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(Unità Naziunale – Publié le 27 avril 2018 à 08h13) La création d’un parti de gouvernement sous le sigle Femu a Corsica était un engagement de la campagne 2015.

Deux ans se sont écoulés. L’ora hè vinuta !

La victoire électorale de décembre 2015 en a conforté la nécessité, et l’AG PNC de l’été en avait fait l’orientation principale de sa motion finale en juillet 2015, largement reprise par la presse. Lors de la Ghjurnata d’Arritti de décembre 2015, l’engagement a été pris en tribune, lors du débat organisé entre Jean Christophe Angelini et Gilles Simeoni, d’en accélérer le tempo.

À l’été 2017, l’engagement personnel du Président de l’Éxécutif a conduit au rassemblement fondateur de Corti, amphi Landry bondé de militants et mise en place d’un fichier d’adhésions rempli par des centaines de militants présents, et bien d’autres ensuite qui n’avaient pu faire le déplacement, jusqu’à 1 200 militants dûment inscrits. Durant l’été et le mois de septembre, le travail s’est organisé en commissions qui ont travaillé d’arrache-pied, notamment la « commission des statuts » dont le projet a été validé par plus de mille participants au meeting constitutif du 15 octobre 2017, sous chapiteau, à Corti, adoptant alors officiellement les statuts du futur parti autour du principe démocratique « un militant, une voix ». Juste avant, l’AG du PNC avait voté sa «mise en sommeil » pour se dissoudre dans le projet commun. Cette dynamique a contribué à la victoire écrasante que nous avons remportée en décembre 2017.

Cette dernière campagne électorale a provoqué une parenthèse, prolongée par la « séquence Macron » à propos de la réforme constitutionnelle.

Ce nouveau défi politique a, une fois de plus, montré que rien n’est encore acquis, que la poussée électorale du mouvement nationaliste, permise par Femu a Corsica et la reconduction de son alliance avec Corsica Lìbera, avait bel et bien besoin d’une force de terrain puissante et structurée.

L’État jacobin reste un adversaire résolu de l’autonomie et de la reconnaissance juridique du peuple corse ; chacun de ses faits et gestes le montre de façon claire et nette ; et le nouveau Président de la République, bien plus que certains de ses prédécesseurs, s’est positionné pour une réforme constitutionnelle minimale, rendue obligatoire par l’ampleur de la majorité absolue qui s’est exprimée en Corse, mais dont les contours sont délibérément flous et limités pour en atténuer au maximum la portée.

Une porte a ainsi été forcée par la puissance du résultat électoral de décembre dernier, grâce à une majorité absolue que nul n’avait vraiment anticipé, mais elle ne demande qu’à être refermée au plus haut niveau de l’État. Pour la forcer définitivement, il faut s’inscrire dans la durée, exercer une pression de terrain constante, disposer d’une force militante organisée qui pérennise la majorité obtenue en décembre dernier. Tant que l’espoir sera de mise au niveau central d’un possible reflux du mouvement national, la machine étatique cherchera sans cesse à gagner du temps, à conforter nos adversaires contre tout logique démocratique, jusqu’à espérer un retournement de majorité à son profit. C’est cet espoir que nous devons désarmer par la puissance de notre parti politique, afin que l’Etat, enfin, accepte de véritablement négocier.

En effet, soyons lucides : seule la certitude que nous sommes et que nous serons pour très longtemps la première force politique en Corse créera les conditions politiques d’une négociation. Car l’État n’est pas un tout monolithique. Nous en avons déjà eu l’expérience à chaque étape du processus qui depuis 1975 et les événements d’Aleria, a conduit à la situation d’aujourd’hui.

Michel Rocard ou Pierre Joxe, en opposition avec les Chevènement et les Charasse, ont montré que l’État pouvait avoir deux visages, et la Corse des interlocuteurs aussi bien que des adversaires résolus à son sommet. Tout dépendra en fait de notre dynamique et de notre enracinement en Corse même.

Les militants les plus anciens, et les plus expérimentés, sont sortis de leur réserve. « I guardiani di a mimoria », par un texte d’importance publié dans Corse-matin, puis par une conférence de presse tenue samedi à Corti, ont sonné le rappel : pas question de tergiverser, la route a été tracée, il faut s’y engager sans tarder davantage. Il en va de la crédibilité même de Femu a Corsica : comment un engagement solennel pris devant les médias et plus d’un millier de militants pourrait-il rester sans lendemain ?

Désormais, il n’existe plus qu’une seule structure qui vaille : Femu a Corsica.

François Alfonsi sur Arritti