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La montée de l’ensemble des personnels de la Société Générale, de l’Office Hydraulique et de l’hôpital de Bonifaziu  illustre le ras le bol des salariés corses.

Alors même que le climat social devient de plus en plus tendu  avec une plus  forte hausse du chômage par rapport à l’Hexagone français (près de 15%% en un an, malgré l’embellie illusoire de la saison touristique) et le développement de la précarité partout dans l’île (Près de 60000 personnes sur 320000 habitants recensés y vivent au-dessous du seuil de pauvreté avec  650 euros au plus par mois) et ce alors que les salaires dans l’île sont 20% moindres par rapport à la moyenne dans l’Hexagone,  que la vie y est la plus chère de 20%  en moyenne, ( y compris pour les produits de première nécessité) et que les loyers et le prix du foncier connaissent des hausses exhorbitantes excluant les Corses  de leur accession…).

Dans les villes, nombre d’associations de bénévoles tentent, avec plus ou moins de résultats, de combler les insuffisances des structures officielles ou des institutions même si elles semblent de plus en plus débordées par l’augmentation des besoins, d’autant que nombre de personnes issues du quart-monde français ou venant de l’extérieur de l’Hexagone ( Est et pays du Maghreb)  débarquent dans l’île, persuadées que la misère y est plus supportable au soleil.

Dans nombre de villages, où ces mêmes associations n’ont guère les moyens de travailler,  les Corses ont de plus de difficultés à survivre, même s’ils cachent souvent par dignité leur situation dramatique et qu’ils bénéficient toujours d’un toit que leurs parents et grands parents à force de privations et de dur labeur leur ont laissé en héritage (toit qu’ils ont malgré tout de plus en plus de difficultés à préserver, voire même à entretenir, mais combien de temps cela leur suffira-t-il ?)  et ce d’autant que la solidarité dans ces villages, même si elle est heureusement toujours présente, n’est cependant plus la même aujourd’hui.

Une situation sociale qui se détériore

Les mobilisations actuelles sont autant de signes inquiétant d’une situation qui se détériore dangereusement et montrent que nous sommes en train d’atteindre un point de rupture au sein de notre société.

A l’hôpital de Bonifaziu, le directeur non-corse refuse de discuter avec les  syndicalistes et se permet tout seul sans concertation de mettre au placard, dans un bureau-débarras, la directrice corse de l’Ehpad de Porti-Vechju, sans aucun respect ni de procédure ni même de relations humaines (alors que celle-ci était en poste depuis 1999 et que les usagers et patients ne tarissent pas d’éloges sur ses compétences, son travail et surtout sa disponibilité auprès des patients et des usagers) en nommant sa propre compagne à sa place ! D’où l’exaspération légitime des personnels qui ont déménagé le bureau de ce directeur (lui enlevant fax, téléphones, ordinateur et dossiers) et demandent son départ.

A la Société Générale d’Île-Rousse, la direction fait venir deux agents de l’Hexagone, avec nombre d’avantages, et refuse deux emplois de niveau relativement accessible (Bac +) à nombre de salariés locaux existant sur le marché du travail local. La directrice de cette agence, occupée par les syndicalistes s’éclipsant même en catimini, alors que les discussions sur ce conflit avaient débutées.

L’Agence Régionale de la Santé dans l’île, (ARS), déjà responsable de la situation à l’hôpital de Bonifaziu, choisit un laboratoire de Lyon dans l’Hexagone pour le contrôle de la qualité de l’eau dans l’île, laboratoire connu pour ses pratiques de dumping (on casse les prix, éliminant toute concurrence, puis une fois seuls sur le marché, on augmente les tarifs sans aucune retenue et au mépris des usagers) au détriment du laboratoire de l’Office hydraulique de la Corse employant une quinzaine de salariés corses et localisé en Corse (qui seront appelés à rejoindre les rangs des chômeurs), alors que ce laboratoire donne depuis des années totale satisfaction et qu’il est au plus près des usagers pour s’occuper de leurs besoins dans le domaine de la qualité de l’eau. Mais les syndicats se mobilisent et le bras de fer est commencé.

Véritable décentralisation ou déconcentration décentralisée

On ne peut donc que constater au travers de ces trois conflits combien les intérêts économiques et sociaux des Corses sont méprisés. Ces trois affaires  posent avec acuité la question de la corsisation des emplois et d’un véritable développement économique pour la Corse et les Corses. Mais cela pose aussi la question de la décentralisation que d’aucuns confondent avec une politique camouflée de déconcentrationdécentralisée (on donne d’une main un semblant de compétences qu’on reprend ensuite d’une autre main en décidant ailleurs des véritables enjeux et des réponses apportées aux problèmes locaux). Les exemples en la matière sont nombreux.

De telles pratiques de décorsisation se retrouvent dans nombre d’organismes publics, et à plus forte raison dans nombre de sociétés ou entreprises privées, où les décisions sont imposées à partir de l’extérieur, malgré les votes récents de la Collectivité de Corse en matière de décentralisation, surtout lorsque au sein de ces structures économiques n’existent pas des syndicats organisées et combattifs.

 De grandes sociétés (du secteur privé)  et des fonctionnaires de passage (secteur public ou semi-public) aggravent la situation de l’emploi dans l’île en menant visiblement de façon systématique, et simultanément dans nombre de  secteurs différents, une violente politique de décorsisation des emplois.

C’est ainsi que la Société Générale préfère un conflit à la nomination de deux jeunes Corses, instrumentalisant deux salariés de l’Hexagone qui osent même, le comble,  porter plainte contre les syndicalistes. Le directeur de l’hôpital, refusant toute conciliation syndicale,  nomme (fait du prince) sa femme, évinçant et stigmatisant des employés corses (plainte pour harcèlement moral de l’employée visée) ayant pourtant fait leurs preuves durant de longues années. L’ARS, quant à elle, responsable de la situation de blocage à l’hôpital de Bonifacio, préfère externaliser hors de Corse l’évaluation de la qualité des eaux. Pourtant nombre de Corses compétents et qualifiés (jeunes et moins jeunes ) sont là sur le marché du travail.

Face à un tel mépris des aspirations corses, l’ensemble des nationalistes et des Corses inquiets pour l’avenir de leurs enfants (issus des circuits de formation ou de l’université) doit demander le départ du directeur de l’hôpital de Bonifaziu, exiger  la révision de l’attribution du marché par le directeur de l’ARS et de la décision de nomination par la Société Générale de deux employés de l’Hexagone.

La mobilisation s’impose pour mettre un frein aux pratiques colonialistes en matière d’emploi en Corse. Cette mobilisation doit imposer l’accès à l’emploi pour les Corses par leur priorité d’emploi à compétences égales sur tout emploi vacant dans le public ou le privé.

Poggioli Pierre 15 novembre 2013 

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by @Lazezu 

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