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La brusque flambée sociale autour de la mise en place par le gouvernement Ayrault de l’écotaxe, décidée avant lui par le gouvernement Fillon, est la résultante de toutes les dérives inhérentes à un Etat jacobin.  Un cas d’école qui vient de se transformer en poudrière politique et sociale.

Au départ, il y a l’Alsace, depuis que l’Allemagne a instauré, pour pallier l’absence de péage sur ses autoroutes, le système d’une « écotaxe » appliquée à tous les camions qui sillonnent son territoire. Or, en Alsace aussi, les autoroutes sont gratuites, car il avait été jugé à l’époque qu’un péage dissuaderait leur fréquentation dès l’instant qu’il y avait gratuité de l’autre côté du Rhin. Si bien que, depuis que l’écotaxe a commencé à s’appliquer en Allemagne, les flux de camions ont franchi le Rhin et saturent désormais le réseau alsacien. Cela fait des années que la Région demande, sans l’obtenir, la mise en place d’une écotaxe spécifique à l’Alsace. Et que l’Etat le refuse au nom de la sacro-sainte « égalité jacobine » : il ne saurait y avoir un impôt spécifique sur une partie seulement du territoire français !

A l’arrivée, il y a la Bretagne. En Bretagne, la gratuité des « quatre voies » est un peu ce que les Arrêtés Miot sont à la Corse, c’est à dire un acquis historique arraché de haute lutte et à très forte portée symbolique. Dans toutes les mémoires, il est rattaché aux années 60 quand la misère paysanne bretonne avait provoqué un mouvement social et identitaire puissant. Toucher à cette gratuité, c’est toucher à l’inconscient collectif du peuple breton, et tous les arguments de la rationalité parisienne sur les « effets pervers » n’y changent rien, pas plus qu’en Corse d’ailleurs : à nouveau confrontés à une crise sociale sans précédent, les Bretons refusent de renoncer à la gratuité de leurs liaisons routières, droit acquis pour compenser l’éloignement de leur territoire du cœur de l’économie européenne. Perdre cet acquis à l’instant même où la crise frappe très durement le modèle économique breton, c’est porter atteinte à l’espérance d’une relance de l’économie locale dont ont besoin tant et tant de travailleurs, qui perdent leurs emplois les uns après les autres, dans l’agro-alimentaire, dans l’automobile, dans les télécommunications…

Voilà pourquoi les « bonnets rouges » sont ressortis de leurs placards autour de la contestation des portiques mis en place par le gouvernement Ayrault en application des décisions prises par le gouvernement Fillon.

Mais le microcosme parisien n’a d’yeux que pour son nombril politicien et il ignore même l’existence d’un peuple breton. Il ne connaît que le feuilleton des crises gouvernementales à répétition entre socialistes à la Valls, socialistes à la Taubira, écologistes au gouvernement et mélanchonnistes frustrés de ne pas y être. Pour eux, pas question de remettre en cause l’écotaxe universelle pour des raisons liées à la Basse Bretagne ! A chacun ses symboles, et les portiques de la société Ecomouv’ sont devenus le leur, au point d’agiter leurs pitoyables « bonnets verts » à Carhaix, le temps d’un week-end. Tous ceux qui ont basculé dans ce piège politique risquent de le payer cher demain, du moins pour ceux qui iront mener campagne chez les Bretons !

Ainsi va la France. Dans un pays normal, l’écotaxe serait un impôt régional avec une décision de mise en œuvre régionale. Elle serait en place depuis une dizaine d’années en Alsace, ce qui aurait bien amélioré les finances locales, amélioré les conditions de la mobilité autour de Strasbourg et dissuadé d’emblée un énième grand projet inutile, à savoir la création d’une nouvelle autoroute de contournement. Quant à la Bretagne, et la Corse avec elle, mais aussi le Limousin et l’Auvergne et d’autres régions excentrées, elles seraient structurellement à l’abri d’une mesure à laquelle elle n’ont manifestement aucun intérêt.

Mais allez expliquer ça à un énarque parisien !

François ALFONSI

(…)

by @Lazezu 

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