Produit CORSU E RIBELLU

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Les événements qui agitent l’Ukraine sont d’une grande gravité. C’est toute une guerre de position qui se joue aux confins de l’Europe et de la Russie. Comment cela peut-il évoluer ? L’embrasement général et le risque d’une guerre « pour de vrai » est-il envisageable ? Il faudrait pour cela que l’un ou l’autre, l’Europe et son allié américain, ou bien la Russie, décide de déclencher un conflit armé au nom de la garantie donnée sur les frontières de l’Ukraine pour les uns, ou de la garantie de protection donnée aux russophones vivant hors des frontières russes pour Moscou.

C’est très peu souhaitable, et à vrai dire très peu probable car cela se ferait au détriment de leurs intérêt propres. Entre la Russie et l’Europe, c’est un peu comme dans la comptine « je te tiens par la barbichette » : l’un tient le robinet du gaz sans lequel l’économie européenne ne peut vivre, l’autre est le seul client potentiel à l’autre bout des pipe-lines et gazoducs qui acheminent le pétrole et gaz russes vers les marchés consommateurs. A qui la Russie pourrait-elle vendre son énergie si ce n’est en Europe où aboutissent les tuyaux d’acheminement ? Aussi, ni les uns, ni les autres, n’ont envie d’un conflit majeur, et ils en ont encore moins les moyens. Tout au plus seront distribuées quelques « tapettes » : un gel des avoirs russes par ci, une augmentation des tarifs par là. Et encore, l’armada des méthaniers du Moyen Orient, notamment ceux du Qatar qui acheminent par mer le méthane depuis des puits pour beaucoup équipés par Total, pourraient suppléer en bonne partie au gaz russe transporté par la voie terrestre.

Repartirons-nous pour des décennies de guerre froide, en attendant que les choses se stabilisent autour d’une ligne de démarcation que les événements actuels sont en train de dessiner au gré des annexions comme en Crimée, avec une extension possible aux autres régions de l’Est de l’Ukraine qui sont l’influence de fortes populations russophones ? C’est le risque majeur au vu des événements tragiques actuels, et de l’incapacité de formuler une autre solution européenne. Ce serait très négatif pour l’Europe, comme pour l’Ukraine et la Russie, car cela reviendra à ériger un nouveau « rideau de fer » quelques centaines de kilomètres à l’est de celui qui opposait encore l’Europe il y a vingt cinq ans. L’Europe y perdrait dans son voisinage immédiat une zone d’influence et d’échange favorable à son économie, et la Russie et ses alliés connaîtraient probablement un nouvel « hiver totalitaire » avec ses conséquences inévitables en termes de régression démocratique, économique, sociale et culturelle.

Pourtant, il existe un arsenal de traités et autres chartes élaborés par le Conseil de l’Europe où cohabitent, outre les pays de l’Union Européenne, les autres Etats voisins de l’Union en Europe, notamment l’Ukraine et la Russie. En fait, c’est sur ce terrain que l’action diplomatique peut tenter de reprendre la main, par l’application du droit des minorités élaboré par cet organisme, qui est abondant, et, notamment, en remettant en exergue la si bien connue en Corse Charte européenne des langues régionales et minoritaires. C’est autour de l’application de ces textes que la négociation pourrait être possible.

En effet, en laissant les « pro-européens » de Kiev se fourvoyer dans une croisade hostile aux « minorités nationales », au nom de la lutte contre le régime de l’ancien président Ianoukovitch, ils ont donné une justification aux manifestations des « pro-russes » à l’est du pays. Et ils ont aussi inquiété les autres minorités de l’Ukraine, vivant pour la plupart à l’ouest du pays dans les zones frontalières avec les pays de l’Union Européenne, et que ces textes protégeaient : Hongrois des Carpates, Roumains, Bielorusses, etc…

Ce retour en force du « droit des minorités » est la seule issue pour trouver une solution diplomatique. Les textes de base sont déjà ratifiés par toutes les parties : seule ou presque, manque à l’appel notre inénarrable France jacobine, ce qui a encouragé les Ukrainiens vainqueurs de la place Maïdan à prendre l’incroyable décision d’abroger les lois qui étaient en vigueur en application de ces textes et qui garantissaient les droits de toutes les minorités d’Ukraine. Ce fut le point de départ de la crise actuelle. Pour en sortir, il faudra nécessairement faire machine arrière et revenir aux textes du Conseil de l’Europe. Mais comment la diplomatie française pourrait-elle recommander le recours à des textes qu’elle-même refuse de ratifier au nom d’un système jacobin que les plus extrémistes des partisans de Kiev rêvent d’appliquer dans leur pays ?

En tous les cas, depuis la Corse, il sera intéressant de suivre de près l’évolution de la situation en Ukraine !

François ALFONSI

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