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(Unità Naziunale – publié le 21 mai 2018 à 6h48) L’ours jacobin est bien vivant La clandestinité ayant montré ses limites, il faut continuer une guerre civique qui implique courage, ténacité, abnégation, intelligence… Le Peuple Corse ne peut se permettre de perdre cette “guerre” imposée.

On nage en plein paradoxe.

Le système électoral des clans (électoral seulement,) s’est effondré en même temps que celui des partis de la 5e République à Paris. Une majorité absolue a surgi des décombres, autour de Gilles Simeoni dans l’île et d’Emmanuel Macron à Paris.

Pour autant les conditions du clanisme persistent. Elles ne sont pas éradiquées et le jacobinisme républicain est porté à son paroxysme par le jeune Président surprise. Il se proclame réformateur.

Il est prêt, dit-il, à un pacte girondin.

Dans le même temps cependant il recentralise férocement.

Sa mise en scène lors de l’anniversaire de l’assassinat du Préfet Érignac ne permet aucune autre interprétation. Chevènement est félicité, les élus locaux sont remis à leur place “ils ne font pas la loi ”… On ne saurait être plus clair.

Si, jusque là, il était loisible de conserver quelque espoir d’être entendu ou d’entamer un dialogue, il faut à présent tout revoir. Car le consensus des natios n’est qu’électoral. Celui des autonomistes avec les indépendantistes se justifie d’une part par l’abandon de la lutte armée par le FLNC et d’autre part, par le fait que Corsica Libera n’envisage pas d’indépendance avant une dizaine d’années ; toute idée a droit à s’exprimer en démocratie.

Pourtant, la recherche d’un large consensus insulaire réunissant audelà des natios et destiné à s’imposer comme l’interlocuteur de l’État républicain de Macron est devenue difficilement envisageable.

En effet, la mise au pas a commencé et le pouvoir parisien montre qu’il n’a l’intention ni d’entendre ni de recevoir les représentants d’un tel ensemble.

L’heure est grave car en l’absence d’article 74, il n’est pas d’issue pour une autonomie et l’article 72-5 qui nous est prédestiné, nous enchaîne et nous met en laisse. De plus, on ne connaîtra pas les compétences et moyens financiers de l’Assemblée unique avant un an (et encore, cette date n’a rien d’une garantie comme nous l’a démontré le processus Matignon écartelé sur l’alternance Jospin/Chirac). Pour y voir clair, il faudra attendre que la loi organique soit votée à l’Assemblée nationale ainsi qu’au Sénat.

L’espoir s’est envolé brutalement.

Finie l’idée d’un dialogue constructif possible entre une majorité absolue natio et un Président de la République neuf, en rupture avec les partis en crise ayant alternés ou cohabités au pouvoir.

“ L’absolue majorité ” nationaliste est électorale. C’est le fruit d’un moteur autonomiste à deux cylindres, auquel c’est adjoint celui de Corsica Libera. Créant ainsi une énergie consolidée par la propulsion de la grande roue des votants hors nationalisme, mus par la vague du “ dégagisme ”. Celle là même qui a déferlé ici, comme sur le continent.

Mais il convient de ne pas se tromper : le jacobinisme idéologique républicain, cette idée politique qui a pétri l’histoire de la France républicaine et de la Corse claniste reste en place.

À Paris le Président “ne gouverne pas, il règne”. Aucun contre pou voir organisé ne lui fait face. Ce rôle devrait revenir à la rue, mais les ressorts avachis des organismes sociaux et socio-professionnels ne le lui permettent pas.

En tout état de cause, les natios devraient en tirer leçon : leur majorité électorale ne saurait suffire pour conduire un pouvoir jacobin – actuellement renforcé – à concéder la moindre perspective d’autonomie. Les natios devraient comprendre qu’il est urgent de forger l’outil approprié, celui qui pourra continuer de faire avancer l’émancipation du Peuple Corse.

Il convient de mettre de la cohérence chez les autonomistes.

Tous partagent la même analyse sur les causes et les remèdes au déclin du Peuple Corse. Ensemble, ils ont voté une fusion afin qu’un unique mouvement voit le jour. Ils ont établi ses statuts, fixé un délai… Comment expliquer que, plusieurs mois après, aucune issue ne se dessine ?

J’ai forgé mon hypothèse, elle sera vérifiable d’ici peu si, comme je le crois, les natios se retrouvent dos au mur.

Le congrès de juillet entérinant la fusion n’a été qu’une nécessité électorale. Paraître unis arrangeait tout le monde. Le charisme d’un Gilles s’imposait, il était réaliste de le suivre pour que, si le succès prévisible se réalisait, on puisse avoir la meilleure part possible de mandats ou de postes à la CdC.

Par la suite, les péripéties avec les ministres, et le premier d’entre eux, ont mobilisé l’Exécutif et son président. Il s’agissait de négocier autour de L’Assemblée unique (AU), de son cadre constitutionnel, de l’article piège 72-5. Les compétences et les moyens financiers de l’AU ayant été à peine évoqués.

Pourtant ce contexte de négociation avec le gouvernement d’un Président de la République se présentant en partenaire girondin et se révélant jacobin ne suffit . L’accouchement laborieux de l’AU n’a fait que renforcer les

positions électoralistes. Le terreau nationaliste apparaît aujourd’hui comme un terrain marécageux où s’embourbe le projet de parti unique.

Il y a le jeu des chapelles où chacune des composantes qui ont fait la majorité absolue, veut conserver et si possible améliorer son espace institutionnel acquis.

Leurs chefs et leurs entourages craignent d’être dilués dans un mouvement unique et de perdre représentativité, pouvoir et mandats, pour eux et leurs affiliés.

Les membres de ces camarillas soutiennent le chef pour parvenir plus haut et certains derniers ralliés, soit trop jeunes ou anciens déçus en retrait, ont tendance à se voir refondateurs d’une démarche émancipatrice historique.

“Tout commence avec moi… avec nous”. C’est humain, c’est vieux comme le monde…

Ils sont nombreux ceux qui sont pressés de prouver leur capacité à mériter l’honneur de servir la Corse et d’être reconnus.

Mais ils se trompent.

L’ours jacobin est bien vivant. La clandestinité ayant montré ses limites, il faut continuer une guerre civique qui implique courage, ténacité, abnégation, intelligence…

Considérablement affaibli par une colonisation/assimilation forcée de la République des jacobins, le Peuple Corse ne peut se permettre de perdre cette “guerre” imposée.

Il faut sortir de notre mélasse de factions autonomistes et être capables de créer la force libératrice.

L’illusion doit céder la place à la lucidité et à l’intelligence collective s’appuyant sur une réelle démocratie. Ainsi la construction du pays demandera des efforts lesquels seront payants. Sans arracher l’autonomie et la reconnaissance du Peuple Corse, nous n’aurons jamais assez de “cadres” pour assurer sa survie.

Max Simeoni sur ARRITTI