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Il en est des cyclones, et de la vitesse des vents tourbillonnants qui les accompagnent, comme des grands nombres : à partir d’un certain niveau, il devient difficile de conceptualiser vraiment ce que les chiffres expriment.

Le cyclone qui vient de dévaster les Philippines était d’une force totalement inédite. Il a surpris tous les prévisionnistes et tous les spécialistes avec des vents mesurés à 320 km/heure, et même 378 km/h en pointe, alors que les cyclones les plus puissants faisaient état jusqu’à présent de vents aux alentours de 250 km/heure. Concrètement, 250 km/heure, c’est la vitesse d’un avion de ligne quand il décolle du sol. Si bien qu’un avion resté au sol qui serait placé face à un vent d’une telle force serait tout bonnement retourné comme une crêpe !

A plus de 320 km/heure, c’est bien sûr beaucoup plus impressionnant encore, car on atteint les vitesses les plus élevées que les ingénieurs de l’aérodynamique obtiennent pour des véhicules terrestres quand tout est fait pour qu’ils restent plaqués au sol. Plus vite, et le véhicule court à chaque instant le risque de perdre son adhérence et de valdinguer dans les airs. Autrement dit, à plus de 320 km/heure, le vent fait voler même les fers à repasser !

Cet événement climatique stratosphérique, malgré les précautions d’un pays habitué au risque typhon et alors qu’une alerte avait déclenché l’évacuation préventive de certaines zones réputées à risque, a provoqué des dégâts colossaux et entraîné la mort de dix mille personnes au moins. On a atteint aux Philippines un nouveau seuil dans la violence des dérèglements climatiques, et l’effroi se lisait sur le visage de tous les responsables politiques philippins : pourra-t-on continuer à vivre ici, avec le risque de connaître un nouvel événement d’une telle ampleur, voire même davantage, d’ici quelques années ? Car face à un tel cyclone, c’est tout le pays qui est devenu « zone à risque ».

Les signaux inquiétants à propos du réchauffement climatique se succèdent à un rythme effréné ces derniers mois. La tempête Sandy avait donné l’alerte en touchant le cœur des Etats Unis, à New York et dans le New Jersey. Puis les experts du GIEC, qui établissent les prévisions en matière de réchauffement climatique, ont actionné la sirène d’alarme en aggravant leurs scénarios : le réchauffement sera plus rapide, et d’une plus grande amplitude que prévu, et ses effets sont plus graves qu’imaginés au départ. Le typhon Haiyan vient de leur donner raison.

En effet un typhon, phénomène climatique observé sous ce nom en Asie, appelé ailleurs cyclone ou ouragan, provient de l’énergie stockée dans les mers durant la saison chaude et qui se dissipe au moment du changement de saison, sous les tropiques, dans l’hémisphère nord. C’est un peu comme la soupape de votre cocotte-minute qui se met à tourner…. Plus le feu est fort sous la cocote, plus la soupape tourne vite… et plus l’océan s’est réchauffé plus les vents actionnés par les cyclones sont puissants. Or les mers se réchauffent inexorablement et de plus en plus vite, ce qui laisse prévoir des phénomènes qui iront crescendo, et d’autant plus dévastateurs que beaucoup trop peu est fait pour limiter, puis enrayer le phénomène. Où iront ces dizaines de millions de Philippins, mais aussi d’Indonésiens, d’Haitiens, et tant d’autres, si leurs pays deviennent climatiquement et économiquement invivables? Car de telles catastrophes à répétition auront autant d’impact économique et social que n’en ont eu les guerres mondiales par le passé.

Face à cette situation, le monde organisé, celui de l’ONU, des « grands sommets » de Kyoto, de Rio, de Durban et d’ailleurs, celui des conférences climatiques internationales dont la prochaine est prévue à Paris en 2015, n’arrive pas à aller de l’avant. Au contraire, les engagements pris en 1997 à Kyoto, visant à limiter à 2°C le réchauffement en 2100, sont en plein recul, et ils ne couvrent plus que 15% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, c’est à dire pour l’essentiel les rejets européens. Les Etats Unis, et tous les pays clés qui étaient restés en dehors de Kyoto le sont encore, si bien que plusieurs autres qui s’étaient engagés, comme le Canada par exemple, se sont retirés. Avec la crise économique, les objectifs se réduisent comme peau de chagrin.

Un sommet « intermédiaire » est en cours à Varsovie où se tient la 19ème conférence de l’ONU sur le climat. S’il n’y avait eu le typhon Haiyan, aucun média ne s’y serait intéressé. Le représentant des Philippines y a dénoncé « une abomination qui n’est pas de notre fait », car si les températures de la planète s’emballent aujourd’hui c’est en raison des milliards de tonnes de CO2 rejetés depuis le début de la révolution industrielle essentiellement par l’Europe et les Etats Unis. Or de nombreux autres pays aspirent au développement, et la Chine est devenue aujourd’hui le premier pays émetteur devant les Etats Unis. Comment cette machine infernale pourra-t-elle s’arrêter ?

En 2015, à Paris, le futur sommet sur le climat sera capital pour définir un nouveau cadre d’action qui prendra le relais de celui qui, établi à Kyoto il y a 16 ans, est désormais dépassé. Pourvu que les dirigeants de la planète soient au rendez-vous, car c’est peut-être le sommet de la dernière chance.

 

François ALFONSI

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by @Lazezu 

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