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Comme chaque mois d’août depuis une trentaine d’années, les nationalistes corses se réunissent à Corte ce week-end. Selon toute probabilité, ils donneront davantage le sentiment de sacrifier à un rituel que celui de participer à un rendez-vous politique déterminant pour l’avenir de l’île.

Après trois décennies d’un combat fiévreux contre « l’Etat colonial », rythmé par des opérations « île morte », des manifestations de masse, de spectaculaires « nuits bleues » et 15 000 attentats, après d’innombrables conflits, scissions et règlements de comptes entre courants et factions, le mouvement nationaliste paraît, en effet, plus que jamais, essoufflé et sans perspectives.

Tout y a contribué. L’assassinat du préfet de Corse Claude Erignac, le 6 février 1998, a tragiquement démontré l’impasse où conduisait l’option « militaire » défendue par les plus radicaux. Le commando qui a tué le préfet espérait refonder le mouvement nationaliste, le retremper dans une guerre frontale avec l’Etat. Ce crime a eu l’effet inverse, confirmé par les procès successifs de ses responsables, au premier rang desquels Yvan Colonna : il a accéléré le discrédit et l’isolement de cette mouvance.

Les initiatives politiques soutenues par les nationalistes n’ont guère été plus concluantes. Les accords de Matignon, négociés en juillet 2000 avec le premier ministre socialiste, Lionel Jospin, se sont heurtés à l’opposition du président de la République, Jacques Chirac, et ont fini par s’enliser. Trois ans plus tard, la réforme institutionnelle proposée par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, pour instaurer une collectivité unique de Corse était approuvée par les nationalistes ; mais le « peuple corse », consulté par référendum le 6 juillet 2003, l’a rejetée.

Enfin, les liens troubles entre une partie du nationalisme et le banditisme, de plus en plus manifestes au cours des dernières années, l’ont un peu plus encore déconsidéré et affaibli.

C’est d’autant plus évident que le courant autonomiste corse, peu ou prou éclipsé pendant deux décennies par les nationalistes purs et durs, s’est progressivement réengagé avec succès dans la vie politique de l’île. Le résultat des élections à l’Assemblée territoriale, en mars 2010, est à cet égard éloquent : avec 26 % des voix, les listes autonomistes de Gilles Simeoni ont fait jeu égal avec la droite, talonné la gauche et largement distancé les indépendantistes de Jean-Guy Talamoni (10 %).

Revendiquant un certain pragmatisme, décidée à abandonner les mythes du combat armé au profit de la confrontation démocratique, cette nouvelle génération a compris qu’elle ne pourrait pas faire avancer sa cause sans le soutien et la participation de la société corse. Ses responsables ne feront pas le pèlerinage de Corte.

Cette normalisation ne réglera pas, par miracle, les difficultés et les handicaps de l’île. Mais elle lui permet de sortir des sentiers sans issue de la violence et de la clandestinité. C’est un préalable indispensable que Paris aurait tort de négliger ou de traiter par l’indifférence.

Source de l’article : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/08/06/les-nationalistes-seront-bien-seuls-a-corte_1556847_3232.html

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