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Deux sondages après, les bastiaises et les bastiais ont pu entendre les sept têtes de listes réunis sur un même plateau de radio, installé sur la scène du théâtre municipal de Bastia, pour un débat animé par Didier Arnoux de RCFM et Roger Antech de Corse Matin.

Chaque candidat a exposé ses analyses et son projet, expliqué sa démarche et sa stratégie électorale, exception faite du candidat FN absent après avoir annoncé son retrait. Etaient donc représentées les deux listes de droite l’une par Sylvain Fanti et l’autre par Jean Louis Milani à la peine pour redonner du souffle à l’UMP au-delà de l’agressivité de Jean François Copé en mal de pouvoir ; les deux listes nationalistes interdépendantes de Gilles Simeoni et Eric Simoni porteurs à la fois d’une vision figée de l’aménagement de Bastia et d’un repli sur une ressemblance identitaire ; la liste écologiste de Jean François Baccarrelli ; les deux listes de gauche l’une conduite par François Tatti en rupture avec son parti comme sa colistière socialiste Emmanuelle Degentili l’autre incarnant la municipalité sortante, un bilan et un projet, progressistes et solidaires, conduite par Jean Zuccarelli.

La défection du FN, la veille de ce débat, a surpris de nombreux observateurs surtout après l’élection présidentielle et dans une moindre mesure les législatives auxquelles le tête de liste malheureux, Tony Cardi avait participé en expliquant qu’il ferait tremblait Bastia aux municipales. Cette défection serait due à l’incapacité à constituer une liste complète. Personne ne s’en plaindra. Toutefois, la perméabilité de l’électorat FN soit avec la sensibilité nationaliste soit avec la droite laisse penser que l’avantage de cet abandon leur est acquis. C’est l’analyse qui peut être faite de l’épisode électoral de 2012 et de la lecture détaillée du premier sondage réalisé sur Bastia, en décembre 2013.

En effet le sondage indique que 55 % des électeurs favorables à Gilles Simeoni ont voté à la présidentielle pour le FN et l’UMP respectivement 35 % et 20 %. Cet ancrage de droite serait même plus fort que celui de Jean Louis Milani le candidat UMP UNI pour lequel seulement 8 % des électeurs du FN et 40 % des électeurs UMP de la présidentielle structurent le vote en sa faveur. Ce sondage s’avérait plutôt conforme au rapport de force électoral des régionales de 2010 avec un bloc de droite à 20 % dominé par la liste UMP créditée de 13 %, un bloc nationaliste à 30 % dominé par la liste Inseme per Bastia créditée de 25 % et un bloc de gauche à 48 % dominé par la liste PRG PCF créditée de 33 %.

Le 20 février 2014 un second sondage a confirmé la liste de Jean Zuccarelli et Francis Riolacci en première place à 35 %, une évaporation des intentions de vote (3 %) pour une liste conduite par Emmanuelle Degentili dont le transfert chez François Tatti n’aurait aucun effet électoral leur liste restant stable à 12 %. La droite perd 3% pour l’UMP et 2 % pour le FN (avant la défection de Tony Cardi). Côté nationaliste Inseme per Bastia gagne 5 % et Corsica libéra 1 %.

La réflexion induite par ces deux sondages souligne l’importance des accords de second tour. Une alliance à gauche place celle-ci en tête tout prêt des 50 %, la droite à 15 % et le mouvement nationaliste à 35 %. Pour autant une opération médiatique, construite sur le « tout sauf Jean Zuccarelli », décrète impossible l’alliance à gauche et probable celle des nationalistes derrière lesquels s’agrégeraient la plupart des électeurs ayant voté au premier tour pour une autre liste que la liste de la municipalité sortante. De cette façon, la liste arrivée en tête au premier tour, la seule en capacité de rassembler au second tour toute la gauche sur des valeurs républicaines de progrès et de solidarité, serait battue.

Ici nous revenons au débat d’une part pour souligner que les candidats opposés à cette liste de la municipalité sortante ont tous commencé leurs propos par : « on ne peut pas dire qu’à Bastia rien n’a été fait » et d’autre part pour essayer de comprendre la réaction de François Tatti, inexplicable au regard de la démocratie, sinon à vouloir écarter au second tour celui que les électeurs auraient indiscutablement placé en tête de la gauche.

Sur le premier point effectivement les critiques ont été de pure forme. Bastia n’est pas la ville apocalyptique décrite. Elle n’est pas non plus la ville idyllique épargnée par la crise économique et sociale. Mais précisément parce que la municipalité de gauche a à son actif de nombreuses réalisations depuis 1968 son impact n’est pas le même dans la vie quotidienne des ménages populaires. Qu’en serait-il si Bastia ne disposait pas de son tunnel, de son boulevard urbain, de ses milliers logements sociaux, de ses parkings municipaux, de ses écoles modernisées et de sa cuisine publique centrale, de son stade Armand Cesari rendu à la gestion publique après le drame de la gestion privée, de son théâtre, son musée et son centre culturel, de ses transports publics et ses navettes gratuites, de son parc technologique et ses infrastructures sportives réservées aux amateurs de toutes disciplines sportives… ?

En revanche Bastia est parfois le lieu où les attentats, les tirs à l’arme de guerre, on l’a vu récemment contre la gendarmerie de Montesoro, surprennent, de jour comme de nuit, sa population sans que cela n’émeuve les candidats nationalistes. Cette question comme celle du rapport à la France se pose dans cette élection, car Gilles Simeoni, qui reconnait avoir rencontré Eric Simoni en vue d’un rapprochement de second tour, devra forcément donner des gages. Les militants de Corsica Libera ne viennent-ils pas de réaffirmer « leur solidarité avec le FLNC » à l’occasion d’une conférence de presse tenue à Sartène (texte mis en ligne le 26 février sur Corse Net Info) ?

Sur le second point qui focalise l’attention des électeurs de gauche, l’attaque virulente de François Tatti contre Jean Zuccarelli : « Vous n’êtes ici que le représentant parachuté d’une dynastie non celui d’une formation politique ou d’une liste de gauche », interpelle à présent tous les démocrates, les femmes et les hommes de gauche qui vivent à Bastia. Car pour eux la gestion de la ville par la municipalité sortante ne se résume ni à un patronyme, ni à la caricature mettant en cause la probité et le sens de l’action publique de ses élu(e)s. Les élus de gauche, en place avant que François Tatti ne partage leurs bancs sans formuler la moindre critique durant 20 ans, ont fait de Bastia ce qu’elle devenue : une ville dynamique, attrayante, moderne et solidaire. Cette œuvre commune, à laquelle il a contribué, reconnue par 48 % des intentions de vote au premier tour dans tous les sondages, reste le fruit du travail de tous et la raison essentielle d’un accord de second tour pour : « garder Bastia à gauche ».

Si cet engagement pris, y compris par Emmanuelle Degentili n’était pas respecté par un accord conforme à cet objectif politique exprimé, par les uns et les autres, dans « l’intérêt des bastiaises et des bastiais », la posture de François Tatti, poussée au-delà de son excès verbal par l’ensemble de ses colistier(e)s, faciliterait l’accomplissement des objectifs du mouvement nationaliste rassemblé derrière Gilles Simeoni pour « faire tomber la citadelle bastiaise ».

Dés le mois de septembre, l’assemblée générale de Femu a Corsica donnait le ton pour faire des municipales le tremplin de la conquête du pouvoir régional et la référence du rapport de force avec le gouvernement. Là il s’agit, non pas de Bastia, mais des discussions sur la possible réforme constitutionnelle incluant la rupture avec la France coloniale dont l’objectif serait « la minoration organisée du peuple corse ». (Blog d’Edmond Simeoni 10 février 2014 publication intitulée Corse : colonialisme subtil mais…intransigeant)

Voila l’autre volet du contexte électoral à Bastia. L’intelligence politique commande de sortir de ce funeste piège dès le premier tour et contraint les électeurs de gauche au vote massif pour la liste de la municipalité sortante conduite par Jean Zuccarelli et Francis Riolacci. C’est effectivement le seul bulletin de vote qui offre avec certitude la possibilité de le dire et de dire : « Bastia doit rester à gauche ».

Michel Stefani

Article publié le 1er mars, à lire ci dessous :

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MICHEL STEFANI

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