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(Edito du 27 novembre 2013) Les Corses qui ont vu le jour dans les années 1980 et 1990 se sont construits et déconstruits dans un pays en crise. Une crise économique bien entendu, où l’on subsiste au jour le jour avec plus ou moins de réussite, sans projet véritable de développement. Une crise sociale également, où les communautés et les classes coexistent plus qu’elles ne cohabitent, dans un non-dit permanent qui mène à l’ignorance de l’autre. Crise identitaire aussi, plus que jamais, où la question « qui suis-je » est omniprésente.

Elle n’est pas sur toutes les lèvres -trop fières- de notre jeunesse, mais elle motive pourtant tous les actes de cette génération qui se cherche. Et c’est cette crise-là, combinée aux deux autres, qui fait que nous nous trouvons aujourd’hui dans une période charnière de notre histoire. Selon la manière que nous aurons de la traiter, le sort de notre pays s’en trouvera changé.

 L’ambiguïté dans notre rapport au passé, les doutes et les peurs de l’avenir sont des problématiques centrales dans cette société qui semble pourtant ne vivre qu’au présent. Notre position dans l’espace temps est bâtarde : ni complètement assimilés à la France, ni pour autant différents comme ont pu l’être nos aïeux. Qui sommes-nous ? Nous nous raccrochons aveuglement, pour certains, à l’image d’Epinal d’une Corse rurale, agro-pastorale, solidaire, attachée aux valeurs et aux traditions. D’autres ont décidé de couper complètement les ponts avec cette version surannée de notre île pour se franciser, se mondialiser, se fondre dans la masse en croyant régler ainsi leurs problèmes d’identité. Mais aucune de ces deux attitudes n’est bonne. La fuite en avant (si tant est que l’on puisse considérer cela comme « l’avant ») n’est qu’un leurre. La nostalgie en est un autre. Lorsqu’on tombe d’un arbre, s’accrocher aux branches ne fait que ralentir la chute. Le tout est de savoir comment remonter.

 Ces anciens que l’on encense autant qu’on les dénigre, qu’ont-ils fait ? Doit-on en vouloir à nos grands parents d’avoir adoré la France jusqu’à l’excès et laissé péricliter une culture et des coutumes dont nous nous réclamons sans les avoir pourtant connues? La non-assistance à personne en danger est punie par la loi, partout dans le monde. La non-assistance à peuple en danger, a fortiori lorsqu’on fait partie intégrante dudit peuple, devrait l’être aussi.

Doit-on en vouloir à nos parents de ne pas avoir su profiter de l’élan nouveau des années 1970 ? Doit-on leur en vouloir d’avoir été les fossoyeurs d’un idéal, les croque-morts d’un espoir qui semblait pourtant inébranlable ? Il est évident que la levée précédente de Corses, emportée par ses passions et embrumée par les sirènes de l’enrichissement individuel, n’a pas su saisir les enjeux qui s’offraient à elle. Ils ont perdu la partie. Mais c’est une erreur de croire qu’elle est terminée. Une autre vient à peine de commencer et nous en sommes les acteurs principaux.

 Il est trop facile de faire reposer sur les générations précédentes la perte d’un combat que l’on hésite à mener.

 C’est à nous de prendre la relève. Le doute n’est plus permis. Le choix n’existe plus. C’est vaincre ou mourir.

 Comment sortir notre peuple du marasme économique, social, identitaire et intellectuel dans lequel il se trouve ?

 La clé de la réussite passe tout d’abord par l’instruction et l’élévation de l’esprit. C’est la première forme de résistance.

Par instruction, j’entends bien évidemment une base intellectuelle solide, un refus de l’abêtissement par la soupe médiatique, le développement d’un libre arbitre. Mais il faudra également se faire sa propre opinion, en lisant, en échangeant, en n’ayant pas peur de se retrouver confronté à ses contradictions. Se documenter sur notre histoire véritable. Les jeunes Corses doivent savoir que notre île a été spoliée par des lois douanières, qu’elle a été soumise à des plans de développements visant à détruire son économie, que son peuple a volontairement été remplacé par un autre, que des massacres ont été effectués dans nos villages, que nous avons été conquis par la force et que non, nous ne devons rien à la France.

Mais la connaissance historique ne suffit pas. Il faudra que nos jeunes s’informent sur les autres parties du monde, sur les manières de penser au delà des frontières et des époques. Qu’ils deviennent une élite, qu’ils se spécialisent, dans le droit, dans les sciences, dans la médecine, dans les filières d’avenir. Qu’ils débarquent dans la vie avec un bagage conséquent, permettant de construire ce pays sans avoir à faire appel à qui que ce soit. L’indépendance est aussi intellectuelle.

 Puis se conscientiser. Prendre la mesure des enjeux. Comprendre que l’on n’est pas un individu posé ici hors du temps, mais que l’on appartient à une terre, à une communauté. Ces éléments sont constitutifs de chaque individu. Comprendre que ce n’est pas en traçant seul sa route que l’on trouvera le salut, mais que c’est en s’engageant aux côtés des siens que demain les portes de la félicité s’ouvriront à nous. L’individualisme vénal que nous impose la société occidentale ne mène à rien. Le triptyque pavillon/monospace/chien n’est pas plus souhaitable que le calibre/rolex/voiture de sport. La vérité est ailleurs. L’enrichissement matériel doit devenir secondaire. Il y a un pays à construire, et chacun d’entre nous peut porter sa pierre à l’édifice. N’est-ce pas plus gratifiant que l’achat d’une montre de luxe ?

L’histoire retient les héros, pas les malfrats ni les moutons.

 Le temps nous est compté. Au bas mot, il nous reste dix ans pour tout changer. Dans dix ans, si nous ne faisons rien, la langue de cette terre aura disparu ou ne sera plus qu’une relique. Notre peuple sera devenu minoritaire sur son île et ne formera plus qu’une communauté niée. Aucune perspective de développement, d’investissement ne sera plus possible. Nos enfants vivront dans un petit bout de France, dénué d’identité, devenu fonds d’investissement pour fortunes mondiales. Ils seront les premiers indiens de Corse. Ils n’auront aucune possibilité de rebellion. Et nous en serons les seuls responsables.

 Alors, le choix est mince. Certains ont privilégié l’exil. Il faudra les accueillir dans le cas où ils souhaitent revenir pour construire ce pays, s’ils le considèrent encore comme le leur. D’autres ont choisir de vivre ici, avec des manières d’ailleurs, sans se soucier aucunement de tout cela. Nous ne les combattrons pas, nous n’avons pas le temps. D’autres enfin, ont encore au fond d’eux cette flamme d’espoir, ce sentiment de différence, cette volonté d’aller de l’avant. C’est avec eux, avec vous, que nous construirons ce pays. Qu’il soit libre demain, épanoui, et composé de gens de bonne volonté au service du bien commun.

Notre partie vient de commencer. Elle est loin d’être gagnée. Mais nous, les mal-nés, avons de l’or entre les mains, et le défi le plus intéressant de ce siècle. Saurons nous le relever ? Rendez vous dans dix ans pour en parler.

Par @Massimu

(…)

by @Lazezu 

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