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A la tribune des Ghjurnate Internaziunale, Jean-Guy Talamoni a préconisé qu’indépendantistes et autonomistes s’entendent pour gagner ensemble.

La trentième édition des Ghjurnate Internaziunale n’aura pas représenté le rassemblement d’un mouvement contestataire ou radical. Certes, il ne s’agissait pas d’une assemblée de boy-scouts ou de gentils membres. Le « clandestinu » a été arboré sur des drapeaux, sous forme de pendentifs ou sur les tee-shirts. Des militants ont souligné la nécessité de poursuivre l’action clandestine et de ne pas rompre avec la violence politique. Le refus de succomber au réformisme a également été affirmé. Il a aussi été rappelé une solidarité indéfectible avec les prisonniers. Quant aux délégations venues d’ailleurs, elles n’ont pas été les dernières à tenir des discours combatifs. Enfin, le zèle des douaniers marseillais à l’encontre de l’association Sulidarità et plus particulièrement de ses produits dérivés, a contribué à faire monter la tension. Malgré tout cela, l’ambiance était loin de ressembler à celle tendue et défensive des années 1980 et 1990. Les sympathisants, les militants et les responsables affichaient d’ailleurs une sérénité qui en disait long sur les avancées enregistrées malgré les crises, les dissensions et les malheurs. Même le drame ayant dernièrement affecté l’Exécutif de Corsica Libera paraissait n’avoir pas prise sur le fond d’optimisme. D’ailleurs, si les participants s’étaient rendus sur les lieux des Ghjurnate de l’année 1981, leur sérénité aurait tourné au sourire satisfait. Dans l’enceinte de la Citadelle de Corti qui avait accueilli les Ghjurnate alors organisées par la Cunsulta di I Cumitati Naziunalisti – la matrice de Corsica Libera et de bien d’autres mouvements ayant porté politiquement la Lutte de Libération Nationale – un Musée de la Corse et des espaces dévolus à l’Université de Corse ont été aménagés en des bâtiments qui furent longtemps occupés par l’Armée. Preuves irréfutables que les temps ont bien changé…

Un nationalisme serein et conquérant

La tonalité optimiste de ces Ghjurnate avait d’ailleurs été donnée quelques jours avant qu’elles aient lieu. En présentant le programme de ce rendez-vous, Corsica Libera avait annoncé que le crû 2001 mettrait l’accent sur une légitime satisfaction et surtout sur un nouvel objectif : l’accession des nationalistes aux responsabilités en 2014. Devant les médias, au milieu d’une tablée de responsables et aux côtés de Pierre Poggioli, figure historiquement la plus marquante de la Lutte de Libération Nationale, Jean-Guy Talamoni avait en effet dressé le constat que beaucoup de revendications du nationalisme avaient désormais investi l’hémicycle de l’Assemblée de Corse. « A voir les travaux de l’Assemblée de Corse, on a l’impression de lire les chapitres de notre projet politique » avait-il même constaté. Le leader indépendantiste avait aussi énuméré les propositions ou les thèmes de débat acceptés ou « récupérés » par les élus appartenant à des partis nationaux de gauche ou de droite ; citant le rapprochement des détenus corses incarcérés de l’autre côté de l’eau, le transfèrement de prisonniers au centre pénitentiaire de Borgo, les Assises du foncier censées trouver des solutions de nature à freiner la spéculation immobilière, l’examen de la possibilité d’instaurer un statut de résident corse sur des bases non seulement fiscales mais aussi citoyennes, l’étude d’une démarche visant à mettre en place une co-officialité des langues française et corse. « La classe politique est obligée de prendre acte du fait que ces questions, ces revendications sont majoritaires au sein du peuple corse » avait ajouté, non sans satisfaction, Jean-Guy Talamoni. Il aurait eu tort de ne pas le faire si l’on considère que parmi les élus de cette classe politique, certains avaient fait les beaux jours de la CFR (Corse Française et Républicaine) qui, parmi bien des intentions, avaient celle d’interdire à I Muvrini de se produire dans les villes et villages de notre île.

Un cap et une méthode

Jean-Guy Talamoni avait également ajouté une page perspective à la page constat. Il a récidivé lors du traditionnel meeting de clôture des Ghjurnate. Fondant sa vision de l’avenir sur le constat qu’en mars 2010, plus de 35 % des électeurs corses ont voté pour le nationalisme autonomiste ou indépendantiste, il a affirmé la volonté de Corsica Libera de tout faire pour que cette poussée se transforme, dès 2014, en une prise de pouvoir. Le leader de Corsica Libera a ainsi indiqué qu’il n’avait ni l’intention de se satisfaire d’un nationalisme relégué au rôle de force d’appoint du giacobbisme, ni d’un recyclage des revendications nationalistes par les partis parisiens. Ayant fixé le cap, il aussi énoncé une méthode. Pour que le nationalisme prenne les commandes et applique ses solutions, il a préconisé que les courants du nationalisme, dans le respect du pluralisme, aillent dans le sens d’une accession aux responsabilités en 2014. En proposant ce type de stratégie, Jean-Guy Talamoni a montré que Corsica Libera avait atteint un stade de maturité lui permettant de définitivement tourner le dos à toute tentation hégémonique et de désormais s’inscrire dans une logique de « programme commun » découplant les finalités de chacun (autonomie, indépendance) et recherchant les synergies possibles pour placer la nationalisme en situation d’être l’épicentre de toute évolution politique majeure. Si l’initiative de Corsica Liberarencontre l’accord des mouvements autonomistes, les stratèges qui escomptent « faire du nationalisme sans les nationalistes » ou se servir de ces derniers comme supplétifs, risquent fort de déchanter.

Pierre Corsi

Journal de la Corse

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