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(Unità Naziunale – Publié le 26 avril 2018 à 14h48) Veuillez trouver ci-joint le discours prononcé ce jour par le Président Jean-Guy Talamoni en ouverture de séance de l’Assemblée de Corse.


Chers collègues,
Il y a deux jours, j’ai reçu deux courriers du Premier ministre Edouard Philippe.

Le premier contenait l’intégralité de l’article relatif à la Corse que le gouvernement propose d’intégrer à la Constitution française. Je l’ai transmis aux présidents des groupes de notre Assemblée. Malgré le commentaire du Premier ministre, qui vise à présenter cet article comme une avancée majeure pour la Corse, chacun comprendra à sa lecture que nous sommes très loin du niveau nécessaire pour répondre à la volonté politique des Corses, exprimée en décembre dernier, très loin de la proposition plus que majoritaire de notre Assemblée, très loin enfin d’une solution aux problèmes concrets de notre peuple dans plusieurs domaines comme celui du foncier ou de la fiscalité du patrimoine, c’est-à-dire de l’ancien arrêté Miot.

Nous sommes contraints de constater qu’il n’y a pas eu de négociation, pas même un dialogue ou une simple discussion.

Nous sommes contraints de constater qu’il n’y a pas eu de négociation, pas même un dialogue ou une simple discussion. Nous avons présenté nos demandes et ils ont finalement publié un texte rédigé par les services il y a plusieurs mois. Présenter comme un dialogue ce qui n’était qu’une mise en scène autour d’une table, corse ou parisienne, nous paraît relever de la malhonnêteté intellectuelle. Pour notre part, malgré nos doutes et même nos suspicions, nous avons continué à chercher à convaincre afin de ne pas faire courir à la Corse le risque de manquer une occasion d’avancer.

C’est la raison pour laquelle, pour ma part, j’ai refusé, à deux reprises maintenant, de recevoir les ministres parisiens en visite en Corse.

Maintenant que la mauvaise foi de nos interlocuteurs est avérée, nous ne pouvons continuer comme si rien n’était parce que ce serait non seulement perdre notre temps mais aussi accepter que les institutions de la Corse soient insultées. C’est la raison pour laquelle, pour ma part, j’ai refusé, à deux reprises maintenant, de recevoir les ministres parisiens en visite en Corse.

En tant que Président de cette Assemblée, je vous devais ces explications. Bien entendu, il ne s’agit pas là d’une posture et mon attitude pourrait changer dès lors que nous aurions la garantie d’un travail sérieux et honnête avec le gouvernement sur un sujet. Pour l’heure, Paris n’a pas donné de signe d’honnêteté.

Le second courrier du Premier ministre fait suite à celui que je lui avais envoyé concernant le comportement qu’aurait eu le Directeur des Finances publiques en Corse, selon l’ensemble des syndicats. Le Premier ministre défend le Directeur et fait prévaloir la version de ce dernier sur celle de tous les syndicalistes corses. En conclusion, il ne serait rien passé. « Circulez, il n’y a rien à voir ! » comme on dit lorsque les situations se compliquent.
J’ai transmis également ce second courrier aux groupes de l’Assemblée. Elle concerne un sujet différent mais me semble relever du même état d’esprit, du même mépris.

Il y a quelques heures, aux Etats-Unis, le Président Macron a cité le célèbre ouvrage d’Alexis de Tocqueville : De la démocratie en Amérique. Valéry Giscard d’Estaing, lui, en avait écrit un intitulé Démocratie française. Les Corses – même ceux qui n’ont pas lu ce livre – commencent à bien connaître cette démocratie française, celle qui refuse de croire les syndicalistes quand ils sont corses. Celle qui ne tient pas compte du point de vue de 57% des Corses qui ont voté selon les règles électorales fixées par le parlement français et sous le contrôle du Préfet envoyé par Paris.

Celle-là, la démocratie, il faut le dire, ne s’applique pas aux Corses.

Je vous remercie.

Président de l’Assemblée de Corse
Jean-Guy Talamoni

*Seul le prononcé fait foi