslett (refusant de parler anglais au procès), et quatre autres membres ont été condamnés. Les deux premiers passeront 15 mois en prison.

 Ecosse

ecosse-Independance-Scotland-Alba-Corse-corsicaThe Scottish National Liberation Army (SNLA) : L’armée écossaise de libération nationale (SNLA), parfois surnommé le «terroristes de Tartan» (étoffe de laine à carreaux de couleurs) était un groupe militant dont l’objectif était l’indépendance. Le SNLA a été interdit par le gouvernement britannique. Il a été fondé par Adam Busby, un ancien soldat de Paisley au lendemain du  referendum de devolution de 1979, lequel selon cette organisation avait été manipulé.

En 1983, déjà des lettres piégées ont été envoyées à Lady Diana Spencer et au 1er ministre, Margaret Thatcher (la lettre ouverte par le député Robert Key, ne produit pas d’explosion mais le mécanisme était actif. Après cette campagne de lettres piégées,  Adam Busby s’enfuit à Dublin en 1983, Il sera emprisonné pour ces faits en 1997.

En 1993, Andrew McIntosh est emprisonné 12 ans pour conspiration en vue de contraindre le gouvernement à mettre en place un gouvernement séparé en Ecosse. Il est poursuivi devant la Haute Cour d’ Aberdeen, pour avoir orchestré une campagne de troubles et de peur (bombes placées devant les bureaux de l’industrie pétrolière, envoi de lettres piégées à l’Office écossais à Édimbourg..). Arrêté pour possession d’armes à feu, emprisonné durant six ans et libéré en 1999, il meurt en 2004.

En 2002, Cherie Blair (épouse du 1er ministre) est visée lors d’une nouvelle campagne par le SNLA (envoi d’un colis contenant un flacon l’acide caustique). Puis le SNLA organise une campagne d’envoi de lettres piégées contre les hommes politiques écossais la même année. Des colis seront retrouvés grâce à un appel téléphonique anonyme à Scotland Yard d’un homme prétendant être de la SNLA. Au fil des années, le SNLA refait surface de temps en temps. Adam Busby sera menacé d’extradition par les Etats-Unis suite à des accusations de terrorisme après une série de mails aux Etats-Unis sur la façon de contaminer l’approvisionnement en eau des USA.

En Février 2007, la SNLA revendiquera sa participation dans le déraillement mortel du train de voyageurs Londres-Glasgow à Grayrigg. Mais l’enquête préliminaire indiquera qu’il n’y avait probablement pas de sabotage.

En Janvier 2008, Wayne Cook et Steven Robinson sont condamnés à Manchester, chacun à six ans de prison, suite à l’envoi de bouteilles miniatures de vodka contaminés avec de la soude caustique. Les lettres d’accompagnement « menaçant de tuer les Anglais, sans hésitation ni remords» en empoisonnant les réserves d’eau du pays, faisant écho aux menaces déjà proférées en 2006, sont signées SNLA.

En Juin 2009, Busby Jr., fils du fondateur SNLA, est emprisonné six ans pour l’envoi de 6 colis contenant des cartouches et des menaces à diverses personnalités politiques, dont le 1er ministre Alex Salmond, membre du Parti libéral-démocrate Mike MSP Rumbles et Glasgow City Council. La Police a relié ses actions à Adam Busby suite à des appels à des journalistes revendiquant la responsabilité SNLA dans ces actions, attribués à son téléphone portable. En Juillet 2010, il est condamné par un tribunal irlandais à quatre ans de prison après avoir été condamné en Juin 2010 pour des menace d’attentats-canulars contre des vols transatlantiques.

Organisations associées : Le groupe séparatiste écossais (SSG) décrit comme l’aile politique de l’SNLA est formé en 1995 par d’anciens membres et sympathisants de la SNLA. Les deux groupes veulent lutter contre l’immigration anglaise en Ecosse et promouvoir le Gaélique comme langue nationale.

 

Le contexte international des années 70-80

L’Extrême-Gauche et les clandestins identitaires

Ces luttes armées contre l’Etat britannique, espagnol et français, définies par ses acteurs comme « de libération nationale », auront survécu plusieurs décennies à la violence d’Extrême-Gauche, qui a marqué l’Europe dans les Années 70 : La Fraction Armée Rouge en Allemagne, Les Brigades Rouges en Italie, Action Directe en France,l’Organisation Révolutionnaire du 17 novembre en Grèce créée en 1975, le FRAP puis les Grapo (Groupes de résistance antifasciste du 1er Oct. Premier communiqué officiel le 18 juillet 1976) en Espagne, les Commandos Autonomes Anticapitalistes, CAA, apparus début des années 80 au Pays basque Sud (dans la mouvance d’ETA)TheAngry Brigade (Groupe armé britannique apparu dans les Années 70) en Angleterre, pour ne citer que les plus célèbres (liste non exhaustive).

Au milieu des années 70, l’activisme armé se répand en Europe remettant en cause les «démocraties de l’après-guerre». En 1977, l’Allemagne voit la disparition dramatique des leaders de la 1ère génération de la Fraction Armée Rouge (RAF). Avec l’enlèvement d’Aldo Moro, les Brigades Rouges en Italie sont à l’apogée de leur affrontement avec l’Etat (1978). En France, Action Directe s’inspire de l’Autonomie italienne et de l’anarchisme espagnol…

La Question Palestinienne s’impose par l’action armée dans de nombreuses capitales européennes. En Europe, ces évènements se produisent dans des démocraties installées.

En Espagne, qui sort d’une longue dictature pour une démocratie balbutiante, la violence politique va séduire des centaines de jeunes sur tout le territoire, provoquant l’émergence de nombreux groupes locaux qui recourent à la violence, dont beaucoup n’auront qu’une durée de vie limitée car démantelés par la police ou s’auto-dissolvant rapidement, revendiquant un certain nombre d’attentats puis disparaissant[1]. Certains existent depuis le milieu des années 70, comme les GRAPO[2] toujours actifs et capables de perturber  la vie politique espagnole durant ces années-là. En revanche, le FRAP qui avait eu une importance relative disparaît les premières années de la démocratie. Les «Commandos autonomes Anticapitalistes» au Pays basque, d’obédience anarchiste mais proches d’ETA au début des années 80, auront une certaine activité.

Les luttes armées « de libération nationales » vont, elles aussi, connaître un regain. L’IRA  provisoire en Irlande se réarme pour une deuxième lutte de libération nationale.

En Espagne, le phénomène important ces années-là est néanmoins l’enrôlement massif dans des groupes armés déjà existants et consolidés tels les deux ETA, des milliers de jeunes convaincus que la Transition, au-delà de certaines avancées dans le sens de la démocratie espagnole, ne menait à rien de révolutionnaire. Les deux ETA offrent à ces jeunes avides d’action une réelle perspective de lutte, face à la passivité des partis traditionnels et aux évolutions des partis de gauche tels le PCE et le PSOE. Le Procès de Burgos (déc. 1970) avait suscité une vague de solidarité avec ETA, l’attentat contre l’Amiral Carrero Blanco (déc. 1973) avait contribué à donner d’ETA une image de puissance et d’efficacité malgré les vives condamnations de l’attentat de laRue Correo à Madrid[3](1974). Entre janvier 1976 et décembre 1979, l’Espagne vit laTransition, après la fin du Franquisme.  Les actions d’ETA-m avec une politique d’objectifs sélectifs en feront la structure armée à l’origine du plus grand nombre de victimes parmi les militaires haut gradés. Mais si cela n’imposera pas à Madrid la reconnaissance du droit à l’Autodétermination, ETA-m s’impose comme interlocuteur en vue d’un règlement du conflit.

En Corse, le FLNC est créée en 1976.

Corse

A) Jusqu’à la création du FLNC

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1) Les premiers groupes clandestins

Dans les années 60, avec la «Décolonisation», se produit un renouveau du sentiment national. La revendication se réorganise. On assiste alors aux prémices de l’action clandestine armée dans l’île[4]. La plupart des premiers attentats «autonomistes», perpétrés au milieu des années 60, sont ciblés contre « la colonisation pied-noire », la Corse étant devenue – officiellement ! – une « solution de rechange » pour l’État français après le départ d’Algérie[5]. Non signés, ils émanent de militants qui deviendront par la suite, dans leur majorité, des proches du CEDIC puis de l’ARC. Dès 1964, plusieurs fermes de Rapatriés sont visées. Il y aura une dizaine d’attentats en 1965, une quinzaine en 1966 et 22 en 1967.

Mai 1968, un commando s’empare de 2.500 kilos d’explosifs et de 600 détonateurs à Borgo. Plus tard, le Préfet de Corse reçoit une lettre au nom d’une mystérieuse organisation clandestine, « Corse Libre« , avec un certain nombre d’actions de propagande (« bombages » de bâtiments administratifs). S’ensuit une série d’attentats  (oct.-nov.) mais ce mouvement rencontre peu d’échos. Des arrestations sont opérées[6]. Des attentats, non revendiqués, auront encore lieu jusqu’au 8 janvier 1970, avec l’incendie de la Somivac[7] (Bastia). S’ensuit une accalmie après un attentat contre l’ORTF, malgré le plasticage de la ligne électrique carbo-sarde (juin) et les 100 kilos d’explosifs contre «l’Hôtel-Club de la Marana » (mars 1970). Ils reprennent (1971-1972) puis se multiplieront, mais de façon plus organisée (1973).

B) « Fronte Paisanu » et « Ghjustizia Paolina »

Une nouvelle donne change radicalement le paysage politique à cette époque : la naissance de la clandestinité structurée. Le véritable lever de rideau de celle-ci se fait avec le plasticage (1er févr. 1973) d’un navire italien de la « Corsica-Ferries » (port de Bastia)  signant les débuts véritables de l’affaire des « Boues rouges« [8]. En juillet, une tentative d’attentat vise un cargo de la « Transat« , le « Monte Rotondu » (port d’Ajaccio). L’opération clandestine contre le « Scarlino« , l’un des bateaux de laMontedison (13 sept.) dans un port italien, aura un grand retentissement. Elle est revendiquée par le « Fronte Paisanu Corsu di Liberazione« , FPCL, qui apparaît officiellement (8 oct. 1973) avec trois attentats dont l’un contre la balise de la Base militaire de Solenzara. Il lance un ultimatum de 60 jours à l’État réclamant l’expulsion des colons de la côte orientale, la redistribution des terres aux agriculteurs corses, le départ des fonctionnaires français et l’enseignement de la langue corse.  Il  accorde une interview à « Paris-Match »  (1er déc.) puis donne rendez-vous à des journalistes…dans la Cathédrale d’Ajaccio (8 janv.) après sa 1ère « nuit bleue » (9 attentats-4 janv.). Il se signalera, entre-autres opérations, par des attaques contre des caves vinicoles de Rapatriés. « Dissous » en Conseil des Ministres (30 janv. 1974) il réplique en visant le « Club-Méditerranée » (Cargèse) le Vice-Rectorat à Ajaccio (21 févr.) la caserne Saint-Joseph à Bastia et la station de San Ghjulianu. Il revendique 11 attentats (7-8 mai) puis, annonce une « trêve estivale » (2 juil.) après le plasticage de la gendarmerie de Pietrosella.

« Ghjustizia Paolina » (GP) – du nom de la justice implacable de Pascal Paoli, notamment contre la vendetta (vengeance privée) – apparaît avec deux opérations spectaculaires (21 mars 1974) : le plasticage d’une « Caravelle » à Poretta et la Sous-préfecture de Bastia après la visite du 1er Ministre, Pierre Mesmer, dans l’île (26 mars). Le 8 juillet, GP organise une « nuit bleue« , estimant dans une lettre que le dialogue  n’est plus possible, le point de rupture étant atteint, ne donnant plus d’autres choix que celui de la violence (16 juil.). Ses thèses (Manifeste de Pentecôte)vont influer sur la réflexion des étudiants et de la frange contestataire de l’ARC dont certains disent GP plus proche que le FPCL.  Des dizaines d’attentats ont lieu (juin-sept. 1974) dont le siège de la « Compagnie Générale Transatlantique Maritime » (CGTM) les villas du 1erPrésident de la Cour d’Appel et du Procureur (Bastia). Le FPCL après une relative accalmie, signe son retour, visant une entreprise de TP (Asinao) et des biens d’un Rapatrié (Côte orientale). L’été 1974, « Ghjustizia Paolina» organise plusieurs opérations (Ajaccio, Nice et Marseille[9]) revendiquant 25 attentats (Août-déc.). GP vise le Ministère de l’Éducation nationale (Paris : 18 nov.) et la  DDE (Ajaccio : 28 déc.). Le FPCL plastique la Préfecture d’Ajaccio. 1974 voit une nette augmentation des actions clandestines : 114 en Corse (2 dans l’Hexagone).

En Corse, après les premiers espoirs suscités par les déclarations de Libert Bou(Haut fonctionnaire envoyé dans l’ile  pour régler le «Problème corse»)les limites de sa mission apparaissent rapidement, et la situation va se détériorer.  Les clandestins se manifestent.

Le FPCL a plastiqué la Sous-préfecture et une coopérative agricole à Sartène (2 févr.) la Perception et la DDE à Ajaccio. Le 5 mars, suite au blocage d’Ajaccio par les transporteurs, il mitraille la Perception et la Trésorerie Générale de la ville. « Ghjustizia Paolina« , quant à elle, réalise une douzaine d’actions (25 mai) publiant le « Manifeste de Pentecôte« , avec un discours radicalisé qui aura beaucoup de succès auprès des étudiants.

La base de l’ARC rue dans les brancards. La CSC se rapproche de certains agriculteurs de plus en plus critiques, poussant l’ARC à se radicaliser en dénonçant la mission Libert Bou[10]. « U Ribombu » se démarque de la position officielle de l’ARC, reprochant au grand commis de l’État de ne pas prendre réellement en compte la dimension politique de la situation. Le 11 juillet, la charte de Libert Bou, réduite à une peau de chagrin, est approuvée  et avalisée. Désavoué, il sera écarté des affaires corses (5 févr. 1976).

En août 1975, l’occupation d’Aléria tourne au drame (Un gendarme tué, un autre et un occupant blessés) et la nuit de Bastia, suite à la dissolution de l’ARC (un mort et 18 blessés par balles) conduisent au durcissement de la situation.

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C) L’après Aléria

En ce début 1976, a lieu une réflexion de trois jours (village de Castagniccia) avec quelques délégués de « Ghjustizia Paolina« [11], mais  GP  n’a pas la volonté d’organiser une lutte plus radicale. Ce statu quo n’est pas accepté par tous et certains responsables et militants commencent à multiplier les contacts en vue d’une fusion avec le FPCL  pour créer le FLNC.

L’ARC dissoute, l’APC, est créée à Cateragghju (1er févr. 1976). Certains militants prennent alors leurs distances.

L’île connaîtra 226 attentats pour l’année 1975. Les organisations clandestines en revendiquent 95 et les «barbouzes» (antinationalistes) 15. Les actions se multiplient dès janvier, tel le plasticage, par le FPCL, du Palais de Justice à Bastia pour dénoncer la légèreté des peines infligées aux fraudeurs de la vinasse, ou son opération commando contre le sémaphore militaire de la Parata à Ajaccio, début février.Les attentats « barbouzards » (Emanation de groupes luttant contre les indépendantistes, au nom de l’unité nationale française) se multiplient aussi. Le débat sur l’avenir de la clandestinité est lancé par certains militants de GP et du FPCL aspirant de plus en plus fortement à une fusion des deux mouvements et à la création d’un « Front de Libération Nationale« . Amorcé fin 1975, il connaîtra de rapides développements. Des organisations éphémères, tels les « Comités Révolutionnaires Corses » (CRC) apparaissent. Les négociations sur la création d’un FLN se poursuivant, « GP« , a décrété une trêve « anti-confusion » (21 janv.).

Certains sont partisans de la poursuite d’une clandestinité (plus de moyens) mais le  sigle GP et son rôle de « bras armé » leur semblent mieux appropriés à la situation. Le sigle FLN est, selon eux, trop calqué sur une lutte différente, en rupture avec la réalité culturelle de la Corse que « GP » ou « Fronte Paisanu » avaient mieux incarnée. Si les étudiants ont beaucoup lu  (1973-1974)  le livre d’Yves Courrière, « La Guerre d’Algérie« , pour eux la Corse…  n’est pas l’Algérie.

B) Le FLNC

a) La création

Les premières réunions[12] sur la création d’un FLN ont lieu à Porto-Vecchio puis à Folelli (avril 1976). Le FPCL annonce sa dissolution, critiquant sévèrement la ligne politique des leaders autonomistes (24 avril 1974). Il va fusionner avec des responsables et militants de GP pour fonder le FLNC.

En 1976, les événements vont se multiplier, avec une augmentation spectaculaire des actions clandestines (près de 300 attentats).

La veille du procès d’Edmond Simeoni à Paris (5 mai 1976)  le FLNC officialise sa création par une « nuit bleue » (22 attentats en Corse et à Nice).

Dans un tract (« Manifeste« ) il expose les raisons de son action et ses revendications autour d’un programme minimum.

 

Les évolutions du contexte international

Irlande : L’implication de la diplomatie américaine dans le Processus de paix va faire évoluer l’IRA, tant au plan de ses soutiens internationaux que progressivement au plan de ses choix en matière économique et sociale…

Pays basque:  L’ensemble des organisations du Mouvement de libération  nationale basque vont être obligées de prendre en compte l’effondrement du bloc soviétiqueet de prendre leurs distancesidéologie marxiste,  proclamée durant plusieurs années «comme la base théorique scientifique de la pratique révolutionnaire» (3ème congrès d’HASI-déc. 1987) malgré la Perestroïka.. Pourtant au 3ème congrès (Cestona-Guipuzcoa) la Perestroïka étant bien enclenchée en URSS et les pays de l’Est s’effondrant, HASI et ses dirigeants d’alors proclament, dans les nouveaux statuts :«Art 4 : Hasi assume le marxisme comme la base théorique scientifique de la pratique révolutionnaire». Art 14 : «Hasi se structure sur la base des principes du Centralisme démocratique»[…] «conception scientifique de l’organisation».  «La Perestroïka avait pour objectif la construction du socialisme sur d’autres bases, tout en remarquant que cette politique allait favoriser une offensive idéologique impérialiste et l’implantation de la social-démocratie en Europe» (coordination abertzale : Avril 1989). «Ils essaient de présenter la Perestroïka et le marxisme-léninisme comme concepts opposés, la première éliminant l’autre, alors qu’il est une méthode scientifique d’analyse de la réalité et non une forme de structuration économique ou politique» (doc.  KAS).  Déc. 1989, KAS, critiquant sévèrement le système capitaliste, prône un Socialisme incluant la propriété collective des grands moyens de production :   «La Perestroïka a pour but la démocratisation en profondeur des structures sociales, politiques et nationales de façon à mettre en pratique les principes du socialisme».  Jarrai «orientait et basait son action sur les principes du marxisme et de l’internationalisme prolétaire», leur système d’organisation étant défini par le «centralisme démocratique». Le modèle inspiré de l’Albanie et des Pays de l’Est ne servant plus de référence, la mouvance d’ETA, se réfugie dans le vague, ou accentue son option nationaliste. Avec la chute du mur de Berlin, José Antonio Egido Siguënza, proche du Bloc de l’Est, dirigeant marxiste de HB : «Accuse HB d’avoir accentué le message du nationalisme étriqué, et abandonné la tradition internationaliste, pour mettre en avant le droit à l’Autodétermination». La crise du Bloc de l’Est et du «Socialisme réel» a des répercussions sur la mouvance d’ETA (Congrès d’HASI-Cestona-déc. 1991). Les interventions débattues soulignent[Congrès HASI à Cestona, déc. 1991] «KAS devait faire un effort important pour actualiser son bagage idéologique théorique et innover pour l’adapter aux réalités du moment de la lutte basque, tout en tenant compte des expériences de ce type au niveau mondial  […]Le marxisme, cet outil, totalement pertinent devait aider à comprendre la nature des contradictions traversant le peuple, ne devant pas être compris sur le mode linéaire et mécanique et devant rester ouvert à toutes sortes d’innovation […] Des questions comme le non-rattachement de la méthode d’analyse marxiste à une école déterminée, les étiquettes, adjectifs et qualificatifs préconçus dans les débats théoriques…n’étant que quelques exemples significatifs de cet enrichissement». Jarrai, comme l’ensemble des structures du MLNV, va aussi s’éloigner de ces Principes  (document discuté au Congrès de déc. 1991) : «Tout en appuyant nos positions et nos actions politiques sur la tradition marxiste, nous ne pouvons ni affirmer que nous sommes une organisation marxiste, ni que nous ne le sommes pas, car nous ne devons être l’esclave d’aucune fidélité aveugle». Jarraiexpliquait qu’une application correcte du marxisme empêchait de savoir si l’on l’était ou non, ce qui impliquait pour elle que si elle se qualifiait de marxiste, elle ne l’était pas, car à la lumière de cette philosophie, selon son interprétation, une définition se révélait impossible.  Cette crise d’identité se retrouve dans ces textes et dans d’autres comme celui affirmant : «Les interprétations ou lectures statiques du marxisme sont incorrectes et qu’il est totalement impossible, et contradictoire avec la propre philosophie du marxisme, de définir ce qu’est le marxisme et ce qu’est une organisation marxiste». Les dirigeants du KAS, Gorka Martinez et Joselu Cereceda précisent (févr. 1992) : «On nous attribue cette vocation marxiste-léniniste, mais nous ne la faisons pas nôtre». Joselu Cereceda rendant public l’autodissolution de HASI (Congrès de Victoria, févr. 1992) et l’intégration de ses militants dans KAS, reste vague sur le modèle de société préconisé : «La société dans laquelle nous vivons est fondamentalement injuste. C’est pourquoi nous avons recherché une société alternative aux antipodes. On peut l’appeler Socialisme ou autre. Nous adopterons cette solution, plus juste, parce que le peuple l’appelle de ses vœux».

 Découlant des ces évolutions, le mouvement basque va être contraint de reconsidérer ses soutiens au plan international

L’arrêt de l’utilisation de la violence s’inscrit aussi dans un contexte international des années 2000, qui a changé les approches des Etats vis-à-vis de ces méthodes de luttes depuis les attentats de 2001 aux USA, ou à Madrid.  Le concept de terrorisme est désormais appliqué à toute contestation violente et les réponses apportées ne peuvent qu’être répressives. Avec la montée en puissance du « terrorisme islamiste » et la diffusion d’images choquantes dans les médias par ces nombreux groupes djihadistes, le romantisme des années de l’avant 2000 entourant ces luttes en Europe s’est estompé, et elles ne sont plus dès lors regardées avec la  même sympathie. D’où la réticence, voire le  refus de cesEtats de toute discussion, par crainte notamment des réactions de son opinion « nationale ». Ces Etats, sous couvert de lutte anti-terroriste »  ont par ailleurs durci leur arsenal judiciaire et policier (arsenal judiciaire, gardes à vue plus longues, écoutes, droits de la défense ignorées ou bafouées, condamnations lourdes..), menaçant les libertés publiques, mais facilement acceptées par une opinion mise en condition par la publicité donnée aux groupes djihadistes et à leurs actions. L’Europe elle aussi a renforcé son arsenal répressif : inscription des mouvements basques sur la liste des organisations terroristes, Mandat d’Arrêt Européen pour les extraditions de militants recherchés…).

Si en Irlande l’influence a pesé sur le processus irlandais et renforcé le processus de démilitarisation du conflit après les attentats de 2001. Le processus qui bénéficiait aussi du consensus de la classe politique anglaise (Travaillistes et Conservateurs) s’est trouvé conforté par le poids et l’influence de la de la diplomatie américaine (rôle de la diaspora irlandaise en Amérique)  a poursuivi son chemin. Et désormais avec une démographie « catholique » dynamique, les Irlandais réaliseront tôt ou tard leur rêve d’unification de l’Irlande.

La récente interpellation de Gerry Adams, un des artisans de l’arrêt de la lutte armée et du Processus de paix,  sur un dossier d’assassinat, épisode douloureux du début des années 70, ravivant les fantômes du passé,  interpelle quant aux réels buts recherchés dans cette affaire. Mais pour autant aux dernières élections européennes, le Sinn Fein a encore progressé au plan électoral y compris dans l’Etat indépendant d’Irlande. Et l’activisme des petits groupes qui se revendiquent d’une certaine continuité de la lutte armée ne semblent guère, pour l’heure,  capables d’empêcher la poursuite du processus.

Les situations diffèrent au Pays basque et en Corse.

Au Pays Basque, avec le poids de l’armée et le refus de toute sécession au sein du Royaume castillan, la répression française et espagnole a affaibli considérablement l’organisation clandestine, la contraignant à tenir compte de la volonté de plus en plus majoritaire au sein de sa mouvance d’un arrêt des armes et donc par ricochet l’espoir de la fin de la répression. Au Pays basque,  contrairement au conflit irlandais, la décision de l’Eta découle d’un processus unilatéral, les Etats espagnol et français l’ignorant, restant en dehors et poursuivant même la répression. Les interrogations demeurent du fait du refus de libération des emprisonnés (dont nombre de malades)  et même du rapprochement. Le Processus initié est  unilatéral, il est dû à la seule initiative des militants et organisations basques et les multiples mobilisations en faveur de  la prise en compte par les états français et espagnol semblent  ne pas réussir à faire réellement bouger les lignes. »

Si ETA avait annoncé le 20 octobre 2011 qu’il abandonnait  définitivement la violence. Mais  il refuse cependant toujours de déposer les  armes si certaines de ses revendications n’étaient pas prises en compte, à  commencer  par le rapprochement des prisonniers politiques basques dispersés  sur toutes les prisons d’Espagne (et de France), et dont le transfèrement dans  des prisons du Pays basque est exigé .Cependant, dans son dernier communiqué,  ETA faisait état « d’avancées », évoquant notamment un message diffusé le 28 décembre 2013 par le Collectif regroupant ses prisonniers, qui entérinaient alors  l’abandon de la violence.  Ce 20 juillet 2014,ETA a annoncé  qu’elle a achevé le «démantèlement des structures logistiques et opérationnelles liées à la conduite de la lutte armée».

Mais les indépendantistes de gauche peuvent néanmoins se prévaloir de grandes avancées au plan électoral et de certains soutiens au plan international. Le mouvement basque toutes tendances confondues, qui veut dépasser un statut d’Autonomie jugé dépassé, est de plus majoritairement favorable au droit à l’autodétermination.

 Volet 3 : En Corse, prochain article

Après la décision de l’IRA en 2005, même si le processus débute en fait durant les années 90, puis celle de l’ETA en octobre 2011, même si le processus a en fait débuté en septembre 2010, l’organisation clandestine corse semblait réfractaire à tout dépôt des armes, même si une trêve avait été actée en 2013.

[1]Armée Rouge (Madrid) Armée Révolutionnaire d’aide aux travailleurs, Front Populaire Galicien, Guérilla rouge Catalane, Commando Valeriano Martinez (Asturies) Front Militaire de Catalogne, Groupes armés du 28 février (Andalousie) Groupes armés révolutionnaires (Santander) Organisation de détachements armés canariens, Groupes autonomes anarchistes (Barcelone) entre-autres. 

[2] Les Grapo ( mouvement inscrit sur la liste des «organisations teroristes » de l’UE) nés en 1975 un mois et demi avant la mort du dictateur espagnol Franco, revendiquent une idéologie marxiste pure et dure (Brigades rouges ou Action directe).Depuis l’arrestation en 1985 de 25 de leurs membres, ils avaient fortement réduit leur activité, marquée par l’enlèvement, jamais résolu, de l’industriel espagnol Publio Cordon (1995) des attaques de fourgons blindés (deux morts en mai 2000 à Vigo) et des attentats à l’explosif – sans victime – visant agences d’emploi temporaire, perceptions, le journal El Mundo à Barcelone. Le 16 juillet 2002 : 14 arrestations (8 en France et 6 en Espagne) viseront leur nouvelle direction.

[3] Une bombe explose dans une Cafétéria (centre de Madrid, près du Ministère de l’Intérieur). Eta, aidé par des éléments gauchistes issus du PCE  jugé trop modéré, en est l’auteur (seulement des blessés policiers, mais plusieurs civils tués).

[4] Précédé, en 1962, par le « Comité pour l’Indépendance de la Corse », CIC, mais ce mouvement clandestin a eu une existence éphémère et son message a été quelque peu brouillé par la récupération de son sigle (initiales inversées) par des activistes de l’OAS, pro-Algérie Française qui avaient perpétré plusieurs attentats en Corse, visant le PCF, des élus radicaux ou gaullistes (rapidement démantelé).

[5] Michel Rocard, 1er Ministre socialiste, reconnaîtra en 1989 à l’Assemblée nationale, les erreurs de l’État à cette époque à propos du détournement de la politique agricole corse en faveur des Rapatriés.

[6] Étienne Pierotti, principal instigateur, et son adjoint Roch Marchetti, se réfugiant en Italie.

[7] Société d’économie mixte chargée du reclassement des Rapatriés (Côte Orientale de l’île).

[8] Déchets toxiques déversés en Méditerranée par la société italienne Montedison ; 

[9]  In POGGIOLI Pierre, FLNC, années 70, Ajaccio, édit. DCL, 2006, p 38.

[10] Le journal de la CSC, « U Ribombu », tire à boulets rouges, ne ménageant pas non plus ses critiques à l’encontre de la Direction de l’ARC qu’elle accuse de mollesse, même si elle épargne Edmond Simeoni.

[11]POGGIOLI Pierre, FLNC, années 70, op. cit., p. 59.

[12] POGGIOLI Pierre, FLNC, années 70, pp. 62-63.

SOURCE

(…)

CorsicaInfurmazione.org by @Lazezu 

Revue de Presse et suite de l’article  : 

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